jeudi 2 mars 2023
| Juridiction | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| Section | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| N° Dossier | CAA54-22NC02663 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre - formation à 3 |
| Avocat requérant | BOUCHOUDJIAN |
Vu la procédure suivante :
Procédures contentieuses antérieures :
M. D B et Mme E B ont demandé au tribunal administratif de Besançon d'annuler les arrêtés du 27 septembre 2022 par lesquels le préfet du Doubs, d'une part, a décidé de leur remise aux autorités polonaises désignées comme responsables de l'examen de leurs demandes d'asile et, d'autre part, les a assignés à résidence dans le département du Doubs pour une durée de quarante-cinq jours.
Par un jugement n° 2201593-2201594 du 30 septembre 2022, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Besançon a joint leurs demandes, a annulé les arrêtés du 27 septembre 2022 et a mis à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser au conseil de M. B et de Mme B sur le fondement des dispositions des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Procédures devant la cour :
I. Par une requête enregistrée le 27 octobre 2022 sous le numéro 22NC02663, le préfet du Doubs demande à la cour, sur le fondement des dispositions de l'article R. 811-15 du code de justice administrative, de prononcer le sursis à exécution du jugement du 30 septembre 2022.
Il soutient que :
- il existe un moyen sérieux de nature à justifier l'annulation du jugement ;
- les décisions de transfert ne sont pas entachées d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- le rejet des conclusions en annulation des décisions de transfert du 27 septembre 2022 entraîne, par voie de conséquence, le rejet de celles dirigées contre l'assignation à résidence.
II. Par une requête enregistrée le 27 octobre 2022 sous le numéro 22NC02664, le préfet du Doubs demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du 30 septembre 2022 de la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Besançon ;
2°) de rejeter les demandes présentées par M. B et Mme B devant le tribunal administratif.
Il soutient que :
- ses arrêtés ne sont pas entachés d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que, au vu des circonstances de l'espèce, il n'avait pas à faire usage de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- le rejet des conclusions en annulation des décisions de transfert du 27 septembre 2022 entraîne, par voie de conséquence, celles dirigées contre les décisions portant assignation à résidence.
Par un mémoire en défense commun aux instances n° 22NC02663 et 22NC02664, enregistré le 30 novembre 2022, M. B et Mme B, représentés par Me Bouchoudjian, concluent au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat le versement à leur conseil d'une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Ils soutiennent que les moyens soulevés par le préfet du Doubs ne sont pas fondés.
Le 13 décembre 2022, M. B et Mme B ont produit de nouvelles pièces.
Par un mémoire en réplique, enregistré le 21 décembre 2022, le préfet du Doubs conclut aux mêmes fins que précédemment.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la Constitution ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. D B et Mme E B, ressortissants biélorusses, sont entrés irrégulièrement en France à une date indéterminée. Ils ont déposé une demande d'asile le 1er juillet 2022 et se sont vu délivrer, le même jour, des attestations de demandeur d'asile en procédure Dublin. Lors de leurs entretiens, M. B et Mme B ont indiqué que les autorités polonaises leur avaient délivré respectivement les 6 et 14 mai 2022, des visas de type D. Les autorités polonaises, saisies de demandes de prise en charge des intéressés sur le fondement de l'article 12.2 du règlement (UE) n° 604/2013 du 23 juin 2013, ont donné explicitement leur accord le 29 août 2022. Le préfet du Doubs, par des arrêtés du 27 septembre 2022, a décidé, d'une part, de remettre M. B et Mme B aux autorités polonaises responsables de l'examen de leurs demandes d'asile et, d'autre part, de les assigner à résidence dans le département du Doubs pour une durée de quarante-cinq jours. M. B et Mme B ont demandé au tribunal administratif de Besançon l'annulation de ces arrêtés. Par deux requêtes qu'il y a lieu de joindre afin de statuer par un seul arrêt, le préfet du Doubs relève appel et demande le sursis à exécution du jugement du 30 septembre 2022 par lequel la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Besançon a annulé ces arrêtés.
