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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-22NC00695

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-22NC00695

vendredi 8 juillet 2022

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-22NC00695
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantBACH-WASSERMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A B née C a demandé au tribunal administratif de Nancy d'annuler l'arrêté du 2 juin 2021 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai.

Par un jugement n° 2102113 du 21 octobre 2021, le tribunal administratif de Nancy a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 17 mars 2022, Mme B, représentée par Me Bach-Wassermann, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du 21 octobre 2021 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 2 juin 2021 pris à son encontre ;

3°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un certificat de résidence algérien immédiatement à compter de la notification de la décision à intervenir, sous une astreinte de 100 euros par jour de retard ou, subsidiairement, de procéder au réexamen de sa situation administrative dans le même délai et sous la même astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- elle pouvait se voir délivrer un certificat de résidence en application des stipulations de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien dès lors qu'elle justifie d'une entrée régulière sur le territoire français ;

- l'arrêté litigieux méconnaît les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 6-5 de l'accord franco-algérien ;

- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences qu'il emporte sur sa vie privée et familiale ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur de droit compte tenu des risques qu'elle encoure en cas de retour dans son pays d'origine.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 3 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du 1er septembre 2021, la présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné M. Laubriat, président assesseur, pour statuer par ordonnances sur le fondement du dernier alinéa du 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante algérienne, est entrée en France, selon ses déclarations, le 7 juillet 2019 après être entrée dans l'espace Schengen par l'Espagne sous couvert d'un visa délivré par les autorités espagnoles à Oran valable jusqu'au 5 août 2019. Le 28 octobre 2020, elle a sollicité auprès des services de la préfecture de Meurthe-et-Moselle la délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement des stipulations de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien en se prévalant de son mariage avec un ressortissant français. Par un arrêté du 2 juin 2022, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé à Mme B la délivrance du titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai. Mme B relève appel du jugement du 21 octobre 2021 par lequel le tribunal administratif de Nancy a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

3. En premier lieu, d'une part, aux termes des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi que ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; () " D'autre part, aux termes de l'article 22 de la convention d'application de l'accord de Schengen du 19 juin 1990 : " Les étrangers entrés régulièrement sur le territoire d'une des Parties cocontractantes sont tenus de se déclarer, dans les conditions fixées par chaque Partie contractante, aux autorités compétentes de la Partie contractante sur le territoire de laquelle ils pénètrent. / Cette déclaration peut être souscrite au choix de chaque Partie contractante, soit à l'entrée, soit, dans un délai de trois jours ouvrables à partir de l'entrée, à l'intérieur du territoire de la Partie contractante sur lequel ils pénètrent. " Enfin, aux termes des dispositions de l'article R. 621-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " N'est pas astreint à la déclaration d'entrée sur le territoire français l'étranger qui se trouve dans l'une des situations suivantes : / 1° N'est pas soumis à l'obligation du visa pour entrer en France en vue d'un séjour d'une durée inférieure ou égale à trois mois ; / 2° Est titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, d'une durée supérieure ou égale à un an, délivré par un Etat partie à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 ; toutefois un arrêté du ministre chargé de l'immigration peut désigner les étrangers titulaires d'un tel titre qui demeurent astreintes à la déclaration d'entrée. " Il résulte de ces stipulations et dispositions que, d'une part, la délivrance d'un certificat de résidence d'un an à un ressortissant algérien en qualité de conjoint de français est subordonnée à la justification d'une entrée régulière sur le territoire français et, d'autre part, un ressortissant étranger soumis à l'obligation de présenter un visa ne peut être regardé comme entré régulièrement sur le territoire français au moyen d'un visa Schengen délivré par un Etat autre que la France que s'il a effectué une déclaration d'entrée sur le territoire.

4. En l'espèce, Mme B est entrée en France en juillet 2020 après être entrée dans l'espace Schengen par l'Espagne munie d'un visa délivré par les autorités espagnoles en Algérie valable jusqu'au 5 août 2019. Il résulte du point précédent que la régularité de son entrée sur le territoire français était subordonnée à l'obligation de déclaration prévue à l'article 22 de la convention d'application de l'accord de Schengen. Faute pour la requérante d'établir qu'elle aurait satisfait à cette obligation, elle ne saurait être regardée comme étant entrée régulièrement en France. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur de droit en retenant que son entrée sur le territoire n'était pas régulière doit ainsi être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () "

6. Mme B se prévaut du mariage qu'elle a contracté avec un ressortissant français le 19 septembre 2020 et de la présence sur le territoire de son frère, de sa sœur et de ses tantes. Toutefois, d'une part, il ressort des pièces du dossier que l'époux de la requérante est décédé le 13 mars 2021 des suites d'une tumeur au cerveau. D'autre part, si elle dispose d'attaches familiales en France, il n'est pas démontré qu'elle en serait dépourvue en Algérie, alors qu'y résident notamment ses parents. Si elle fait valoir que ses relations avec ces derniers été rompues, cette allégation, qui ne ressort que d'attestations peu circonstanciées de proches, ne saurait être tenue pour établie. Dans ces conditions, et alors que l'entrée de la requérante sur le territoire est récente et qu'elle n'y justifie pas d'une intégration particulière, elle n'est pas fondée à soutenir que, par l'arrêté litigieux, le préfet de Meurthe-et-Moselle aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect à sa vie privée et familiale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 6-5 de l'accord franco-algérien et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

7. En troisième et dernier lieu, si la requérante soutient qu'elle serait menacée par ses parents en cas de retour en Algérie, cette allégation ne peut être tenue pour établie par les seules attestations de proches qu'elle produit et qui font état, sans en donner aucune précision, de ces risques potentiels. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet de Meurthe-et-Moselle aurait entaché d'erreur de droit la décision portant obligation de quitter le territoire français compte tenu des risques auxquels Mme B serait exposée en Algérie doit être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête présentée par Mme B sont manifestement dépourvues de fondement et ne peuvent qu'être rejetées en application des dispositions précitées du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B née C.

Copie en sera adressée au préfet de Meurthe-et-Moselle.

Fait à Nancy, le 08 juillet 202Le président désigné

Signé

A. Laubriat

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

D. Fritz

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