jeudi 8 septembre 2022
| Juridiction | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| Section | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| N° Dossier | CAA54-22NC01046 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Avocat requérant | ANNIE LEVI-CYFERMAN - LAURENT CYFERMAN |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. D B et Mme C A ont demandé au tribunal administratif de Nancy d'annuler les arrêtés du 31 mai 2021 par lesquels le préfet de Meurthe-et-Moselle leur a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d'office à l'expiration de ce délai.
Par un jugement n°2101769-2101770 du 29 juillet 2021, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Nancy a rejeté leurs demandes.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 28 avril 2022, M. B et Mme A, représentés par Me Levi-Cyferman, demandent à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du 29 juillet 2021 ;
2°) d'annuler les arrêtés du 31 mai 2021 ;
3°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de leur délivrer des titres de séjour temporaires avec autorisation de travail ou, à titre subsidiaire, de réexaminer leurs situations administratives et de leur délivrer pendant cet examen des autorisations provisoires de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à leur conseil de la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Ils soutiennent que :
S'agissant de la régularité du jugement attaqué :
- il est insuffisamment motivé ;
S'agissant des arrêtés du 31 mai 2021 :
- ils sont insuffisamment motivés et le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de leurs situations ;
- ils méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaissent les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- ils méconnaissent l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
M. B et Mme A ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par deux décisions du bureau d'aide juridictionnelle du 29 mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Par une décision du 1er septembre 2022, la présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné M. Laubriat, président assesseur, pour statuer par ordonnances sur le fondement des alinéas 1° à 5° et 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. D B et Mme C A, ressortissants serbes, sont entrés sur le territoire français, selon leurs déclarations, respectivement en 2012 et en 2015 afin d'y solliciter la reconnaissance du statut de réfugiés. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par deux décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 29 mars 2013 et du 14 juin 2016, confirmées par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 19 décembre 2013 et le 26 septembre 2016. Leurs demandes de réexamen de leurs demandes d'asile ont été rejetées comme irrecevables par des décisions de l'OFPRA du 22 mars 2021. Par deux arrêtés du 31 mai 2021, le préfet de Meurthe-et-Moselle leur a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d'office à l'expiration de ce délai. M. B et Mme A font appel du jugement du 29 juillet 2021 par lequel la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Nancy a rejeté leurs demandes tendant à l'annulation de ces arrêtés.
2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
Sur la régularité du jugement :
3. Il ne ressort pas des termes du jugement attaqué que la première juge aurait insuffisamment motivé sa décision. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.
Sur les arrêtés du 31 mai 2021 :
4. En premier lieu, il ressort des termes des arrêtés contestés que pour obliger M. B et Mme A à quitter le territoire français, fixer le délai de départ volontaire et le pays de destination, le préfet, après avoir visé la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8, ainsi que les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a indiqué que M. B avait déclaré être entré en France le 24 décembre 2012 et Mme A le 27 octobre 2015, que leurs demandes d'asile avaient été rejetées en dernier lieu par la CNDA et que leurs demandes de réexamen avaient été rejetées par l'OFPRA. Le préfet a précisé que les requérants ne se trouvaient ni dans les situations visées par le 4° de l'article L. 611-1 du code précité ni parmi les cas de protection contre l'éloignement prévus par les articles L. 251-2 et L. 611-3 du même code. Le préfet a également mentionné que les requérants faisaient l'objet de mesures d'éloignement, qu'ils ont cinq enfants mineurs, que la naissance du dernier enfant en France ne justifie pas la délivrance d'un titre de séjour de plein droit, qu'ils étaient entrés récemment sur le territoire français et ne pouvaient se prévaloir d'une vie privée et familiale sur le territoire national et qu'ils n'établissaient pas être dépourvus de liens dans leur pays d'origine ni y encourir un risque de traitement prohibé par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Enfin, le préfet a indiqué que M. B et Mme A disposaient d'un délai de départ volontaire de trente jours en application de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que compte-tenu de l'absence de circonstances particulières, il n'y avait pas lieu de faire usage du pouvoir discrétionnaire dont dispose le préfet pour prolonger ce délai. Ainsi, les décisions contestées comportent l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent les fondements. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen particulier et approfondi des situations personnelles des intéressés ne peuvent qu'être écartés.
5. En deuxième lieu, les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettent uniquement une admission au séjour à titre exceptionnel et non la délivrance d'un titre de séjour de plein droit. La méconnaissance de ces dispositions ne peut donc être utilement invoquée à l'encontre d'une décision portant obligation de quitter le territoire français fondée sur les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du même code.
6. En troisième et dernier lieu, d'une part, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". D'autre part, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Enfin, l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
7. M. B et Mme A se prévalent de la durée de leurs séjours sur le territoire français, de la présence à leurs côtés de leurs cinq enfants mineurs, de la scolarisation en France de leurs enfants ainsi que de la présence de la sœur de M. B et d'amis du couple sur le territoire. Ils font également valoir qu'ils vivent de manière autonome, qu'ils sont intégrés dans la société française et que M. B bénéficie d'un contrat à durée indéterminée en qualité de cuisinier. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que les requérants résideraient de manière continue en France depuis leurs dates d'entrées déclarées sur le territoire français. En outre, les requérants font tous les deux l'objet d'une mesure d'éloignement et ont donc tous deux vocations à retourner en Serbie où ils n'établissent pas, d'une part, qu'il leur serait impossible d'y scolariser leurs enfants et d'y reconstituer leur cellule familiale et, d'autre part, qu'ils y seraient démunis de toute attache privée ou familiale. Si M. B produit une promesse d'embauche pour un emploi de cuisiner, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait transmis ce document aux services préfectoraux avant l'édiction de l'arrêté litigieux. De plus, si l'intéressé produit une copie de son contrat de travail à durée indéterminée pour ce même emploi, celui-ci est postérieur à la date de l'arrêté contesté, et, au demeurant, il est démuni d'autorisation de travail sur le territoire français de telle sorte qu'il ne peut se prévaloir d'une expérience professionnelle légale en France. Par ailleurs, la décision en litige n'a ni pour objet ni pour effet de priver M. B du droit d'entretenir des relations avec sa sœur, ni de les séparer durablement, dès lors qu'elle n'est pas assortie d'une mesure interdisant au requérant de revenir sur le territoire français et qu'elle n'empêche ni ne préjuge des démarches qu'il pourrait entreprendre ultérieurement pour lui rendre visite en France de manière régulière. Enfin, M. B et Mme A ne font état d'aucune autre relation personnelle ou familiale intense, ancienne et stable sur le territoire français et s'ils se prévalent de leur insertion dans la société française, la seule production de témoignages ne saurait suffire à justifier leurs allégations. Dans ces conditions, le préfet ne peut être regardé comme ayant porté au droit des requérants au respect de leurs vies privées et familiales ainsi qu'à l'intérêt supérieur de leurs enfants une atteinte manifestement disproportionnée au regard des buts en vue desquels les décisions contestées ont été prises. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peuvent qu'être écartés.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête présentée par M. B et Mme A sont manifestement dépourvues de fondement et ne peuvent dès lors qu'être rejetées en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également leurs conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. B et Mme A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D B et à Mme C A.
Copie en sera adressée au préfet de Meurthe-et-Moselle.
Fait à Nancy, le 8 septembre 2022.
Le président désigné,
Signé
A. Laubriat
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
F. FRITZ
N°22NC01046
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026