mardi 26 juillet 2022
| Juridiction | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| Section | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| N° Dossier | CAA54-22NC00724 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre - formation à 3 |
| Avocat requérant | GABON |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme C B a demandé au tribunal administratif de Châlons-en-Champagne d'annuler l'arrêté du 25 mars 2021 par lequel le préfet de la Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de son éventuelle reconduite d'office à la frontière.
Par un jugement n° 2100791 du 15 juin 2021, le président du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a prononcé un non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle et a rejeté le surplus des conclusions de la demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 19 mars 2022, Mme C B, représentée par Me Gabon, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement n° 2100791 du président du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne du 15 juin 2021 ;
2°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Marne du 25 mars 2021 ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Marne de lui délivrer un titre de séjour sous astreinte de cent euros par jour de retard à compter de l'arrêt à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 2 500 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;
- la décision en litige est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas été mise à même, d'une part, de formuler des observations conformément aux dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, d'autre part, de présenter une demande de titre de séjour ;
- n'ayant pas été mise à même de présenter une demande de titre de séjour, elle méconnaît également les stipulations de l'article 11 de la convention franco-congolaise du 31 juillet 1993, relative à la circulation et au séjour des personnes, ainsi que les dispositions des articles L. 311-4, L. 311-6, L. 311-8-1 et L. 743-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet de la Marne ne pouvait légalement prendre à son encontre une mesure d'éloignement dès lors qu'il n'est pas établi que la décision de la Cour nationale du droit d'asile rejetant sa demande d'asile aurait été lue en audience publique et lui aurait été régulièrement notifiée ;
- en application des stipulations de l'article 11 de la convention franco-congolaise du 31 juillet 1993, elle remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 313-7 et du 2° bis de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le décision en litige porte atteinte à son droit à l'éducation garanti par les articles L. 111-5 et L. 122-2 du code de l'éducation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant, ainsi que les dispositions du 1° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 311-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet de la Marne ne pouvait légalement prendre à son encontre une mesure d'éloignement dès lors qu'elle suit un enseignement en France ;
- la décision portant fixation du pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision en litige ne mentionne pas explicitement le pays à destination duquel elle devra être reconduite.
La requête a été régulièrement communiquée au préfet de la Marne, qui n'a pas défendu dans la présente instance.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 février 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la convention franco-congolaise du 31 juillet 1993 ;
- le code de l'éducation ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C B est une ressortissante de la République du Congo, née le 2 avril 2001. Elle a déclaré être entrée irrégulièrement en France le 1er janvier 2018. Le 23 avril 2019, elle a présenté une demande d'asile, qui a été successivement rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 31 décembre 2019, puis par la Cour nationale du droit d'asile le 16 mars 2021. Estimant que l'intéressée ne bénéficiait plus du droit de se maintenir sur le territoire français, le préfet de la Marne, par un arrêté du 25 mars 2021, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de son éventuelle reconduite d'office à la frontière. Mme B a saisi le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne d'une demande tendant à l'annulation de cet arrêté. Elle relève appel du jugement n° 2100791 du 15 juin 2021, qui rejette sa demande.
Sur le bien-fondé du jugement :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ".
3. D'une part, Mme B ne saurait utilement invoquer une méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, qui s'adresse exclusivement, ainsi qu'il résulte des dispositions en cause, aux institutions, organes et organismes de l'Union. Par suite, ce moyen doit être écarté comme inopérant.
4. D'autre part, lorsqu'il présente une demande d'asile, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche, qui tend à son maintien régulier sur le territoire français sur ce fondement, ne saurait ignorer que, en cas de rejet de sa demande, il pourra faire l'objet, le cas échéant, d'un refus d'admission au séjour et, lorsque la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire lui a été refusé, d'une mesure d'éloignement du territoire français. Il lui appartient, lors du dépôt de sa demande d'asile, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles et notamment celles de nature à permettre à l'administration d'apprécier son droit au séjour au regard d'autres fondements que celui de l'asile. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux.
