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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-22NC02026

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-22NC02026

jeudi 8 décembre 2022

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-22NC02026
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantANNIE LEVI-CYFERMAN - LAURENT CYFERMAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A B a demandé au tribunal administratif de Nancy d'annuler l'arrêté du 21 avril 2021 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai.

Par un jugement n° 2102193 du 9 novembre 2021, le tribunal administratif de Nancy a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 26 juillet 2022, Mme B, représentée par Me Lévi-Cyferman, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 9 novembre 2021 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 21 avril 2021 ;

3°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour avec autorisation de travail ou, subsidiairement, de procéder au réexamen de sa situation administrative en lui délivrant, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

S'agissant de la régularité du jugement attaqué :

- il est insuffisamment motivé et est rédigé de manière stéréotypée ;

- il est entaché d'une erreur de fait ;

- le tribunal a omis de statuer sur le moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

S'agissant de la légalité de l'arrêté attaqué :

- il est insuffisamment motivé et est entaché d'un défaut d'un examen approfondi de sa situation personnelle ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle de Nancy en date du 27 juin 2022, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du 1er septembre 2022, la présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné M. Laubriat, président assesseur, pour statuer par ordonnances sur le fondement des alinéas 1° à 5° et 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante algérienne, est entrée régulièrement sur le territoire françaisle 23 juillet 2018, sous couvert d'un visa de court séjour. Elle était alors âgée de 16 ans. Le 9 février 2021, l'intéressée a sollicité son admission au séjour en faisant valoir sa situation personnelle et familiale ainsi que sa volonté de poursuivre ses études. Par un arrêté du 21 avril 2021, le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai. Mme B fait appel du jugement du 9 novembre 2021 par lequel le tribunal administratif de Nancy a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

Sur la régularité du jugement attaqué:

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés ".

4. Il ressort des pièces du dossier que les premiers juges, qui n'étaient pas tenus de répondre à tous les arguments avancés par les parties, ont répondu, avec une motivation suffisante, à l'ensemble des moyens soulevés par la requérante, y compris celui tiré du défaut d'examen de sa situation personnelle.

5. En second lieu, Mme B soutient que le jugement serait entaché d'une erreur de fait. Cette critique du jugement relève de son bien-fondé et non de sa régularité.

6. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que le jugement attaqué serait entaché d'irrégularité.

Sur la légalité de l'arrêté attaqué :

7. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté litigieux que pour refuser la délivrance d'un titre de séjour Mme B, l'obliger à quitter le territoire français et fixer le pays de destination, le préfet de Meurthe-et-Moselle, après avoir visé les stipulations et dispositions applicables de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a rappelé le parcours personnel et administratif de l'intéressée, notamment qu'elle est entrée en France le 23 juillet 2018 sous couvert d'un visa de court séjour, qu'elle a détourné l'objet de son visa touristique, qu'elle est entrée récemment sur le territoire français et qu'elle est célibataire, sans enfant à sa charge. Le préfet a également précisé que la mère de l'intéressée fait également l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Nancy du 31 mars 2020. Enfin, le préfet a indiqué que Mme B n'établit pas être dans l'impossibilité de poursuivre ses études en Algérie, ni de solliciter un visa adapté à sa situation auprès des autorités consulaires françaises en Algérie. Dans ces conditions, l'arrêté contesté comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, ainsi, suffisamment motivé. Cette motivation révèle par ailleurs que le préfet a procédé à un examen sérieux et particulier de la situation de l'intéressée. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen ne sauraient qu'être écartés.

8. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

9. Mme B fait valoir qu'elle réside de manière interrompue en France depuis le 23 juillet 2018, qu'elle y suit des études, qu'elle y a obtenu des diplômes, qu'elle s'est intégrée sur le territoire, qu'elle y a fixé l'intégralité de ses liens personnels et familiaux et que sa mère ainsi que ses frères et sœurs mineurs y résident. Toutefois, il est constant qu'à la date de l'arrêté contesté, la requérante n'était présente en France que depuis moins de trois ans. Par ailleurs sa mère, qui fait également l'objet d'une obligation de quitter le territoire français dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Nancy du 31 mars 2020, n'a pas vocation de se maintenir sur le territoire français. En outre, il n'est pas démontré que Mme B serait dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, où elle a passé la majeure partie de sa vie et où réside son père. Enfin, d'une part, la circonstance que Mme B justifie de ses efforts d'insertion, notamment à travers de ses études, n'est pas de nature à établir qu'elle aurait fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux en France, d'autre part, elle ne justifie pas être dans l'impossibilité de poursuivre ses études en Algérie ni de solliciter un visa adapté à sa situation auprès des autorités consulaires françaises. Dans ces conditions, l'intéressée n'est pas fondée à soutenir qu'en refusant son admission au séjour et en lui faisant obligation de quitter le territoire français, le préfet de Meurthe-et-Moselle aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête présentée par Mme B sont manifestement dépourvues de fondement et ne peuvent dès lors qu'être rejetées en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B.

Copie en sera adressée au préfet de Meurthe-et-Moselle.

Fait à Nancy, le 8 décembre 2022.

Le magistrat désigné,

Signé : A. Laubriat

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

D. Fritz

22NC02026

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