vendredi 26 août 2022
| Juridiction | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| Section | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| N° Dossier | CAA54-22NC00904 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Avocat requérant | GABON |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A B a demandé au tribunal administratif de Châlons-en-Champagne d'annuler l'arrêté du 25 mars 2021 par lequel le préfet de la Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai.
Par un jugement n° 2100790 du 15 juin 2021, le président du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 11 avril 2022, M. B, représenté par Me Gabon, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du 15 juin 2021 ;
2°) d'annuler l'arrêté du 25 mars 2021 ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Marne de lui délivrer un titre de séjour temporaire au titre des articles L. 435-1 et L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à compter de la notification de l'arrêt à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur l'arrêté pris dans son ensemble :
- il est insuffisamment motivé ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen complet de sa situation ;
- il méconnaît l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne en ce que son droit à être entendu a été méconnu ;
- il est illégal dès lors qu'il peut bénéficier d'un titre de séjour en raison de son état de santé ;
- le préfet s'est cru à tort en situation de compétence liée par les décisions de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) et de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 511-4 10° alors applicable du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 743-1 alors applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet ne justifie pas de la notification régulière des décisions de l'OFPRA et de la CNDA ;
- le préfet a méconnu les dispositions des articles L. 311-6 et L. 311-8-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'a pas été informé de son droit à formuler une demande de titre de séjour ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 313-14 alors applicable du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation
- il méconnaît les dispositions des articles L. 711-1 et L. 711-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la directive 2005/85/CE du Conseil de l'Union européenne du 1er décembre 2005 ;
- il est illégal en ce que le préfet n'établit pas qu'il serait admissible dans un autre pays et aurait dû mentionner explicitement le pays vers lequel il proposait de le renvoyer.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 3 mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Par une décision du 1er septembre 2021, la présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné M. Laubriat, président assesseur, pour statuer par ordonnances sur le fondement des alinéas 1° à 5° et 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant congolais, est entré sur le territoire français le 31 mars 2019 selon ses déclarations afin d'y solliciter la reconnaissance du statut de réfugié. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 2 novembre 2020, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 16 mars 2021. Par un arrêté du 25 mars 2021, le préfet de la Marne a fait obligation à M. B de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai. M. B fait appel du jugement du 15 juin 2021 par lequel le président du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.
2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
3. En premier lieu, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que pour obliger le requérant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixer le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai, le préfet de la Marne a visé la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8, et les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet a ensuite indiqué que M. B avait déclaré être entré sur le territoire français le 31 mars 2019, que sa demande d'asile a été rejetée en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile le 16 mars 2021, et qu'en application du 6° du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorité administrative pouvait dès lors l'obliger à quitter le territoire français. Le préfet a ajouté qu'aux termes de l'article L. 743-3 du même code, l'étranger auquel la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé et qui ne peut être autorisé à demeurer sur le territoire à un autre titre doit quitter le territoire français, et qu'en dépit du fait qu'il ne pouvait être autorisé à demeurer sur le territoire à un autre titre, l'intéressé se maintenait irrégulièrement en France. Enfin, le préfet a précisé que M. B n'entrait dans aucun des cas de protection contre l'éloignement prévu par l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que la décision ne méconnaissait pas les garanties prévues par les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dans la mesure où l'intéressé ne justifiait pas de liens privés et familiaux stables et intenses en France et n'établissait pas être démuni de tout lien dans son pays d'origine, ni y être exposé à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. Ainsi, la décision contestée comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Si le requérant fait valoir que le préfet ne fait mention d'aucun élément relatif à son état de santé, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait fait part d'informations à cet égard auprès du préfet avant que ce dernier n'édicte sa décision, ni qu'il aurait sollicité la délivrance d'un titre de séjour pour soins. En outre, la circonstance que l'arrêté comporterait des informations erronées sur les persécutions qu'il aurait subies dans son pays d'origine n'est pas de nature à remettre en cause la suffisance de la motivation. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation de M. B, ni qu'il se serait cru lié par les décisions de l'OFPRA et de la CNDA. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation, du défaut d'examen et de ce que le préfet se serait cru à tort en situation de compétence liée ne peuvent qu'être écartés.