5. A supposer que Mme B ait entendu invoquer une méconnaissance du droit d'être entendu, tel que garanti par les principes généraux du droit de l'Union européenne, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle n'aurait pas été entendue lors du dépôt en préfecture de sa demande d'asile, ni qu'elle aurait été empêchée, au cours de l'instruction de cette demande, de faire valoir auprès de l'administration tous les éléments jugés utiles à la compréhension de sa situation personnelle. En outre, contrairement à ses allégations, l'intéressée ne pouvait raisonnablement ignorer que, en cas du rejet de sa demande d'asile par la Cour nationale du droit d'asile, elle perdrait le droit de se maintenir sur le territoire français et pourrait alors faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu ne peut qu'être écarté comme manquant en fait.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 311-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger a présenté une demande d'asile qui relève de la compétence de la France, l'autorité administrative, après l'avoir informé des motifs pour lesquels une autorisation de séjour peut être délivrée et des conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements à ce stade, l'invite à indiquer s'il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre et, dans l'affirmative, l'invite à déposer sa demande dans un délai fixé par décret. Il est informé que, sous réserve de circonstances nouvelles, notamment pour des raisons de santé, et sans préjudice de l'article L. 511-4, il ne pourra, à l'expiration de ce délai, solliciter son admission au séjour. / Un décret en Conseil d'Etat précise les conditions d'application du présent article. ". Aux termes de l'article R. 311-37 du même code, alors en vigueur : " Lors de l'enregistrement de sa demande d'asile, l'administration remet à l'étranger, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, une information écrite relative aux conditions d'admission au séjour en France à un autre titre que l'asile et aux conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements que ceux qu'il aura invoqués dans le délai prévu à l'article D. 311-3-2. ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 311-38 du même code, alors en vigueur : " A compter de la délivrance de l'information mentionnée à l'article R. 311-37, le demandeur d'asile qui souhaite introduire une demande de titre de séjour sur un autre fondement doit le faire dans le délai prévu au même article D. 311-3-2. ". Aux termes de l'article R. 311-39 du même code, alors en vigueur : " Lorsque la demande d'asile a été définitivement rejetée, le préfet prend, sans délai, une décision sur la demande de titre de séjour. ". Aux termes de l'article D. 311-3-2 du même code, alors en vigueur : " Pour l'application de l'article L. 311-6, les demandes de titres de séjour sont déposées par le demandeur d'asile dans un délai de deux mois. Toutefois, lorsqu'est sollicitée la délivrance du titre de séjour mentionné au 11° de l'article L. 313-11, ce délai est porté à trois mois. ".
7. Il ressort des pièces du dossier que, en application des dispositions précitées, Mme B a été invitée par le préfet de la Marne, dès le 23 avril 2019, jour du dépôt de sa demande d'asile, à solliciter, le cas échéant, son admission au séjour en France sur un fondement autre que celui de l'asile et qu'elle s'est abstenue de faire usage d'une telle faculté dans le délai qui lui était imparti. L'intéressée ayant été mise à même de présenter une demande de titre, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision en litige serait entachée d'un vice de procédure, ni qu'elle méconnaîtrait les stipulations de l'article 11 de la convention franco-congolaise du 31 juillet 1993, relative à la circulation et au séjour des personnes, ainsi que les dispositions, alors en vigueur, des articles L. 311-4, L. 311-6, L. 311-8-1 et L. 743-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, il y a lieu d'écarter ces différents moyens.
8. En troisième lieu, la décision en litige énonce, dans ses visas et motifs, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est ainsi suffisamment motivée au regard des exigences de l'article L 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite et alors que le préfet de la Marne n'était pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle et familiale de Mme B, en particulier sa prise en charge au titre de l'aide sociale à l'enfance et son parcours scolaire, ni de viser la convention franco-congolaise du 31 juillet 1993, le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et il ne peut, dès lors, qu'être écarté.
9. En quatrième lieu, il ne ressort ni des motifs de la décision en litige, ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Marne se serait abstenu de procéder à un examen particulier de la situation de Mme B. Par suite, ce moyen ne peut être accueilli.
