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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-22NC00803

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-22NC00803

jeudi 1 septembre 2022

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-22NC00803
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantCISSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme D B a demandé au tribunal administratif de Strasbourg d'annuler la décision du 2 juillet 2020 par laquelle le préfet de la Moselle a refusé de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.

Par un jugement n° 2005418 du 13 juillet 2021, le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 29 mars 2022, Mme B, représentée par Me Cissé, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 13 juillet 2021 ;

2°) d'annuler la décision du 2 juillet 2020 ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer un titre de séjour temporaire dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir et de lui délivrer pendant cet examen une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2000 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision contestée méconnaît les dispositions du 11° de l'article L. 313-11 alors applicable du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors qu'elle remplit le critère de résidence habituelle, et que quand bien même elle ne remplirait pas cette condition, les articles R. 312-22 et R. 313-24 alors applicables du code précité permettent à l'étranger malade ne remplissant pas la condition de résidence habituelle de se voir délivrer une autorisation provisoire de séjour renouvelable pendant la durée de son traitement ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 311-12 alors applicable du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le préfet n'a pas procédé à l'examen de l'ensemble des circonstances attachées à la situation de sa famille, ni des conséquences sur l'intérêt supérieur de ses enfants engendrées par sa décision.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 11 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du 1er septembre 2021, la présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné M. Laubriat, président assesseur, pour statuer par ordonnances sur le fondement des alinéas 1° à 5° et 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante ukrainienne, est entrée sur le territoire français en décembre 2019 accompagnée de ses deux filles jumelles mineures. Le 5 juin 2020, elle a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 311-12 alors applicable du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 2 juillet 2020, le préfet de la Moselle a refusé de faire droit à sa demande. Mme B fait appel du jugement du 13 juillet 2021 par lequel le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cette décision.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

3. En premier lieu, aux termes de l'article L.313-11-11° alors applicable du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit :/ 11° A l'étranger résidant habituellement en France, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigée. La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

4. Il ne ressort ni des termes du courrier de demande de titre de séjour produit par le préfet en première instance ni d'aucune autre pièce du dossier que l'intéressée aurait sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 313-11 11° alors applicable du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En tout état de cause, elle ne produit aucun élément susceptible d'établir qu'elle souffrirait d'une pathologie et que son état de santé nécessiterait une prise en charge médicale en France. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 313-11 11° alors applicable du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de L. 311-12 alors applicable du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " Sauf si leur présence constitue une menace pour l'ordre public, une autorisation provisoire de séjour est délivrée aux parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions mentionnées au 11° de l'article L. 313-11, ou à l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée./ L'autorisation provisoire de séjour mentionnée au premier alinéa, qui ne peut être d'une durée supérieure à six mois, est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues au 11° de l'article L. 313-11° () ".

6. Pour refuser de délivrer une autorisation provisoire de séjour à Mme B sur le fondement de ces dispositions, le préfet de la Moselle a retenu que la condition de résidence habituelle en France exigée par les dispositions du 11° de l'article L. 313-11 alors applicable du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'était pas remplie. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée a déclaré être entrée en France, accompagnée de ses filles mineures, en décembre 2019, soit depuis moins de sept mois à la date de la décision contestée, et qu'elles étaient hébergées chez l'oncle de Mme B. Ainsi, l'autorité préfectorale a pu à bon droit estimer que leur séjour en France ne présentait pas un caractère d'ancienneté et de stabilité suffisant pour permettre de regarder l'intéressée comme résidant habituellement en France au sens du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, le moyen tiré de ce que le préfet de la Moselle aurait méconnu les dispositions de l'article L. 311-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de délivrer une autorisation provisoire de séjour à Mme B au motif que son enfant malade ne remplissait pas les conditions prévues par les dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du même code ne peut qu'être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article R. 312-22 alors applicable du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " () L'étranger mentionné au 11° de l'article L. 313-11 qui ne remplirait pas la condition de résidence habituelle peut recevoir une autorisation provisoire de séjour renouvelable pendant la durée du traitement. ". L'article R. 313-24 alors applicable du même code dispose : " L'étranger mentionné au 11° de l'article L. 313-11 qui ne remplit pas la condition de résidence habituelle peut recevoir une autorisation provisoire de séjour renouvelable pendant la durée de son traitement ".

