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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-22NC00927

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-22NC00927

mercredi 3 août 2022

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-22NC00927
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantTICOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Besançon d'annuler les arrêtés du 31 août 2021 par lesquels le préfet du Doubs a décidé son transfert aux autorités maltaises responsables de l'examen de sa demande d'asile et l'a assigné à résidence dans le département du Doubs pour une durée de quarante-cinq jours.

Par un jugement n° 2101517 du 7 septembre 2021, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Besançon a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 13 avril 2022, M. A, représenté par Me Ticot, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du 7 septembre 2021 ;

1°) d'annuler les arrêtés du 31 août 2021 pris à son encontre ;

2°) d'enjoindre au préfet du Doubs de procéder au réexamen de sa demande d'admission au séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous une astreinte de 200 euros par jours de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur l'arrêté portant transfert aux autorités maltaises :

- il méconnaît les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- il est entaché d'erreur de droit dès lors qu'il n'a pas quitté le territoire des Etats membres pendant une durée de plus de trois mois et qu'il appartenait ainsi à la France d'examiner sa demande d'asile ;

- il méconnaît les dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- le préfete a méconnu les dispositions du paragraphe 2 de l'article 3 de ce règlement en ce qu'il existe des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs d'asile à Malte ;

Sur l'arrêté portant assignation à résidence :

- il est entaché d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation ;

- il a été pris en méconnaissance de son droit d'être entendu ;

- il a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 732-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que cette mesure n'est ni justifiée ni proportionnée.

Par une lettre du 20 avril 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que la décision à intervenir était susceptible d'être fondée sur un moyen relevé d'office tiré de ce qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté portant transfert aux autorités maltaises compte tenu de l'expiration du délai de six mois courant à compter de l'acceptation du transfert par l'Etat requis, interrompu jusqu'à la date de notification du jugement par lequel le tribunal administratif a statué au principal, ce qui rendait la France responsable de la demande de protection internationale de M. A.

Par un mémoire en réponse au moyen relevé d'office enregistré le 5 mai 2022, le préfet du Doubs a informé la cour administrative d'appel de Nancy que le requérant a été remis aux autorités maltaises le 3 novembre 2021 et qu'il y a, dès lors, toujours lieu de statuer sur la requête.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 14 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du 1er septembre 2021, la présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné M. Laubriat, président assesseur, pour statuer par ordonnances sur le fondement du dernier alinéa du 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant soudanais, est entré irrégulièrement sur le territoire français à une date indéterminée. Le 30 juin 2021, il a sollicité la reconnaissance du statut de réfugié. La consultation du fichier " Eurodac " a permis d'établir que l'intéressé avait préalablement sollicité l'asile à Malte. Les autorités maltaises, saisies le 9 août 2021 d'une demande de reprise en charge, ont fait connaître explicitement leur accord le 12 août 2021 en application de l'article 18-1-b du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Par deux arrêtés du 31 août 2021, le préfet du Doubs a ordonné le transfert de M. A aux autorités maltaises, responsables de l'examen de sa demande d'asile et l'a assigné à résidence dans le département du Doubs pour une durée de quarante-cinq jours. M. A relève appel du jugement du 7 septembre 2021 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Besançon a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces deux arrêtés.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

Sur l'arrêté portant transfert aux autorités maltaises :

3. En premier lieu, en se bornant à citer les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et à soutenir que celles-ci auraient été méconnues, sans apporter aucune précision ni critiquer utilement les motifs de rejet retenus à bon droit par le premier juge, le requérant ne permet pas d'apprécier le bien-fondé d'un tel moyen.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'Etat membre responsable, l'Etat membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. / () 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'Etat membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'Etat membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé. "

5. Il ressort du compte rendu de l'entretien individuel de M. A que cet entretien a été conduit dans les locaux de la préfecture du Doubs le 30 juin 2021 par un agent de la préfecture, avec l'aide des services téléphoniques d'un interprète en langue arabe de la société ISM interprétariat, langue que le requérant a déclaré comprendre. Il ressort du résumé de cet entretien que M. A a pu faire valoir plusieurs observations, notamment qu'il n'a pas eu de réponse à la demande d'asile qu'il a formulée à Malte, qu'il souffre de problèmes de santé à l'estomac et qu'il n'a pas de famille en France et en Europe. Si le requérant soutient que cet entretien ne s'est pas tenu dans des conditions lui permettant de faire valoir d'autres observations, il n'apporte aucune précision sur les raisons qui l'en auraient empêché. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article 5 du règlement (UE) du 26 juin 2013 ne peut qu'être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 19 de ce règlement : " () 2. Les obligations prévues à l'article 18, paragraphe 1, cessent si l'Etat membre responsable peut établir, lorsqu'il lui est demandé de prendre ou reprendre en charge un demandeur ou une autre personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point c) ou d), que la personne concernée a quitté le territoire des Etats membres pendant une durée d'au moins trois mois, à moins qu'elle ne soit titulaire d'un autre titre de séjour en cours de validité délivré par l'Etat membre responsable. () ".

