mardi 8 novembre 2022
| Juridiction | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| Section | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| N° Dossier | CAA54-22NC00714 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Avocat requérant | GAFFURI |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. C a demandé au tribunal administratif de Châlons-en-Champagne d'annuler la décision du 6 septembre 2021 par laquelle le préfet de l'Aube lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pendant une durée d'un ainsi que l'arrêté du même jour par lequel il l'a assigné à résidence dans le département de l'Aube pour une durée de six mois.
Par un jugement n° 2102418, 2102419, 2102420, 2102421 du 11 février 2022, le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 19 mars 2022, M. A, représenté par Me Gaffuri, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du 11 février 2022 ;
2°) d'annuler la décision du 6 septembre 2021 par laquelle le préfet de l'Aube lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
3°) d'annuler l'arrêté du 6 septembre 2021 par lequel le préfet de l'Aube l'a assigné à résidence ;
4°) d'enjoindre au préfet de l'Aube de réexaminer sa situation administrative dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de l'arrêté portant assignation à résidence :
- il sera annulé par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un défaut d'examen particulier et approfondi de sa situation personnelle ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 15 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Par une décision du 1er septembre 2022, la présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné M. Laubriat, président assesseur, pour statuer par ordonnances sur le fondement des alinéas 1° à 5° et 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant albanais, est entré sur le territoire français le 3 août 2020 afin d'y solliciter la reconnaissance du statut de réfugié. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 24 novembre 2020, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 12 février 2021. Par un arrêté du 8 janvier 2021, il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement à laquelle il n'a pas déféré. Par une décision du 6 septembre 2021, le préfet de l'Aube lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pendant une durée d'un an. Par un arrêté du même jour, le préfet l'a assigné à résidence dans le département de l'Aube pendant une durée de six mois. M. A fait appel du jugement du 11 février 2022 par lequel le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces décisions.
2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
3. En premier lieu, il ressort des écritures du requérant en première instance, notamment des termes de sa requête introductive d'instance, enregistrée le 6 novembre 2021, que cette demande ne contenait que des moyens de légalité interne. M. A ne conteste pas avoir soulevé le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, qui relève de la légalité externe, après l'expiration du délai de recours contentieux de deux mois suivant la notification de la décision litigieuse. Par suite, ce moyen qui n'était pas d'ordre public et se rattachait à une cause distincte de celle invoquée dans le délai de recours, a été présenté tardivement. Ainsi, M. A n'ayant, dans le cadre de sa demande de première instance, invoqué dans le délai de recours que des moyens de légalité interne, il n'est pas recevable à invoquer en appel le moyen tiré de l'insuffisance de motivation qui se rattache à une cause juridique distincte de celle dont procédaient les moyens soulevés en première instance.
4. En deuxième lieu, la décision par laquelle le préfet de l'Aube a fait interdiction à M. A de revenir sur le territoire français pendant une durée d'un an est fondée sur les dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et non sur les dispositions de l'article L. 612-6 du même code. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté comme inopérant.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
6. Il ressort des pièces du dossier que M. A s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français au-delà du délai de départ volontaire qui lui avait été accordé pour exécuter l'obligation de quitter le territoire français dont il faisait l'objet. Par ailleurs, s'il produit la copie d'un courrier adressé le 1er mars 2022 à l'Office français de l'immigration et de l'intégration pour l'examen d'une demande de titre de séjour pour parent d'enfant malade, courrier au demeurant postérieur à la date de la décision contestée, il n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il aurait entrepris des démarches afin d'organiser son retour dans son pays d'origine. En outre, si l'intéressé se prévaut de la durée de son séjour en France et de la pathologie de son fils, ces circonstances ne peuvent être regardées comme des considérations humanitaires alors qu'il ressort des pièces du dossier, d'une part, que sa présence n'est due qu'au fait qu'il se soit maintenu sur le territoire français en dépit du rejet de sa demande d'asile et de la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet et, d'autre part, qu'il n'avait pas sollicité à la date de la décision contestée la délivrance d'un titre de séjour au motif de l'état de santé de son fils. Enfin, son épouse est également en situation irrégulière sur le territoire français. La cellule familiale de M. A a ainsi vocation à se reconstruire dans son pays d'origine. En tout état de cause, en dehors de la présence de son épouse et de leurs enfants, M. A n'établit pas qu'il aurait fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire français et ne justifie pas davantage être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, l'Albanie, où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-huit ans. Dans ces conditions, le préfet de l'Aube n'a pas porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision portant interdiction de retour d'une durée d'un an a été prise et, alors même qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public, n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur d'appréciation dans son principe ou sa durée.
Sur l'arrêté portant assignation à résidence :
7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'arrêté portant assignation à résidence.
8. En deuxième lieu, il ressort des écritures du requérant en première instance, notamment des termes de sa requête introductive d'instance, enregistrée le 6 novembre 2021, que cette demande ne contenait que des moyens de légalité interne. M. A ne conteste pas avoir soulevé les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen, qui relèvent de la légalité externe, après l'expiration du délai de recours contentieux de deux mois suivant la notification de la décision litigieuse. Par suite, ces moyens qui n'étaient pas d'ordre public et se rattachaient à une cause distincte de celle invoquée dans le délai de recours, ont été présentés tardivement. Ainsi, M. A n'ayant, dans le cadre de sa demande de première instance, invoqué dans le délai de recours que des moyens de légalité interne, il n'est pas recevable à invoquer en appel les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen qui se rattachent à une cause juridique distincte de celle dont procédaient les moyens soulevés en première instance.
9. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : 1o L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ". L'article L. 733-1 du même code énonce : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. () ".
10. Il ressort des termes de l'arrêté contesté que, pour assigner M. A à résidence pendant une durée de six mois, le préfet de l'Aube s'est fondé sur le fait que l'intéressé faisait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire était expiré et sur la limitation des liaisons aériennes entre la France et l'Albanie en raison de l'épidémie de Covid-19. Par ailleurs, si l'arrêté en litige impose à M. A de se présenter tous les lundis et mardis à 10 heures dans les locaux du commissariat central de Troyes, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé résidait sur le territoire de cette commune. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation ne peut qu'être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête présentée par M. A sont manifestement dépourvues de fondement et ne peuvent dès lors qu'être rejetées en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D A.
Copie en sera adressée au préfet de l'Aube.
Fait à Nancy, le 8 novembre 202Le président désigné,
Signé
A. Laubriat
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef,
I.STOLL
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026