8. Ainsi que l'ont retenu les premiers juges, s'il ressort de ces dispositions que l'autorité préfectorale a la possibilité de délivrer une autorisation provisoire de séjour à l'étranger qui ne remplit pas la condition de résidence habituelle prévue par l'article L. 313-11 11° alors applicable du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne ressort toutefois pas de ces dispositions qu'il y serait obligé. Dans ces conditions, le préfet ne peut être regardé comme ayant méconnu les dispositions des articles R. 312-22 et R. 313-24 alors applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". L'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant stipule : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

10. Mme B soutient que la décision litigieuse a pour conséquence de la séparer de son enfant malade, qu'il ne lui a jamais été possible d'obtenir un diagnostic de la pathologie de cette enfant au A, que les caractéristiques du système de santé au A ne lui permettent pas de l'y faire soigner, que sa fille bénéficie d'un traitement approprié en France, que cette prise en charge lui est indispensable, que ses deux filles sont scolarisées sur le territoire français et que la cellule familiale ne pourrait se maintenir hors de France. Elle se prévaut également de sa résidence stable sur le territoire français dès lors qu'elle réside chez son oncle de nationalité française et du fait que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Toutefois, d'une part, elle ne produit aucun élément de nature à établir que son enfant malade ne pourrait bénéficier d'un traitement approprié et qu'elle serait dans l'impossibilité de faire scolariser ses deux filles au A ou dans le pays dont elle détient la nationalité, l'Ukraine, et qu'ainsi elle ne pourrait y reconstituer sa cellule familiale. D'autre part, si elle fait mention de la présence de son oncle chez qui elle est hébergée en France, elle ne produit aucun élément permettant d'établir l'intensité des liens qui les lient, et, en tout état de cause, elle ne se prévaut d'aucune autre relation sur le territoire français. La durée de son séjour en France aux côtés de ses deux filles était inférieure à sept mois à la date de l'arrêté contesté, de telle sorte qu'elle ne fait pas état d'attaches personnelles ou familiales intenses, anciennes et stables sur le territoire français. Enfin, elle n'établit pas ni même n'allègue être démunie de toute attache en Ukraine où résident, selon ses propres déclarations, trois membres de sa fratrie, ou dans tout pays où elle serait légalement admissible. Dans ces conditions, et ce bien qu'elle ne représente pas une menace pour l'ordre public, le préfet de la Moselle ne peut être regardé comme ayant porté au droit de Mme B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision contestée a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté ainsi que, pour les mêmes motifs, les moyens tirés de ce que le préfet de la Moselle aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle de l'intéressée et méconnu l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

11. En cinquième et dernier lieu, après l'expiration du délai de recours contre un acte administratif, sont irrecevables sauf s'ils sont d'ordre public, les moyens soulevés par le demandeur qui relèvent d'une cause juridique différente de celle à laquelle se rattachent les moyens invoqués dans sa demande avant l'expiration de ce délai. Ce délai de recours commence, en principe, à courir à compter de la publication ou de la notification complète et régulière de l'acte attaqué. Toutefois, à défaut, il court, au plus tard, à compter, pour ce qui concerne un demandeur donné, de l'introduction de son recours contentieux contre cet acte.

12. Il ressort des écritures de la requérante en première instance, notamment des termes de sa requête introductive d'instance, enregistrée le 28 août 2020, que cette demande ne contenait que des moyens de légalité interne. Mme B ne conteste pas avoir soulevé le moyen tiré du défaut d'examen, qui relève de la légalité externe, après l'expiration du délai de recours contentieux de deux mois suivant la notification de la décision litigieuse. Par suite, ce moyen qui n'était pas d'ordre public et se rattachait à une cause juridique distincte de celle invoquée dans le délai de recours, a été présenté tardivement et c'est à bon droit que les premiers juges l'ont écarté comme irrecevable. Ainsi, Mme B n'ayant, dans le cadre de sa demande de première instance, invoqué que des moyens de légalité interne, elle n'est pas recevable à invoquer en appel le moyen tiré du défaut d'examen qui se rattache donc à une cause juridique distincte de celle dont procédaient les moyens soulevés en première instance.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête présentée par Mme B sont manifestement dépourvues de fondement et ne peuvent dès lors qu'être rejetées en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C.

Copie en sera adressée au préfet de la Moselle.

Fait à Nancy, le 1er septembre 202Le président désigné,

Signé

A. Laubriat

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

D. Fritz

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