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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-22NC03037

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-22NC03037

jeudi 8 juin 2023

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-22NC03037
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. C et Mme D B, née A, ont demandé au tribunal administratif de Châlons-en-Champagne d'annuler et de suspendre les arrêtés du 7 septembre 2022 par lesquels le préfet des Ardennes leur a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d'office à l'expiration de ce délai et leur a fait interdiction de revenir sur le territoire français pendant une durée d'un an.

Par un jugement n° 2202218-2202219 du 23 novembre 2022, le président du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté leurs demandes.

Procédure devant la cour :

Par deux requêtes enregistrées le 6 décembre 2022 sous les numéro 22NC03037 et 22NC03038, M. et Mme B, représentés par Me Segaud-Martin, demandent à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 23 novembre 2022 ;

2°) d'annuler les arrêtés du 7 septembre 2022 ;

3°) de suspendre les arrêtés du 7 septembre 2022 ;

4°) d'enjoindre au préfet des Ardennes de prononcer leur maintien sur le territoire français ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Ils soutiennent que :

- les arrêtés sont insuffisamment motivés ;

- ils avaient le droit de se maintenir sur le territoire français dès lors qu'ils bénéficiaient chacun d'une attestation de demandeur d'asile en cours de validité ;

- ils présentent des éléments sérieux au soutien de leurs recours devant la cour nationale du droit d'asile ;

- les arrêtés méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par deux décisions du bureau d'aide juridictionnelle de Nancy en date du 2 mai 2023, les demandes d'aide juridictionnelles déposées par M. et Mme B ont été déclarées caduques.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91- 647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du 1er septembre 2022, la présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné M. Laubriat, président assesseur, pour statuer par ordonnances sur le fondement des alinéas 1° à 5° et 7° de l'article R. 222- 1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. C et Mme D B, née A, ressortissants albanais, sont entrés sur le territoire français selon leurs déclarations le 6 mai 2022 afin d'y solliciter la reconnaissance du statut de réfugiés. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par deux décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 17 août 2022. Par des arrêtés du 7 septembre 2022, le préfet des Ardennes leur a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d'office à l'expiration de ce délai et leur a fait interdiction de revenir sur le territoire français pendant une durée d'un an. Par deux requêtes qu'il y a lieu de joindre, M. et Mme B font appel du jugement du 23 novembre 2022 par lequel le président du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté leurs demandes tendant à l'annulation de ces arrêtés.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

Sur le bien-fondé du jugement :

3. En premier lieu, il ressort des termes des arrêtés contestés que pour obliger M. et Mme B à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixer le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d'office à l'expiration de ce délai, le préfet des Ardennes, après avoir visé la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8, ainsi que les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a indiqué que les requérants avaient déclaré être entrés en France le 6 mai 2022, que leurs demandes d'asile ont été rejetées par l'office français de protection des réfugiés et apatrides statuant selon la procédure accélérée, que ce faisant, des éventuels recours déposés auprès de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) ne seraient pas suspensifs et qu'en application de l'article L. 611-1 4° du code précité, l'autorité administrative pouvait, dans cette situation, les obliger à quitter le territoire français. Le préfet a précisé que M. et Mme B se déclaent mariés avec deux enfants à charge, que leurs liens personnels et familiaux en France ne sont pas anciens, intenses et stables, et qu'ils n'établissent pas être dépourvus d'attaches familiales dans leur pays d'origine, et qu'ainsi, il n'était pas porté une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale. Le préfet a également mentionné que les intéressés n'établissent pas être exposés à des peines ou à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans leur pays d'origine, où ils sont tous les deux admissibles aux côtés de leurs deux filles mineures de telle sorte qu'ils pourront y reconstituer leur cellule familiale. Enfin, pour interdire à M. et à Mme B de revenir sur le territoire français pendant une durée d'un an, le préfet des Ardennes, après avoir cité les dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a mentionné que, compte-tenu de leur entrée récente et de la nature et de l'ancienneté de leurs liens en France, et en dépit de l'absence de comportement troublant l'ordre public, ces décisions ne portent pas une atteinte disproportionnée à leur droit au regard de leur vie privée et familiale. Ainsi, les arrêtés contestés comportent l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, M. et Mme B reprennent en appel, sans apporter d'éléments nouveaux ni critiquer utilement les motifs de rejet qui leur ont été opposés en première instance, le moyen tiré de ce qu'ils avaient le droit de se maintenir sur le territoire français dès lors qu'ils bénéficiaient chacun d'une attestation de demandeur d'asile en cours de validité. Il y a lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus, à juste titre, par le premier juge, et énoncés aux points 4 et 5 du jugement contesté.

