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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-22NC01796

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-22NC01796

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-22NC01796
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantANNIE LEVI-CYFERMAN - LAURENT CYFERMAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A B a demandé au tribunal administratif de Nancy d'annuler l'arrêté du 14 juin 2021 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai.

Par un jugement n° 2101977 du 22 septembre 2021, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Nancy a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 7 juillet 2022, Mme B, représentée par Me Lévi-Cyferman, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 22 septembre 2021 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 14 juin 2021 ;

3°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour temporaire avec autorisation de travail à compter de la notification de la décision à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative et de lui délivrer pendant cet examen une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

S'agissant de la régularité du jugement attaqué :

- il est insuffisamment motivé ;

S'agissant de l'arrêté contesté pris dans son ensemble :

- il est insuffisamment motivé et le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 13 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du 1er septembre 2022, la présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné M. Laubriat, président assesseur, pour statuer par ordonnances sur le fondement des alinéas 1° à 5° et 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante russe, est entrée sur le territoire français selon ses déclarations le 15 juin 2018 afin d'y solliciter la reconnaissance du statut de réfugiée. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 14 mai 2020, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 15 avril 2021. Par un arrêté du 14 juin 2021, le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français sur le fondement des dispositions de 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai. Mme B fait appel du jugement du 22 septembre 2021 par lequel la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Nancy a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

Sur la régularité du jugement attaqué :

3. Il ressort des termes mêmes du jugement attaqué que celui-ci est suffisamment motivé et n'est pas rédigé de manière stéréotypée. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que le jugement serait entaché d'irrégularité pour ce motif.

Sur l'arrêté contesté pris dans son ensemble :

4. En premier lieu, il ressort des termes de la décision contestée que pour refuser de délivrer un titre de séjour à Mme B et lui faire obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, le préfet de Meurthe-et-Moselle, après avoir visé la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8, ainsi que les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a indiqué que la requérante était entrée en France le 15 juin 2018 et que sa demande d'asile a été rejetée en dernier lieu par la CNDA le 15 avril 2021. Le préfet a également relevé que la requérante se trouvait dans la situation visée par l'article L. 611-1 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'elle n'entrait pas dans l'un des cas de protection contre l'éloignement prévus par les articles L. 251-2 et L. 611-3 du même code. Il a également précisé que M. B se déclarait divorcée, qu'elle n'établissait pas avoir de charges de famille en France, qu'elle était entrée récemment sur le territoire, qu'elle ne pouvait se prévaloir d'une vie privée et familiale en France alors qu'elle n'établissait ni être dépourvue de liens dans son pays d'origine, ni y encourir un risque de traitement inhumain ou dégradant. Enfin, le préfet a ajouté qu'en application de l'article L. 612-1 du code précité, Mme B disposait d'un délai de départ volontaire de trente jours, et que compte-tenu de l'absence de circonstances particulières, il n'y avait pas lieu de faire usage du pouvoir discrétionnaire dont il dispose pour prolonger ce délai. Ainsi, la décision contestée comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par ailleurs, cette motivation témoigne de ce que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation de Mme B. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen ne peuvent qu'être écartés.

5. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

6. Mme B se prévaut de la durée de sa présence sur le territoire français, de son inscription à des cours pour apprendre le français, de son suivi psychiatrique en raison des traumatismes qu'elle aurait vécus dans son pays d'origine notamment en raison de son opposition aux autorités russes en sa qualité de professeur d'économie d'origine tchétchène, de ses liens amicaux et personnels en France, du fait qu'elle n'est plus retournée en Russie depuis plusieurs années et que les relations qu'elle y entretenait se sont affaiblies, et de sa rencontre avec un compatriote en situation régulière sur le territoire français avec qui elle attendrait un enfant. Toutefois, en premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la durée de présence de la requérante sur le territoire français n'est due qu'au temps nécessaire à l'instruction de sa demande d'asile. De plus, si Mme B produit le témoignage d'un ressortissant russe titulaire d'une carte de résident de longue durée sur le territoire français selon lequel il serait son conjoint et le père de l'enfant dont elle serait enceinte, elle ne produit aucun élément permettant d'établir l'existence d'une grossesse, et, en tout état de cause, l'intensité et l'ancienneté de sa relation avec ce ressortissant russe ne sont pas établies à la date de l'arrêté contesté, les seules pièces produites à cet égard, soit le témoignage précité, une attestation d'hébergement et un courrier aux deux noms, étant postérieures à la date de l'arrêté litigieux. Il ressort par ailleurs des propres déclarations de la requérante devant la première juge que cette relation remonterait au mois de juillet 2021. En outre, si elle produit à l'appui de son dossier six témoignages de personnes résidant de manière régulière sur le territoire français, ces témoignages ne permettent pas d'établir l'intensité des relations qu'elle entretient avec ces personnes, alors qu'il ressort des pièces du dossier que ses parents et ses deux enfants résident en Russie, son pays d'origine, où elle n'est pas isolée et bénéficie d'attaches familiales fortes. Par ailleurs, Mme B produit deux documents médicaux indiquant qu'elle est suivie par un psychiatre depuis le mois d'avril 2020 pour une symptomatologie post-traumatique consécutive, dans un premier temps, aux traumatismes vécus dans son pays d'origine, et, dans un second temps, à la séparation d'avec ses enfants et à la précarité de sa situation administrative. Cependant, la seule production d'une convocation pour " un interrogatoire en qualité de suspecte " émanant du comité d'investigation de la ville de Grozny de la République de Tchétchénie ne permet pas de justifier, d'une part, le bien-fondé de ses craintes, alors, au demeurant, que sa demande d'asile, qui se fondait sur les mêmes éléments, a été rejetée en dernier lieu par la CNDA et, d'autre part, elle ne produit aucun élément de nature à établir qu'il lui serait impossible de bénéficier en Russie d'un suivi psychologique approprié. Enfin, s'il ressort des pièces du dossier qu'elle a suivi des cours de français afin de s'intégrer dans la société française, cette seule circonstance ne saurait suffire à établir que la requérante remplit les conditions prévues par l'article susvisé. Dans ces conditions, le préfet ne peut être regardé comme ayant porté au droit de Mme B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision contestée a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

8. Mme B fait valoir ses craintes en cas de retour en Russie en raison des traumatismes qu'elle y aurait vécus et de l'exercice par ce pays de persécutions à l'égard des minorités ethniques. Toutefois, d'une part, il ressort de ce qui a été dit au point 6 de la présente ordonnance que la requérante n'est pas fondée à se prévaloir des traumatismes qu'elle aurait subis dans son pays d'origine, et, d'autre part, la seule production d'une convocation pour " un interrogatoire en qualité de suspecte " émanant du comité d'investigation de la ville de Grozny de la République de Tchétchénie ne permet pas d'établir qu'en cas de retour en Russie, elle serait personnellement menacée de traitements contraires aux stipulations susvisées par les autorités russes. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

9. En quatrième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 6 et 8 de la présente ordonnance que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation ne peut qu'être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête présentée par Mme B sont manifestement dépourvues de fondement et ne peuvent dès lors qu'être rejetées en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B.

Copie en sera adressée au préfet de Meurthe-et-Moselle.

Fait à Nancy, le 22 septembre 2022.

Le président désigné,

Signé

A. Laubriat

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

D. Fritz

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