Sur les moyens d'annulation retenus par le tribunal administratif :
En ce qui concerne les décisions de transfert auprès des autorités polonaises :
2. Aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () /2. L'État membre dans lequel une demande de protection internationale est présentée et qui procède à la détermination de l'État membre responsable, ou l'État membre responsable, peut à tout moment, avant qu'une première décision soit prise sur le fond, demander à un autre État membre de prendre un demandeur en charge pour rapprocher tout parent pour des raisons humanitaires fondées, notamment, sur des motifs familiaux ou culturels, même si cet autre État membre n'est pas responsable au titre des critères définis aux articles 8 à 11 et 16. Les personnes concernées doivent exprimer leur consentement par écrit. () ". La mise en œuvre par les autorités françaises de l'article 17 doit être assurée à la lumière des exigences définies par le second alinéa de l'article 53-1 de la Constitution, aux termes duquel " les autorités de la République ont toujours le droit de donner asile à tout étranger persécuté en raison de son action en faveur de la liberté ou qui sollicite la protection de la France pour un autre motif ". Aux termes de l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () / Le présent article ne fait pas obstacle au droit souverain de l'Etat d'accorder l'asile à toute personne dont l'examen de la demande relève de la compétence d'un autre Etat ".
3. La faculté laissée à chaque Etat membre, par l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 précité, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans ce règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.
4. Pour estimer que les arrêtés portant transfert de M. B et de Mme B méconnaissaient les dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, le premier juge a retenu, d'une part, que les requérants n'ont jamais eu l'intention de s'installer durablement en Pologne et, d'autre part, que le frère de Mme B accueillait le couple et leurs deux enfants scolarisés en France dans l'attente que ces derniers disposent d'un logement. Toutefois, si les intéressés soutiennent qu'ils ont quitté la Biélorussie dans le but de rejoindre la France, il ressort des pièces du dossier qu'ils se sont vu délivrer, en mai 2022, des visas de type D par les autorités polonaises lesquelles, saisies d'une demande de prise en charge des intéressés sur le fondement de l'article 12.2 du règlement (UE) n° 604/2013 du 23 juin 2013, ont donné explicitement leur accord le 29 août 2022. M. B et Mme B soutiennent par ailleurs qu'ils craignent pour leur sécurité en cas de retour en Pologne du fait des discriminations et mauvais traitements auxquels sont exposés les ressortissants biélorusses en Pologne. Cependant, s'ils se prévalent de différents articles de presse relatant des agressions subies par des ressortissants biélorusses en Pologne, ces documents, de portée générale, ne sont pas de nature à démontrer qu'à la date des arrêtés contestés, les intéressés étaient personnellement exposés à un risque en cas de renvoi en Pologne. De plus, aucun élément produit au débat ne permet de tenir pour établi que leurs demandes d'asile seraient exposées à un risque sérieux de ne pas être traitées par les autorités polonaises dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile, alors que la Pologne est un Etat membre de l'Union européenne, partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, rien ne s'oppose à ce que M. B et Mme B soient transférés en Pologne avec leurs deux enfants, dont il n'est pas établi qu'ils ne pourraient y poursuivre normalement leur scolarité. Enfin, les circonstances que les intéressés soient hébergés chez le frère de Mme B, qui séjourne régulièrement sur le territoire national, et qu'ils se disent parfaitement intégrés au sein de la société française sont insuffisantes à elles seules pour justifier la mise en œuvre, par le préfet, de la faculté d'instruire leurs demandes de protection en France, prévue par l'article 17 du même règlement. Ainsi, c'est à tort que, comme le soutient le préfet du Doubs, la magistrate désignée du tribunal administratif de Besançon a estimé que les arrêtés du 27 septembre 2022 portant transfert de M. B et de Mme B aux autorités polonaises étaient entachés d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.
En ce qui concerne les décisions portant assignation à résidence :
5. Il résulte de ce qui précède que le préfet du Doubs est également fondé à soutenir, par voie de conséquence, que c'est à tort que le premier juge a, pour le même motif que celui évoqué ci-dessus, annulé ses arrêtés du 27 septembre 2022 portant assignation à résidence de M. B et de Mme B dans le département du Doubs pour une durée de quarante-cinq jours.
