jeudi 29 décembre 2022
| Juridiction | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| Section | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| N° Dossier | CAA54-22NC02633 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Avocat requérant | ANNIE LEVI-CYFERMAN - LAURENT CYFERMAN |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. C A a demandé au tribunal administratif de Nancy annuler l'arrêté du 9 avril 2021 par lequel le préfet de Meurthe-et-Moselle a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai.
Par un jugement n° 2102198 du 9 novembre 2021, le tribunal administratif de Nancy a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 25 et 31 octobre 2022, M. A, représenté par Me Levi-Cyferman, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du 9 novembre 2021 ;
2°) d'annuler l'arrêté du 9 avril 2021 ;
3°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de lui délivrer un titre de séjour avec autorisation de travail ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer pendant cet examen une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
S'agissant de la régularité du jugement :
- le jugement est rédigé de façon stéréotypée ;
- les premiers ont omis de statuer sur le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation personnelle ;
S'agissant de l'arrêté contesté pris dans sa globalité :
-il est insuffisamment motivé ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son arrêté sur sa situation personnelle.
Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle de Nancy en date du 26 septembre 2022, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Par une décision du 1er septembre 2022, la présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné M. Laubriat, président assesseur, pour statuer par ordonnances sur le fondement des alinéas 1° à 5° et 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant malien, a déclaré être entré en France le 10 août 2019 sous couvert d'un visa de court séjour valide jusqu'au 27 septembre 2019. Par un courrier reçu en préfecture le 18 février 2021, M. A a sollicité la délivrance d'un titre de séjour au motif de sa vie privée et familiale, en se prévalant notamment de sa relation avec une compatriote malienne titulaire d'une carte de résident valide jusqu'au 26 novembre 2021. Par un arrêté du 9 avril 2021, le préfet de Meurthe-et-Moselle lui a opposé un refus, lui fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a désigné le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai. M. A fait appel du jugement du 9 novembre 2021 par lequel le tribunal administratif de Nancy a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.
2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".
Sur la régularité du jugement :
3. Aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés ".
4. Il ressort des pièces du dossier que les premiers juges, qui n'étaient pas tenus de répondre à tous les arguments avancés par les parties, ont répondu, avec une motivation suffisante, à l'ensemble des moyens soulevés par le requérant, y compris celui tiré du défaut d'examen de sa situation personnelle.
Sur la légalité de l'arrêté contesté :
5. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que pour refuser à M. A la délivrance d'un titre de séjour et lui faire obligation de quitter le territoire français, le préfet de Meurthe-et-Moselle, après avoir visé les stipulations et dispositions pertinentes de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a rappelé les principaux éléments de la situation administrative et personnelle de l'intéressé, notamment qu'il a déclaré être entré en France le 10 août 2019 sous couvert d'un visa de court séjour qui ne lui permettait pas de pénétrer régulièrement sur le territoire français, que faute de promesse d'embauche ou de contrat de travail, il ne peut prétendre à une régularisation au titre du travail, que son entrée sur le territoire français est récente, que sa relation avec sa compagne est également récente, qu'il ne peut ainsi se prévaloir de l'ancienneté de ses liens familiaux en France, qu'il a vécu la majorité de sa vie au Mali, qu'il ne remplit ainsi pas les conditions pour prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que la décision de refus de séjour peut être assortie d'une décision portant obligation de quitter le territoire français et que M. A ne rentre dans aucun des cas de protection contre l'éloignement prévus par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'arrêté attaqué comporte ainsi l'énoncé des circonstances de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivé. Cette motivation révèle par ailleurs que le préfet a procédé à un examen personnalisé de la situation de M. A. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen personnel ne peuvent qu'être écartés.
6. En second lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. L'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne garantit pas à l'étranger le droit de choisir le lieu le plus approprié pour développer une vie privée et familiale. En outre, pour apprécier l'atteinte à la vie privée et familiale, il y a lieu de prendre en considération la durée et l'intensité des liens familiaux dont la personne se prévaut.
8. M. A fait valoir qu'il a rencontré sa compagne bien avant sa venue en France, qu'il vit avec elle depuis son entrée sur le territoire français, qu'ils ont entrepris des démarches pour avoir un enfant et qu'ils ont un projet commun d'activité professionnelle. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. A est entré sur le territoire français le 10 août 2019 sous couvert d'un visa de court séjour valide jusqu'au 27 septembre 2019. A la date de la décision attaquée, il ne justifiait ainsi que d'un peu moins de deux ans de présence sur le territoire français. M. A s'est maintenu sur le territoire français au-delà du délai de validité de son visa et n'a cherché à régulariser sa situation que le 18 février 2021. S'il est établi au vu des cachets apposés sur le passeport de sa compagne que cette dernière a fait quelques aller-retour entre la France et le Mali entre 2017 et 2018, il ressort des attestations produites que ces déplacements étaient justifiés par son activité d'export en pneus d'occasion. Il ressort par ailleurs des attestations produites en appel que les familles de M. A et de sa compagne vivaient l'une et l'autre à Kayes et se fréquentaient, ce qui suffit à expliquer les clichés photographiques représentant M. A et sa compagne ensemble au Mali. Il ressort également de ces attestations que la relation amoureuse de M. A et de sa compagne remonte au mieux à 2018. A la date de la décision attaquée, cette relation était donc récente, la vie commune n'ayant en tout état de cause débuté qu'après l'arrivée de M. A en France. Si M. A se prévaut de la conclusion d'un pacte civil de solidarité avec sa compagne, ce pacte a été enregistré le 3 août 2020, soit moins de deux mois avant la demande de titre de séjour présentée par un courrier daté du 30 septembre 2020. En appel, M. A ne produit pas plus de précision qu'en première instance sur l'état d'avancement du processus de procréation médicalement assistée dans lequel le couple s'est engagé. Au demeurant, l'arrêté en litige n'a ni pour objet ni pour effet de priver M. A du droit d'entretenir une relation avec sa compagne, ni de les séparer durablement, dès lors qu'il n'est pas assorti d'une mesure lui interdisant de revenir sur le territoire français et qu'il n'empêche ni ne préjuge des démarches qu'il pourrait entreprendre ultérieurement pour revenir en France de manière régulière. M. A n'établit pas ni même n'allègue avoir d'autres attaches en France. Il n'établit pas davantage ne plus avoir d'attaches familiales dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 43 ans. Dans ces conditions, le préfet de Meurthe-et-Moselle, en refusant par l'arrêté attaqué à M. A la délivrance d'un titre de séjour et en l'obligeant à quitter le territoire français, n'a pas porté à son droit au respect dû à sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cet arrêté a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté. Le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son arrêté sur la situation personnelle et familiale de M. A doit être écarté pour les mêmes motifs.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête présentée par M. A sont manifestement dépourvues de fondement et ne peuvent dès lors qu'être rejetées en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B.
Copie en sera adressée au préfet de Meurthe-et-Moselle.
Fait à Nancy, le 29 décembre 2022.
Le magistrat désigné,
Signé : A. Laubriat
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière,
A. Bailly
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026