7. Le requérant indique qu'il n'a pas quitté le territoire des Etats membres pendant une durée d'au moins trois mois. Contrairement à ce qu'il soutient, il ne découle nullement de cette circonstance que les autorités maltaises auraient cessé de devoir le reprendre en charge et que la France serait devenue responsable de l'examen de sa demande de protection. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Doubs aurait entaché son arrêté d'erreur de droit.

8. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Les États membres examinent toute demande de protection internationale présentée par un ressortissant de pays tiers ou par un apatride sur le territoire de l'un quelconque d'entre eux, y compris à la frontière ou dans une zone de transit. La demande est examinée par un seul État membre, qui est celui que les critères énoncés au chapitre III désignent comme responsable. / () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable () ". Aux termes de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Nul ne peut être soumis à la torture, ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. "

9. Eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les Etats membres de l'Union européenne, lorsque la demande de protection internationale a été introduite dans un Etat autre que la France, que cet Etat a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet Etat membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet Etat membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire.

10. Malte est un Etat membre de l'Union européenne et partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il doit ainsi être présumé que le traitement réservé aux demandeurs d'asile dans cet Etat membre est conforme aux exigences de ces deux conventions internationales. Pour renverser cette présomption, M. A produit le rapport annuel 2021 d'Amnesty international qui émet quelques réserves sur les " droits des personnes réfugiées ou migrantes " à Malte. Toutefois, cet élément, à lui seul, n'est pas suffisant pour démontrer d'une part, que les demandes d'asile ne pourraient être traitées dans ce pays en raison de défaillances structurelles d'un degré tel qu'elles devraient conduire dans tous les cas à reconnaître une défaillance systémique dans la mise en œuvre de la procédure d'asile et des conditions d'accueil des demandeurs d'asile et, d'autre part, que son transfert à Malte pour le traitement de sa demande d'asile comporterait, par lui-même, un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Doubs aurait méconnu les dispositions du paragraphe 2 de l'article 3 précité du règlement (UE) du 26 juin 2013. Ce moyen doit ainsi être écarté.

Sur l'arrêté portant assignation à résidence :

11. En premier lieu, il ressort de la requête introductive d'instance que M. A a présentée devant le tribunal administratif de Besançon le 2 septembre 2021 que celui-ci a uniquement soulevé, à l'encontre de l'arrêté litigieux, le moyen tiré de l'exception d'illégalité, moyen se rattachant à légalité interne de cet arrêté. Ainsi, les moyens d'appel tirés de l'incompétence de son signataire, de l'insuffisance de motivation, du défaut d'examen particulier de sa situation, de l'irrégularité de la procédure et de la méconnaissance de son droit d'être entendu préalablement à l'édiction de la mesure d'assignation à résidence, moyens de légalité externe, reposent sur une cause juridique distincte du moyen qu'il a présenté en première instance. Dès lors, ces moyens ne peuvent qu'être écartés comme irrecevables.

12. En second lieu, aux termes de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () En cas de notification d'une décision de transfert, l'assignation à résidence peut se poursuivre si l'étranger ne peut quitter le territoire français mais que l'exécution de la décision de transfert demeure une perspective raisonnable. () "

13. En l'espèce, le requérant fait valoir que l'assignation à résidence dont il fait l'objet n'est ni justifiée ni proportionnée. Toutefois, il ressort des termes mêmes de l'arrêté litigieux que le préfet du Doubs a indiqué que M. A, visé par une décision de transfert, ne dispose pas des moyens lui permettant de se rendre à Malte et que le transfert de l'intéressé demeure une perspective raisonnable. Ainsi le préfet pouvait décider d'assigner à résidence M. A dans le département du Doubs pour une durée de quarante-cinq jours en application des dispositions précitées de l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, cet arrêté interdit seulement au requérant de quitter le département du Doubs pour une durée de quarante-cinq jours et lui impose de se présenter chaque jour de la semaine, du lundi au vendredi, entre 8h et 8h30 au commissariat de police de Besançon. Dès lors, eu égard à sa durée et aux obligations limitées qu'il impose à l'intéressé, l'arrêté décidant son assignation à résidence ne peut être regardé comme disproportionné par rapport au but poursuivi. Il s'ensuit que M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Doubs aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en prenant à son encontre l'assignation à résidence litigieuse. Ce moyen ne saurait qu'être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête présentée par M. A sont manifestement dépourvues de fondement et ne peuvent dès lors qu'être rejetées en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet du Doubs.

Fait à Nancy, le 03 août 202Le président désigné

Signé

A. Laubriat

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

A. Bailly

No 22NC00927

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