6. Il appartient à la cour, saisi de l'ensemble du litige par l'effet dévolutif de l'appel, d'examiner les autres moyens soulevés par M. B et Mme B devant le tribunal administratif de Besançon à l'encontre des décisions du 27 septembre 2022.
Sur les autres moyens soulevés en première instance :
7. En premier lieu, en application des dispositions de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision de transfert dont fait l'objet un ressortissant de pays tiers qui a déposé auprès des autorités françaises une demande d'asile dont l'examen relève d'un autre État membre ayant accepté de le prendre ou de le reprendre en charge doit être motivée, c'est-à-dire qu'elle doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement.
8. Pour l'application de ces dispositions, est suffisamment motivée une décision de transfert qui mentionne le règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 et comprend l'indication des éléments de fait sur lesquels l'autorité administrative se fonde pour estimer que l'examen de la demande présentée devant elle relève de la responsabilité d'un autre État membre, une telle motivation permettant d'identifier le critère du règlement communautaire dont il est fait application.
9. Les décisions de transfert en litige visent le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Le préfet du Doubs, après avoir rappelé les parcours administratifs et personnels des intéressés, a indiqué, notamment, que M. B s'est vu délivrer, le 6 mai 2022, un visa de type D valable du 13 mai 2022 au 12 mai 2023 par les autorités polonaises et que Mme B s'est vu délivrer le 14 mai 2022 par les mêmes autorités un visa de type D, celui-ci étant valable du 25 mai 2022 au 12 mai 2023. Le préfet a également indiqué que les autorités polonaises, saisies d'une demande de prise en charge des intéressés sur le fondement de l'article 12.2 du règlement (UE) n° 604/2013 du 23 juin 2013, ont donné explicitement leur accord le 29 août 2022. Ces énonciations ont mis les intéressés à même de comprendre les motifs des décisions contestées pour leur permettre d'exercer utilement un recours, ce qu'ils ont fait devant le tribunal administratif de Besançon. Enfin, le préfet du Doubs a précisé que les requérants n'établissaient pas de risque personnel constituant une atteinte grave au droit d'asile en cas de remise aux autorités polonaises, responsables de l'examen de leurs demandes d'asile. Dès lors, les décisions litigieuses sont suffisamment motivées au regard des exigences qu'imposent les dispositions de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
10. En deuxième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un Etat membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment : /a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d'une autre demande dans un Etat membre différent ainsi que des conséquences du passage d'un Etat membre à un autre pendant les phases au cours desquelles l'Etat membre responsable en vertu du présent règlement est déterminé et la demande de protection internationale est examinée ; /b) des critères de détermination de l'Etat membre responsable, de la hiérarchie de ces critères au cours des différentes étapes de la procédure et de leur durée, y compris du fait qu'une demande de protection internationale introduite dans un Etat membre peut mener à la désignation de cet Etat membre comme responsable en vertu du présent règlement même si cette responsabilité n'est pas fondée sur ces critères ; /c) de l'entretien individuel en vertu de l'article 5 et de la possibilité de fournir des informations sur la présence de membres de la famille, de proches ou de tout autre parent dans les Etats membres, y compris des moyens par lesquels le demandeur peut fournir ces informations ; /d) de la possibilité de contester une décision de transfert et, le cas échéant, de demander une suspension du transfert ; /e) du fait que les autorités compétentes des Etats membres peuvent échanger des données le concernant aux seules fins d'exécuter leurs obligations découlant du présent règlement ; /f) de l'existence du droit d'accès aux données le concernant et du droit de demander que ces données soient rectifiées si elles sont inexactes ou supprimées si elles ont fait l'objet d'un traitement illicite, ainsi que des procédures à suivre pour exercer ces droits (). /2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les Etats membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5. () ".
11. Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit se voir remettre l'ensemble des éléments d'information prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. La remise de ces éléments doit intervenir en temps utile pour lui permettre de faire valoir ses observations, c'est-à-dire au plus tard lors de l'entretien prévu par les dispositions de l'article 5 du même règlement, entretien qui doit notamment permettre de s'assurer qu'il a compris correctement ces informations. Eu égard à leur nature, la remise par l'autorité administrative de ces informations prévues par les dispositions précitées constitue pour le demandeur d'asile une garantie.
