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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-22NC01883

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-22NC01883

jeudi 1 septembre 2022

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-22NC01883
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantKIPFFER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. C B a demandé au tribunal administratif de Nancy d'annuler l'arrêté du 19 juillet 2021 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit à l'expiration de ce délai.

Par un jugement n° 2102381 du 22 octobre 2021, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Nancy a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 13 juillet 2022, M. B, représenté par Me Kipffer, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 22 octobre 2021 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 19 juillet 2021 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 3 013 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la régularité du jugement attaqué :

- il est irrégulier, le tribunal s'étant prononcé sur la régularité de la publication de l'arrêté de délégation de signature du 29 mars 2021 alors que cette régularité n'était pas discutée entre les parties ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

Sur la décision fixant le pays de destination:

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 13 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du 1er septembre 2021, la présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné M. Laubriat, président assesseur, pour statuer par ordonnances sur le fondement des alinéa 1° à 5° et 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant russe, est entré sur le territoire français, selon ses déclarations, en novembre 2017, afin de solliciter la reconnaissance du statut de réfugié. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), par une décision du 11 décembre 2020, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 26 mai 2021. Par un arrêté du 19 juillet 2021, le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit à l'expiration de ce délai. M. B fait appel du jugement du 22 octobre 2021 par lequel la magistrate désignée par la présidente du le tribunal administratif de Nancy a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

Sur la régularité du jugement attaqué ;

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B a soulevé, devant le tribunal administratif, le moyen tiré de ce que l'arrêté litigieux serait entaché d'incompétence, au motif qu'il n'a pas été signé par le préfet de département, autorité compétente par application de l'article R. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal, qui a répondu à ce moyen en indiquant que le signataire de l'arrêté attaqué était habilité à cette fin par une délégation du préfet et que cette délégation avait fait l'objet d'une publication régulière au recueil des actes administratifs de la préfecture, s'est borné à répondre au moyen d'incompétence soulevé devant lui. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité du jugement ne peut qu'être rejeté.

Sur le moyen commun aux décision attaquées ;

4. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté en litige du 19 juillet 2021 a été signé, " pour le préfet et par délégation ", par M. D A, directeur de la citoyenneté et de l'action locale. Or, par un arrêté du 29 mars 2021, régulièrement publié le lendemain au recueil n°29 des actes administratifs de la préfecture, le préfet de Meurthe-et-Moselle a consenti à l'intéressé une délégation de signature à l'effet de signer notamment " toutes décisions portant refus de séjour, faisant obligation de quitter le territoire et de reconduite à la frontière (expulsion) et de réadmission, fixant le pays de renvoi, refusant ou prolongeant le délai de départ volontaire, faisant interdiction de retour ou de circulation sur le territoire, ordonnant l'assignation à résidence () ". Par ailleurs, contrairement à ce que soutient le requérant, aucun principe général du droit ni aucun texte législatif ou réglementaire n'interdisait au préfet de déléguer, conformément aux dispositions du décret susvisé du 29 avril 2004, notamment son article 43 7°,, sa signature pour l'exercice des attributions qui lui sont conférées par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. M. B soutient que le préfet de Meurthe-et-Moselle a commis une erreur de droit dès lors qu'il ne disposait d'aucun élément sur sa situation personnelle pour fonder sa décision et que la fiche TelemOfpra produite en première instance n'était pas datée. D'une part, il ressort des termes de l'arrêté contesté que pour obliger M. B à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixer le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai, le préfet de Meurthe-et-Moselle a rappelé que la demande d'asile de l'intéressé a été rejetée tant par l'OFPRA le 11 décembre 2020 que par la CNDA le 26 mai 2021, que son épouse fait également l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, qu'ils ont ensemble trois enfants et qu'il n'établit pas être dépourvu de toute attache dans son pays d'origine. D'autre part, la production en première instance par le préfet de la fiche TelemOfpra avait pour seul objet d'informer le tribunal sur la date de la notification à l'intéressé des décisions par lesquelles l'OFPRA et la CNDA ont rejeté sa demande d'asile. Si M. B se plaint de ce que cette fiche n'est pas datée, il est constant que celle-ci, qui constitue une simple extraction informatique du ficher telemofpra, n'est pas une décision administrative et qu'elle n'a ainsi pas à satisfaire à cette exigence. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

6. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête présentée par M. B sont manifestement dépourvues de fondement et ne peuvent dès lors qu'être rejetées en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions présentées au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B.

Copie en sera adressée au préfet de Meurthe-et-Moselle.

Fait à Nancy, le 1er septembre 202Le président désigné,

Signé

A. Laubriat

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

D. Fritz

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