vendredi 26 août 2022
| Juridiction | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| Section | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| N° Dossier | CAA54-22NC01222 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Avocat requérant | BOUDHANE |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B A a demandé au tribunal administratif de Strasbourg d'annuler l'arrêté du 2 juin 2021 par lequel le préfet de la Moselle l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant une durée d'un an.
Par un jugement n° 2103922 du 13 juillet 2021, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 12 mai 2022, M. A, représenté par Me Boudhane, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement du 13 juillet 2021 ;
2°) d'annuler l'arrêté du 2 juin 2021 pris à son encontre ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation administrative dans le délai de quinze jours et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 000 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 29 mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Par une décision du 1er septembre 2021, la présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné M. Laubriat, président assesseur, pour statuer par ordonnances sur le fondement du dernier alinéa du 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant ivoirien, est entré en France le 24 février 2018 afin d'y solliciter la reconnaissance du statut de réfugié. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 29 juin 2018, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 24 juin 2019. Par un arrêté du 20 mai 2020, l'intéressé a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français assortie d'une interdiction de retour sur le territoire d'une durée d'un an. Le 2 juin 2021, M. A a fait l'objet d'un contrôle d'identité mené par les services de la police aux frontières de Metz puis a été placé en retenue administrative pour vérification de son droit au séjour. Par un arrêté du même jour, le préfet de la Moselle a obligé M. A à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a interdit de revenir sur le territoire pendant une durée d'un an. M. A relève appel du jugement du 13 juillet 2021 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.
2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de la décision litigieuse que pour obliger M. A à quitter le territoire français, le préfet de la Moselle, après avoir visé les stipulations et dispositions applicables de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a rappelé la situation administrative et personnelle de l'intéressé, notamment qu'il est de nationalité ivoirienne, qu'il est entré en France le 29 juin 2018, qu'il est célibataire, que sa demande d'asile a été rejetée tant par l'OFPRA que la CNDA, qu'il a fait l'objet d'une première mesure d'éloignement assortie d'une interdiction de retour d'une durée d'un an en date du 20 mai 2020 et qu'il entre ainsi dans le champ d'application des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet de la Moselle a également indiqué que M. A ne justifie pas de liens personnels et familiaux en France, ni être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine et, qu'ainsi, l'obliger à quitter le territoire français ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Si le requérant fait valoir que la décision contestée est insuffisamment motivée en ce qu'elle ne fait pas mention de la demande d'admission au séjour qu'il a présentée au titre de son état de santé, il est constant que cette demande a été rejetée par un arrêté du préfet de la Moselle du 20 mai 2020 et il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait, depuis lors, présenté une nouvelle demande de titre de séjour à ce titre. Dans ces conditions, la décision portant obligation de quitter le territoire français comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.
4. En second lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessité une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () "
5. Si le requérant soutient qu'il souffre de troubles psychiatriques et qu'il entre dans le champ d'application des dispositions précitées, d'une part, il est constant que la demande d'admission au séjour qu'il a présentée en octobre 2019 a été rejetée par une décision du préfet de la Moselle du 20 mai 2020, devenue définitive en l'absence de tout recours formé à l'encontre de celle-ci. D'autre part, si les certificats médicaux qu'il produit, émanant de son médecin traitant, font état des troubles post-traumatiques dont il souffrirait du fait d'actes dont il aurait été victime dans son pays d'origine et indiquent qu'un retour dans ce pays ne lui permettrait pas de se rétablir et que les soins nécessités par son état de santé y sont " réputés inaccessibles voire inexistants ", ces seules attestations ne permettent pas d'établir la gravité de la pathologie dont souffre M. A, le traitement qu'il suit en France, ni même encore qu'il serait dans l'impossibilité de se faire suivre médicalement en Guinée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées ne peut qu'être écarté.
6. En troisième lieu, en se bornant à se prévaloir de sa durée de séjour sur le territoire, de son état de santé et de ce qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public, M. A ne démontre nullement que le préfet de la Moselle aurait entaché la décision litigieuse d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, alors même qu'il résulte du point précédent que la pathologie dont il se prévaut n'est pas sérieusement établie et qu'il ressort des pièces du dossier qu'il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement qu'il n'a pas exécutée, qu'il ne justifie d'aucun lien privé ou familial en France et qu'il n'est pas démontré qu'il est dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où il a vécu la majeure partie de sa vie. Ce moyen ne saurait dès lors qu'être écarté.
Sur la décision fixant le pays de destination :
7. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de la décision litigieuse que le préfet de la Moselle a indiqué que M. A est un ressortissant ivoirien et a relevé qu'il n'est pas démontré que son retour dans son pays d'origine l'exposerait à des risques de traitements inhumains ou dégradants au sens des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dans ces conditions, la décision fixant le pays de destination comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée.
8. En deuxième lieu, faute pour le requérant d'avoir démontré l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré d'une telle illégalité, invoquée à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination, doit être écarté.
9. En troisième lieu, et pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6 de la présente ordonnance, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commise le préfet de la Moselle au regard de la situation personnelle de M. A doit être écarté.
Sur la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :
10. En premier lieu, faute pour le requérant d'avoir démontré l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré d'une telle illégalité, invoquée à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire, doit être écarté.
11. En second lieu, M. A reprend en appel, sans les assortir d'éléments nouveaux ni critiquer utilement les motifs de rejet qui lui ont été opposés par le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Strasbourg dans le jugement attaqué, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée la décision par laquelle le préfet de la Moselle a refusé d'assortir l'obligation de quitter le territoire français d'un délai de départ volontaire. Il y a ainsi lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus, à bon droit, par le premier juge.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
12. En premier lieu, faute pour le requérant d'avoir démontré l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré d'une telle illégalité, invoquée à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire, doit être écarté.
13. En second lieu, M. A reprend en appel, sans les assortir d'éléments nouveaux ni critiquer utilement les motifs de rejet qui lui ont été opposés par le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Strasbourg dans le jugement attaqué, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée la décision par laquelle le préfet de la Moselle lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant une durée d'un an. Il y a ainsi lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus, à bon droit, par le premier juge.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête présentée par M. A sont manifestement dépourvues de fondement et ne peuvent qu'être rejetées en application des dispositions précitées du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A
Copie en sera adressée au préfet de la Moselle.
Fait à Nancy, le 26 août 2022.
Le président désigné
Signé
A. Laubriat
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
A. BAILLY
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026