12. Il ressort des pièces du dossier que M. B et Mme B se sont vu remettre par les services de la préfecture du Doubs le 1er juillet 2022, contre signature, le guide du demandeur d'asile, ainsi que la brochure A intitulée " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de ma demande d'asile ", et la brochure B intitulée " Je suis sous procédure Dublin - Qu'est-ce-que cela signifie ' ", documents rédigés en langue russe que les intéressés ont déclaré comprendre. Ces brochures comportent l'ensemble des éléments d'information énumérés par les dispositions précitées de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013. M. B et Mme B, qui ont signé la première page de ces brochures pour attester qu'ils avaient bien reçu ces documents, n'apportent aucun élément de nature à établir qu'ils n'auraient pas reçu ces brochures dans leur intégralité. Par suite, les intéressés ne sont pas fondés à soutenir que le préfet du Doubs n'aurait pas respecté l'obligation d'information prévue à l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 précité.
13. En troisième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n°604/2013 : " 1. Afin defaciliter le processus de détermination de l'Etat membre responsable, l'Etat membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. () 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'Etat membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'Etat membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé ".
14. Il ressort des mentions des résumés des entretiens individuels de M. B et de Mme B, produits en première instance par le préfet du Doubs, que ces entretiens ont été conduits dans les locaux de la préfecture du Doubs le 1er juillet 2022, soit antérieurement aux arrêtés contestés, par un agent de la préfecture. Ces mentions, qui font foi jusqu'à preuve du contraire, impliquent que lesdits entretiens doivent être regardés comme ayant été réalisés par une personne qualifiée. Il ressort par ailleurs des résumés de ces entretiens que les intéressés ont pu faire valoir plusieurs observations, notamment qu'ils sont mariés, qu'ils ont deux enfants mineurs et que le frère de Mme B réside sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.
15. Il résulte de tout ce qui précède que le préfet du Doubs est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Besançon a annulé, d'une part, ses arrêtés du 27 septembre 2022 portant transfert de M. B et de Mme B aux autorités polonaises responsables de l'examen de leurs demandes d'asile et, d'autre part, ses arrêtés du 27 septembre 2022 portant assignation à résidence de M. B et de Mme B dans le département du Doubs pour une durée de quarante-cinq jours et a fait droit à leurs conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il s'ensuit que ce jugement doit être annulé et que les demandes présentées par M. B et Mme B devant le tribunal administratif de Besançon doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins de sursis à exécution du jugement attaqué :
16. Par le présent arrêt, la cour se prononce sur l'appel du préfet du Doubs contre le jugement du 30 septembre 2022. Par suite, les conclusions aux fins de sursis à exécution de ce jugement sont devenues sans objet et il n'y a pas lieu d'y statuer.
Sur les frais liés aux litiges :
17. Les articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme réclamée par M. B et Mme B sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête n° 22NC02663 du préfet du Doubs à fin de sursis à exécution du jugement du 30 septembre 2022 du tribunal administratif de Besançon.
Article 2 : Le jugement n° 2201593-2201594 du tribunal administratif de Besançon du 30 septembre 2022 est annulé.
Article 3 : Les demandes présentées par M. B et par Mme B devant le tribunal administratif de Besançon sont rejetées.
Article 4 : Les conclusions présentées par M. B et Mme B en appel sont rejetées.
Article 5 : Le présent arrêt sera notifié au ministre de l'intérieur et des Outre-mer, à M. D B, à Mme E B et à Me Bouchoudjian.
Copie en sera adressée au préfet du Doubs.
Délibéré après l'audience du 9 février 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Laubriat, président de chambre,
- M. Meisse, premier conseiller,
- Mme Roussaux, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mars 2023.
Le président rapporteur,
Signé : A. AL'assesseur le plus ancien
Signé : E. Meisse
La greffière,
Signé : N. Basso
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N. Basso
Nos 22NC02663, 22NC02664
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026