5. En troisième lieu, les requérants font valoir en produisant leurs récits de vie qu'en 2018, M. B a acheté un terrain pour faire de l'élevage et qu'à compter de l'année 2019, il est rentré en conflit avec des membres de la famille de l'ancienne propriétaire du terrain qui considéraient que le prix de vente était sous-estimé. Ils indiquent également que M. B a porté plainte à plusieurs reprises auprès de la police et que cette dernière ne leur a apporté aucun soutien compte tenu des liens qu'elle entretient avec ses adversaires, que le 25 décembre 2021, une personne a mis le feu à leur hangar et que le 20 février 2022, trois personnes sont entrées de force dans leur appartement où se trouvait seulement Mme B et que celle-ci a été frappée et violée. Toutefois, s'ils produisent un certificat médical daté du 15 juillet 2022 du directeur du l'hôpital régional de Korce indiquant que Mme B s'est présentée le 20 février 2022 au service des urgences avec des blessures sur le corps et sur la tête et qu'elle a été hospitalisée pendant une semaine afin de recevoir les soins nécessaires, ce seul document ne permet pas d'établir le lien entre les blessures de l'épouse et les faits allégués et ne saurait donc suffire à établir la réalité et l'actualité des risques pour leur sécurité en cas de retour dans leur pays d'origine ni que, le cas échéant, ils ne pourraient bénéficier de la protection des autorités locales. Au demeurant, les recours déposés par Mme et M. B devant la CNDA, qui se fondaient sur les mêmes faits, ont été rejetés par décisions respectivement des 23 décembre 2022 et 5 janvier 2023. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce qu'ils présentent des éléments sérieux au titre de leurs demandes d'asile ne peut qu'être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. M. et Mme B font valoir qu'ils vivent depuis plusieurs mois sur le territoire français aux côtés de leurs enfants mineurs, qu'ils y ont construit leurs repères et considèrent la France comme leur nouvelle patrie, que leur vie privée et familiale se situe désormais en France et qu'ils ont coupé tout contact avec leur pays d'origine depuis leur arrivée sur le territoire français. Toutefois, leur durée de séjour sur le territoire français, qui au demeurant ne datait que de quatre mois à la date des arrêtés contestés, est uniquement due au temps nécessaire à l'instruction de leurs demandes d'asile. Les requérants faisant tous les deux l'objet d'une mesure d'éloignement, leurs enfants ont vocation à les suivre en Albanie, où il n'est pas établi qu'ils ne pourraient reconstituer leur cellule familiale. Les requérants ne font mention d'aucune autre relation en France et ne produisent aucun élément susceptible d'établir qu'ils auraient fixé le centre de leurs intérêts privés et familiaux en France. Dans ces conditions, le préfet des Ardennes ne peut être regardé comme ayant porté au droit de M. et de Mme B au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels les arrêtés contestés ont été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation des requêtes présentées par M. et Mme B sont manifestement dépourvues de fondement et ne peuvent dès lors qu'être rejetées en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également leurs conclusions aux fins de suspension et d'injonction ainsi que celles présentées au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

ORDONNE :

Article 1er : Les requêtes de M. et de Mme B sont rejetées.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C, à Mme D B, née A et à Me Segaud-Martin.

Copie en sera adressée au préfet des Ardennes.

Fait à Nancy, le 8 juin 2023.

Le magistrat désigné,

Signé : A. Laubriat

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-Mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

A. Bailly

2-22NC03038

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