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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-22NC02741

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-22NC02741

jeudi 16 mars 2023

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-22NC02741
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantBOUVIER JAQUET ROYER PEREIRA BARBOSA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Nancy d'annuler les arrêtés du 22 septembre 2022 par lesquels la préfète du Bas-Rhin, d'une part a prononcé son transfert aux autorités polonaises responsables de l'examen de sa demande d'asile, d'autre part l'a assigné à résidence dans le département de Meurthe-et-Moselle pendant une durée de quarante-cinq jours.

Par un jugement nos 2202989, 2202990 du 25 octobre 2022, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Nancy a rejeté ses demandes.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 31 octobre 2022, M. A, représenté par Me Pereira, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du 25 octobre 2022 ;

2°) d'annuler les arrêtés du 22 septembre 2022 pris à son encontre ;

3°) d'enjoindre au préfet de procéder au réexamen de sa demande d'asile dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir et sous une astreinte de 200 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2 500 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la régularité du jugement attaqué :

- la première juge n'a pas répondu au moyen tiré de ce que la décision portant transfert a été prise sans que les observations du requérant aient pu être recueillies au préalable ;

Sur la décision portant transfert :

- elle a méconnu les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- elle a méconnu les dispositions de l'article 5 de ce même règlement ;

- elle a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu ;

- il a été empêché de faire valoir ses observations alors qu'il disposait d'éléments déterminants ;

- elle a méconnu les dispositions de l'article 19-2 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors qu'il n'a pas quitté le territoire des Etats membres pendant une durée d'au moins trois mois ;

- elle méconnaît les dispositions des articles 8 à 11 et 16 de ce même règlement, lus à la lumière du second alinéa de l'article 53-1 de la Constitution, qui imposent au préfet de respecter la hiérarchie des critères et de ne pas porter atteinte à sa vie privée et familiale ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 17 du règlement (UE) du 26 juin 2013 ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant assignation à résidence :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu alors qu'il disposait d'éléments déterminants ;

- le préfet ne démontre pas le caractère proportionné de la mesure litigieuse.

Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle de Nancy en date du 16 décembre 2022, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du 1er septembre 2022, la présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné M. Laubriat, président assesseur, pour statuer par ordonnances sur le fondement des 1° à 5° et 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant turc, est entré irrégulièrement en France et a déposé une demande d'asile auprès des services de la préfecture de la Moselle, le 4 août 2022. La consultation du fichier " VIS " a révélé que l'intéressé était titulaire d'un visa délivré par les autorités polonaises et valable jusqu'au 17 février 2022. Les autorités polonaises, saisies d'une demande de prise en charge sur le fondement de l'article 12 du règlement (UE) n° 604/2013, ont fait connaître leur accord le 25 août 2022. Par deux arrêtés du 22 septembre 2022, la préfète du Bas-Rhin a ordonné le transfert de M. A aux autorités polonaises, responsables de l'examen de sa demande d'asile et l'a assigné à résidence dans le département de Meurthe-et-Moselle pendant une durée de quarante-cinq jours. M. A relève appel du jugement du 25 octobre 2022 par lequel la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Nancy a rejeté ses demandes tendant à l'annulation de ces deux arrêtés.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

Sur la régularité du jugement attaqué :

3. Si le requérant soutient que la première juge n'a pas répondu au moyen tiré de ce que la décision portant transfert aurait été prise sans qu'il soit mis à même de faire valoir ses observations, il ressort des termes mêmes du jugement attaqué que, au point 4 de ce dernier, il a été relevé que lors du dépôt de sa demande d'asile, il a pu bénéficier d'un entretien individuel à l'occasion duquel il a pu formuler ses observations. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le jugement attaqué serait entaché d'irrégularité pour ce motif.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant transfert aux autorités polonaises :

4. En premier lieu, le requérant reprend en appel, sans les assortir d'éléments nouveaux ni critiquer utilement les motifs de rejet qui lui ont été opposés en première instance, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles 4 et 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Il y a ainsi lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus, à juste titre, par la première juge.