10. En cinquième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 311-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers en France, alors en vigueur : " La détention d'une attestation de demande de délivrance ou de renouvellement d'un titre de séjour, d'une attestation de demande d'asile ou d'une autorisation provisoire de séjour autorise la présence de l'étranger en France sans préjuger de la décision définitive qui sera prise au regard de son droit au séjour. ". Aux termes du premier alinéa du premier paragraphe de l'article L 511-1 du même code, alors en vigueur : " L'autorité administrative peut obliger à quitter le territoire français un étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne () lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : () 6° Si la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou si l'étranger ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L 743-1 et L 743-2, à moins qu'il ne soit titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Lorsque, dans l'hypothèse mentionnée à l'article L. 311-6, un refus de séjour a été opposé à l'étranger, la mesure peut être prise sur le seul fondement du présent 6° ; () ". Aux termes du troisième paragraphe de l'article L. 723-2 de ce code, alors en vigueur : " L'office statue également en procédure accélérée lorsque l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile constate que : () 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France ; () ". Aux termes de l'article L. 743-1 du même code, alors en vigueur : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à la notification de la décision de l'office ou, si un recours a été formé, dans le délai prévu à l'article L. 731-2 contre une décision de rejet de l'office, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. / L'attestation délivrée en application de l'article L. 741-1, dès lors que la demande d'asile a été introduite auprès de l'office, vaut autorisation provisoire de séjour et est renouvelable jusqu'à ce que l'office et, le cas échéant, la cour statuent. ". Aux termes de l'article L 743-2 dudit code, alors en vigueur : " Par dérogation à l'article L. 743-1, sous réserve du respect des stipulations de l'article 33 de la convention relative au statut des réfugiés, signée à Genève le 28 juillet 1951, et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, adoptée à Rome le 4 novembre 1950, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin et l'attestation de demande d'asile peut être refusée, retirée ou son renouvellement refusé lorsque : () 7° L'office a pris une décision de rejet dans les cas prévus au I et au 5° du III de l'article L. 723-2 ; () ".
11. Il ressort des pièces du dossier, spécialement de l'extrait du fichier " Telemofpra " produit en première instance par le préfet de la Marne, que la demande d'asile présentée par Mme B, qui a été examinée dans le cadre de la procédure accélérée en application du 3° du troisième paragraphe de l'article L. 723-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 31 décembre 2019. Cette décision ayant été notifiée à la requérante le 10 février 2020, l'intéressée ne bénéficiait plus à cette date, nonobstant le recours formé devant la Cour nationale du droit d'asile, du droit de se maintenir sur le territoire français. Dans ces conditions, le préfet de la Marne pouvait légalement prononcer à son encontre une mesure d'éloignement sur le fondement du 6° du premier alinéa du premier paragraphe de l'article L 511-1 du même code. Si Mme B fait valoir qu'il n'est pas établi que la décision du 16 mars 2021, par laquelle la Cour nationale du droit d'asile a confirmé le rejet de sa demande d'asile, aurait été lue en audience publique ou aurait fait l'objet d'une notification, de telles circonstances sont sans incidence sur la légalité de la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut qu'être écarté.
12. En sixième lieu, Mme B ne saurait utilement invoquer, pour contester la légalité de la mesure d'éloignement prise à son encontre, les stipulations de l'article 11 de la convention franco-congolaise du 31 juillet 1993 et les dispositions, alors en vigueur, de l'article L 313-7 et du 2° bis de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui concernent les conditions de délivrance de titres de séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations et des dispositions en cause doit être écarté comme inopérant.
13. En septième lieu, il est constant que Mme B, alors inscrite au lycée professionnel " Gustave Eiffel " de Reims en vue de l'obtention d'un certificat d'aptitude professionnel en cuisine, a abandonné ses études à la suite de la naissance de sa fille le 3 juillet 2019. Si l'intéressée a signé, le 1er avril 2021, postérieurement à la décision en litige, un contrat d'enseignement à distance en vue de l'obtention d'un titre professionnel d'assistante de vie aux familles, une telle circonstance ne suffit pas à lui conférer un droit au séjour en France, ni à faire obstacle à ce que le préfet de la Marne puisse légalement prendre à son encontre une mesure d'éloignement. Par suite et alors qu'il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que la requérante serait dans l'impossibilité de poursuivre sa formation dans son pays d'origine, les moyens tirés respectivement de l'erreur de droit et de la violation du droit à l'éducation garanti par les articles L. 111-5 et L. 122-2 du code de l'éducation ne peuvent qu'être écartés.
14. En huitième lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 311-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " L'étranger admis pour la première fois au séjour en France ou qui entre régulièrement en France entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans révolus et qui souhaite s'y maintenir durablement s'engage dans un parcours personnalisé d'intégration républicaine. Ce parcours a pour objectifs la compréhension par l'étranger primo-arrivant des valeurs et principes de la République, l'apprentissage de la langue française, l'intégration sociale et professionnelle et l'accès à l'autonomie. ".
