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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-22NC01185

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-22NC01185

mardi 23 août 2022

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-22NC01185
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantPERREY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Strasbourg d'annuler les arrêtés du 26 novembre 2021 par lesquels la préfète du Bas-Rhin a ordonné son transfert aux autorités autrichiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile et l'a assigné à résidence dans le département du Bas-Rhin pour une durée de quarante-cinq jours.

Par un jugement n° 2108565 du 3 janvier 2022, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 9 mai 2022, M. A, représenté par Me Perrey, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 3 janvier 2022 ;

2°) d'annuler les arrêtés du 26 novembre 2021 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur le jugement attaqué:

- il est irrégulier dès lors qu'il ne comporte pas la signature du président de la formation ;

Sur l'arrêté portant transfert aux autorités autrichiennes :

-il est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît le principe du droit d'être entendu ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur l'arrêté portant assignation à résidence:

- il est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît le principe du droit d'être entendu ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par une lettre du 27 juillet 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que la décision à intervenir était susceptible d'être fondée sur un moyen relevé d'office tiré de ce qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté portant transfert aux autorités maltaises compte tenu de l'expiration du délai de six mois courant à compter de l'acceptation du transfert par l'Etat requis, interrompu jusqu'à la date de notification du jugement par lequel le tribunal administratif a statué au principal, ce qui rendait la France responsable de la demande de protection internationale de M. A.

Par un mémoire en réponse au moyen relevé d'office enregistré le 28 juillet 2022, la préfète du Bas-Rhin a informé la cour de ce qu'il y a toujours lieu de statuer sur la requête, le requérant ayant été déclaré en fuite, ce qui a eu pour effet de prolonger le délai de transfert jusqu'au 3 juillet 2023.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 26 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du 1er septembre 2021, la présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné M. Laubriat, président assesseur, pour statuer par ordonnances sur le fondement des alinéa 1° à 5° et 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant afghan, est entré irrégulièrement en France le 22 octobre 2021. Le 29 octobre 2021, il a déposé une demande d'asile auprès des services de la préfecture du Bas-Rhin. La consultation du fichier " Eurodac " a révélé que l'intéressé avait sollicité préalablement l'asile en Autriche. Saisies le 3 novembre 2021 d'une demande de reprise en charge, les autorités autrichiennes ont fait connaître explicitement leur accord le 16 novembre 2021, sur le fondement des dispositions du b) de l'article 18-1 du règlement (UE) n°604/2013. Par deux arrêtés du 26 novembre 2021, la préfète du Bas-Rhin a ordonné le transfert de M. A aux autorités autrichiennes responsables de l'examen de sa demande d'asile et l'a assigné à résidence dans le département du Bas-Rhin pour une durée de quarante-cinq jours. M. A fait appel du jugement du 3 janvier 2022 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces arrêtés.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

Sur la régularité du jugement attaqué ;

3. Aux termes de l'article R. 741-7 du code de justice administrative : " Dans les tribunaux administratifs et les cours administratives d'appel, la minute de la décision est signée par le président de la formation de jugement, le rapporteur et le greffier d'audience ". Aux termes de l'article R. 741-8 du code de justice administrative : " () Lorsque l'affaire est jugée par un magistrat statuant seul, la minute du jugement est signée par ce magistrat et par le greffier d'audience ".

4. La minute du jugement comporte la signature du magistrat statuant seul, ainsi que celle du greffier d'audience. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R.741-7 du code de justice administrative manque par suite en fait. La circonstance que l'expédition du jugement qui a été notifiée à M. A, ne comporte pas la signature du magistrat statuant seul est sans incidence sur la régularité de ce jugement.