5. En deuxième lieu, et ainsi que l'a relevé la première juge dans le jugement attaqué, le requérant a pu faire valoir ses observations, préalablement à l'édiction de la décision litigieuse, à l'occasion de l'entretien individuel dont il a bénéficié le 4 août 2022 à la préfecture de la Moselle et lors duquel ce dernier était assisté d'un interprète en langue turque, que M. A a déclaré comprendre. S'il soutient avoir été privé de faire valoir des éléments ou empêché de produire des documents, cela n'est nullement démontré par les pièces versées au dossier alors qu'au demeurant il ressort du résumé de son entretien individuel qu'il a fait mention de la présence en France de de ses parents et de ses oncles ainsi que de soucis psychologiques. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

6. En troisième lieu, M. A reprend en appel, sans les assortir d'éléments nouveaux ni critiquer utilement les motifs de rejet qui lui ont été opposés en première instance, les moyens tirés de ce que la décision portant transfert aurait méconnu les dispositions de l'article 19-2 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, et de la méconnaissance des dispositions des articles 8 à 11 et 16 de ce même règlement, lus à la lumière du second alinéa de l'article 53-1 de la Constitution. Il y a ainsi lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus, à bon droit, par la première juge.

7. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

8. M. A se prévaut de la présence en France de membres de sa famille. S'il ressort des pièces du dossier que se trouvent notamment sur le territoire national ses parents, son frère et sa sœur, il est constant que son entrée en France est récente et qu'il ne démontre pas vivre avec eux ni la nature des liens qu'il entretiendrait avec ceux-ci. En outre, le requérant ne démontre ni son intégration sur le territoire, ni y avoir tissé des liens suffisamment intenses et stables. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ce que la décision portant transfert porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale doit être écarté.

9. En cinquième lieu, aux termes des dispositions de l'article 17 du règlement (UE) du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque Etat membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () / 2. L'Etat membre dans lequel une demande de protection internationale est présentée et qui procède à la détermination de l'Etat membre responsable, ou l'Etat membre responsable, peut à tout moment, avant qu'une première décision soit prise sur le fond, demander à un autre Etat membre de prendre un demandeur en charge pour rapprocher tout parent pour des raisons humanitaires fondées, notamment, sur des motifs familiaux ou culturels, même si cet autre Etat membre n'est pas responsable au titre des critères définis aux articles 8 à 11 et 16. Les personnes concernées doivent exprimer leur consentement par écrit. " Aux termes de l'article 3 de ma convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants. "

10. La faculté laissée, par l'article 17 du règlement 17 du règlement 604/2013 précité, à chaque Etat membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans ce règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

11. Il résulte du point 8 de la présente ordonnance que les liens qu'entretient le requérant avec les membres de sa famille présents sur le territoire ne sont pas établis. En tout état de cause, et ainsi que l'a relevé la première juge, la seule présence en France de membres de sa famille ne permet pas, à elle seule, de justifier que la préfète du Bas-Rhin aurait dû faire usage de la clause discrétionnaire prévue par les dispositions précitées. Le moyen tiré ce que la décision litigieuse serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions ne peut ainsi qu'être écarté.

12. Si le requérant soutient que la décision litigieuse méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il n'assortit ce moyen d'aucune précision. Au demeurant, il est constant que la décision de transfert n'a pas pour conséquence de renvoyer le requérant dans son pays d'origine et il n'est nullement démontré que la Pologne, Etat membre de l'Union européenne, est partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ne serait pas en mesure de traiter sa demande d'asile dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

13. Le requérant reprend en appel, sans les assortir d'éléments nouveaux ni critiquer utilement les motifs de rejet qui lui ont été opposés en première instance, les moyens tirés de l'incompétence du signataire de la décision litigieuse, de l'insuffisance de motivation, de ce qu'il n'a pas pu faire valoir ses observations préalablement à l'édiction de la mesure en cause et de ce que ladite mesure présente un caractère disproportionné. Il y a ainsi lieu d'écarter l'ensemble de ces moyens par adoption des motifs retenus, à juste titre, par la première juge.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête présentée par M. A sont manifestement dépourvues de fondement et ne peuvent qu'être rejetées en application des dispositions précitées du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à Me Pereira.

Copie en sera adressée au préfet du Bas-Rhin.

Fait à Nancy, le 16 mars 2023.

Le président désigné

Signé : A. Laubriat

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

M. C

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