15. Ne justifiant pas d'une entrée régulière en France et n'ayant pas été admise à y séjourner, Mme B ne saurait utilement invoquer les dispositions du deuxième alinéa de l'article L. 311-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ne sont pas applicables à sa situation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté comme inopérant.
16. En neuvième lieu, aux termes de l'article L 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : 1° L'étranger mineur de dix-huit ans ; () ".
17. Il est constant que Mme B, qui est née le 2 avril 2001, était majeure à la date de la décision en litige. Par suite, alors même qu'elle a donné naissance à une fille le 3 juillet 2019, le moyen tiré de la méconnaissance du 1° de l'article L 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit également être écarté comme inopérant.
18. En dixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
19. Mme B se prévaut essentiellement de son parcours scolaire et de la présence sur le territoire français de sa fille, de son compagnon et de sa tante. Toutefois, il est constant que l'intéressée, arrivée en France le 1er janvier 2018, a interrompu ses études à la suite de la naissance de son enfant le 3 juillet 2019. Dépourvue de logement autonome et de ressources propres, elle ne justifie pas d'une intégration particulière sur le territoire français. Lors de son entretien du 26 juin 2019 avec un officier de protection de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, elle a indiqué avoir cessé toute relation, depuis l'annonce de sa grossesse, avec sa tante et avec son compagnon, lequel souhaitait qu'elle se fît avorter. Si Mme B fait valoir que sa mère est décédée en 2007 et qu'elle ignore l'identité de son père biologique, elle n'établit pas être isolée dans son pays d'origine, où vivent notamment un frère et trois oncles maternels. Par suite et alors que l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne garantit pas à l'étranger le droit de choisir le lieu de résidence qu'il estime le plus approprié pour y développer une vie privée et familiale, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations en cause.
20. En onzième lieu, eu égard aux circonstances qui ont été analysées au point précédent, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision en litige serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle. Par suite, ce moyen ne peut être accueilli.
21. En douzième et dernier lieu, aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
22. Il est constant que la décision en litige n'a ni pour objet, ni pour effet de séparer Mme B de sa fille. Par suite et alors qu'il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que l'enfant ne pourrait, en cas de retour de la requérante dans son pays d'origine, y poursuivre une existence et une scolarité normales, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.
En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de destination :
23. En premier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
24. Mme B fait valoir qu'elle a fui la République du Congo pour échapper aux " Bébés noirs ", qui l'ont enlevée et contrainte à la prostitution. Toutefois, en se bornant à produire, en sus de son propre récit, deux documents à caractère général sur le développement, dans la plupart des grandes villes congolaises, de cette nouvelle forme de délinquance juvénile, dont un rapport de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 7 décembre 2017, la requérante n'établit pas qu'elle risquerait d'être exposée, à titre personnel, à des traitements prohibés par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite et alors que, au demeurant, la demande d'asile présentée par l'intéressée a été successivement rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et par la Cour nationale du droit d'asile, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations en cause doit être écarté.
25. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Marne, après avoir indiqué, dans les motifs de l'arrêté en litige, que Mme B, née le 2 avril 2001 à Brazzaville (Congo), est de nationalité congolaise, a décidé, à l'article 3 du dispositif de ce même arrêté, qu'elle pourra, le cas échéant, " être reconduite d'office à destination de son pays d'origine ou tout autre pays où elle établit être légalement admissible ". Dans ces conditions, la circonstance que le préfet n'ait pas mentionné explicitement la République du Congo comme pays de destination n'est pas de nature à entacher la décision en litige d'irrégularité, ni à révéler un défaut d'examen de la part de l'autorité administrative. Par suite, ce dernier moyen ne peut être accueilli.
26. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Marne du 25 mars 2021, ni à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le président du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté sa demande. Il y a donc lieu de rejeter ses conclusions à fin d'annulation de cet arrêté et de ce jugement et, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et ses conclusions à fin d'application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à Mme C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée à la préfète de la Marne.
Délibéré après l'audience du 5 juillet 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Wurtz, président de la chambre,
- M. Meisse, premier conseiller,
- M. Marchal, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juillet 2022.
Le rapporteur,
Signé : E. A
Le président,
Signé : C. WURTZ
Le greffier,
Signé : F. LORRAIN
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier :
F. LORRAIN
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026