Sur la décision portant transfert aux autorités autrichiennes ;

5. En premier lieu, l'arrêté prononçant le transfert de M. A aux autorités autrichiennes vise le règlement (UE) n° 604/2013 et le règlement (CE) n° 1560/2003, relève le caractère irrégulier de l'entrée en France de M. A et rappelle le déroulement de la procédure suivie lorsque M. A s'était présenté devant les services de la préfecture. Il indique également que l'intéressé a préalablement sollicité l'asile en Autriche et précise que les autorités autrichiennes, saisies d'une demande de reprise en charge, ont accepté son transfert le 16 novembre 2021 en application du b) du paragraphe 1 de l'article 18 règlement (UE) n°604/2013. Il s'ensuit que M. A a été informé du critère sur lequel la préfète s'est fondée pour regarder l'Autriche comme étant l'Etat responsable de sa demande. Par ailleurs, contrairement à ce que soutient le requérant, la préfète du Bas-Rhin a rappelé les éléments pertinents de sa situation personnelle, notamment qu'il est de nationalité afghane, qu'il a déclaré être marié et avoir deux enfants mais être entré seul en France et avoir un frère ayant obtenu le statut de réfugié en France. Dès lors, cette décision, qui contient l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, est suffisamment motivée, l'autorité administrative n'étant pas tenue de mentionner l'ensemble des circonstances relatives à la situation personnelle de l'intéressé.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un Etat membre est inopérant. Il résulte, toutefois, également de la jurisprudence de la Cour de Justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

7. De plus si, ainsi que la Cour de justice de l'Union européenne l'a jugé dans ses arrêts C-166/13 et C 249/13 des 5 novembre et 11 décembre 2014, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour, il n'implique pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français ou sur les décisions accompagnant cette décision, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.

8. Comme l'a souligné le premier juge, M. A a bénéficié le 29 octobre 2021 d'un entretien individuel, lors duquel il a été mis en mesure de présenter, de manière utile et effective, ses observations sur la mesure envisagée. En outre, il ne démontre pas qu'il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la décision contestée et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à cette décision. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que son droit d'être entendu a été méconnu.

9. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Si M. A se prévaut de la présence de son frère qui réside régulièrement en France, il n'établit pas, par les pièces qu'il produit, entretenir avec

celui-ci des liens d'une intensité telle que la décision en litige porterait une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale normale, alors qu'il a vécu au moins douze ans séparé de celui-ci. Au surplus, il ressort des pièces du dossier que M. A, marié et père de deux enfants, a créé sa propre cellule familiale, distincte de celle de son frère. Par ailleurs, l'intéressé n'était présent en France que depuis moins de deux mois a la date de la décision contestée. Ainsi, il ne justifie d'aucune insertion particulière dans la société française et n'établit pas être dépourvu d'attaches privées et familiales dans son pays d'origine, l'Afghanistan, où il a vécu la majeure partie de sa vie. Dans ces conditions, la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin, n'a pas porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision contestée a été prise et n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

Sur l'arrêté portant assignation à résidence :

11. En premier lieu, l'arrêté portant assignation à résidence du 26 novembre 2021 vise les dispositions du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et l'article L.751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, la préfète mentionne dans cet arrêté que M. A a fait l'objet d'un arrêté de transfert aux autorités autrichiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile, que le transfert de l'intéressé demeure une perspective raisonnable et que celui-ci est dépourvu de ressources lui permettant de se rendre légalement en Autriche. Dès lors l'arrêté litigieux comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est ainsi suffisamment motivé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

12. En deuxième lieu, M. A, qui fait l'objet d'une décision de transfert aux autorités autrichiennes, a, comme il a été dit précédemment, bénéficié d'un entretien individuel le 29 octobre 2021, lors duquel il a pu faire valoir les éléments pertinents relatifs à sa situation tant en ce qui concerne son séjour en France que ses perspectives d'éloignement. Le requérant n'est dès lors pas fondé à soutenir qu'il a été privé du droit d'être entendu.

13. En troisième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10 de la présente décision, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête présentée par M. A sont manifestement dépourvues de fondement et ne peuvent dès lors qu'être rejetées en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions présentées au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée à la préfète du Bas-Rhin.

Fait à Nancy, le 23 août 2022.

Le président désigné,

Signé

A. Laubriat

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

A. BAILLY

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