4. En deuxième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ".
5. Si le moyen tiré de la violation de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne précité est inopérant, dès lors qu'il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que cet article ne s'adresse qu'aux organes et aux organismes de l'Union, le droit d'être entendu, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision défavorable à ses intérêts, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir ses observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne.
6. Toutefois dans le cas prévu au 6° du I des dispositions alors applicables de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, où la décision faisant obligation de quitter le territoire français est prise après que la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou si l'étranger ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article L. 743-2 du même code, à moins qu'il ne soit titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, l'obligation de quitter le territoire français découle nécessairement du défaut de reconnaissance de cette qualité ou de ce bénéfice. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu à l'occasion de l'examen de sa demande de reconnaissance de sa qualité de réfugié. Lorsqu'il sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, l'intéressé ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de la reconnaissance de la qualité de réfugié, n'impose pas à l'autorité administrative de le mettre à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise en conséquence du refus définitif de reconnaissance de la qualité de réfugié ou de l'octroi du bénéfice de la protection subsidiaire ou si l'étranger ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article L. 743-2 du même code alors en vigueur.
7. En l'espèce, si le requérant soutient qu'il n'a pas reçu la notification du rejet de sa demande d'asile et qu'il n'a pas pu faire valoir ses observations concernant sa situation, notamment son état de santé, avant l'édiction de la décision portant obligation de quitter le territoire français, cette circonstance n'est pas de nature à méconnaître son droit à être entendu dès lors qu'il a pu présenter les observations sur sa situation qu'il estimait utiles dans le cadre de l'examen de sa demande d'asile. En outre, l'un des documents médicaux qu'il produit afin de soutenir qu'il pouvait bénéficier d'un titre de séjour en raison de son état de santé est antérieur à la date d'enregistrement de sa demande d'asile. Enfin, il n'est pas contesté que la décision de refus de la Cour nationale du droit d'asile a été lue en audience publique le 16 mars 2021. Dans ces conditions, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu son droit d'être entendu préalablement à l'édiction à son encontre de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.
4. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 11° A l'étranger résidant habituellement en France, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigée. La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. Chaque année, un rapport présente au Parlement l'activité réalisée au titre du présent 11° par le service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ainsi que les données générales en matière de santé publique recueillies dans ce cadre ". L'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : () 10° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; () ".
5. D'abord, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B aurait sollicité un titre de séjour en raison de son état de santé. En outre, s'il produit plusieurs documents médicaux antérieurs à l'arrêté contesté indiquant qu'il souffre d'un diabète de type 1, il ne produit aucun élément de nature à établir qu'il lui serait impossible de voyager vers son pays d'origine et d'y bénéficier d'un traitement approprié. Par suite, les moyens tirés, d'une part, de ce que le requérant pouvait bénéficier d'un titre de séjour pour soins et, d'autre part, de la méconnaissance des dispositions du 10° de l'article L. 511-4 alors applicable du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peuvent qu'être écartés.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 743-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à la notification de la décision de l'office ou, si un recours a été formé, dans le délai prévu à l'article L. 731-2 contre une décision de rejet de l'office, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. () ".
7. Il résulte des dispositions susvisées qu'un étranger qui a saisi la Cour nationale du droit du d'asile d'un recours formé contre le rejet de sa demande de protection internationale, et dont la situation ne relève pas des cas visés à l'article L. 743-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire jusqu'à la date de lecture en audience publique de la décision de la Cour ou, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la notification de celle-ci. En l'espèce, le requérant soutient que la décision de la Cour nationale du droit d'asile ne lui a pas été notifié. Il indique également que, contrairement à ce qui a été relevé par le premier juge, il ne ressort d'aucun des éléments produits par le préfet de la Marne que la décision de la CNDA aurait été lue en audience publique. Toutefois, il ressort des termes mêmes de l'arrêt de la Cour nationale du droit d'asile du 16 mars 2021 que la décision de la cour a été lue à cette date en audience publique. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur de droit en constatant qu'à la date de l'arrêté contesté, il ne bénéficiait plus du droit de se maintenir sur le territoire .
8. En cinquième lieu, M. B reprend en appel le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 311-6 et L. 311-8-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La circonstance que la décision de la Cour nationale du droit d'asile ne lui aurait pas été notifiée n'est pas de nature à remettre en cause l'appréciation portée par le premier juge. Il y a ainsi lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus, à juste titre, par le premier juge.
9. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
10. M. B ne fait mention d'aucune attache privée ou familiale sur le territoire français et n'établit pas être démuni de toute attache dans son pays d'origine alors au demeurant qu'il avait déclaré lors de son entretien à l'OFPRA le 21 octobre 2020 dans le cadre de sa demande d'asile que son épouse, leurs trois enfants, son père et sept membres de sa fratrie résidaient dans son pays d'origine. En outre, ses deux années de présence sur le territoire français ne sont dues qu'au temps nécessaire à l'instruction de sa demande d'asile. Enfin, il n'établit pas avoir fixé le centre de ses intérêts en France. Dans ces conditions, le préfet de la Marne ne peut être regardé comme ayant porté au respect au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte manifestement disproportionnée aux buts en vue desquels la décision contestée a été prise. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation ne peuvent qu'être écartés.
11. En septième lieu, aux termes des dispositions alors applicables de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. ".
12. M. B soutient qu'il pouvait solliciter l'admission au séjour en raison des mauvais traitements subis dans son pays d'origine. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait sollicité la régularisation de sa situation administrative à ce titre. En tout état de cause, si l'intéressé se prévaut de risques pour sa vie en cas de retour en République du Congo, les documents qu'il produit, notamment des convocations du commissariat central de police du plateau de Brazzaville et du commissariat de police du quartier de Ouenzé III, une attestation sur l'honneur indiquant qu'il a milité au sein du parti politique Convention pour l'action, la démocratie et le développement (CADD), un contrat de travail au sein de la société Technip-Congo daté du 30 octobre 2014, un communiqué de la CADD, une fiche individuelle de cotisations pour la constitution du fonds d'investissement mutuel de la CADD, un article de l'organisation non gouvernementale Amnesty International portant sur les arrestations de l'opposition au gouvernement congolais suite aux élections présidentielles, des témoignages de son père et de son épouse et un rapport de recherche sur la CADD établi par la Commission de l'immigration et du statut de réfugié du Canada, ne permettent pas d'établir la réalité, le caractère personnel, l'actualité et le sérieux des risques allégués. Au demeurant, sa demande d'asile a été rejetée en dernier lieu par la Cour nationale du droit d'asile alors qu'il s'est prévalu devant cette cour des mêmes faits. En outre, il ressort de ce qui a été dit aux points 7 et 10 de la présente ordonnance qu'il ne peut se prévaloir ni de son état de santé ni de motifs personnels ou familiaux. Il ne ressort d'aucune autre pièce du dossier que le requérant justifierait de motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires de nature à permettre son admission exceptionnelle au séjour. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour et de l'erreur manifeste d'appréciation ne peuvent qu'être écartés.
13. En huitième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
14. Il ressort de ce qui a été dit au point 12 de la présente ordonnance que les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peuvent qu'être écartés.
15. En neuvième lieu, M. B reprend en appel, sans apporter d'élément nouveau ni critiquer utilement les motifs opposés par le premier juge, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L. 711-1 et L. 711-2 alors applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la directive 2005/85/CE du Conseil de l'Union européenne du 1er décembre 2005. Il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus, à juste titre, par le premier juge.
16. En dixième et dernier lieu, M. B reprend en appel, sans apporter d'élément nouveau ni critiquer utilement les motifs opposés par les premiers juges, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté est illégal en ce que le préfet n'établit pas qu'il serait admissible dans un autre pays et aurait dû mentionner explicitement le pays vers lequel il proposait de le renvoyer. Il y a lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus, à juste titre, par le premier juge.
17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête présentée par M. B sont manifestement dépourvues de fondement et ne peuvent dès lors qu'être rejetées en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.
Copie en sera adressée au préfet de la Marne.
Fait à Nancy, le 26 août 2022.
Le président désigné,
Signé
A. Laubriat
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
A. BAILLY
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026