mardi 14 novembre 2023
| Juridiction | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| Section | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| N° Dossier | CAA54-23NC00086 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre - formation à 3 |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A B a demandé au tribunal administratif de Châlons-en-Champagne d'annuler l'arrêté du 6 juillet 2022 par lequel la préfète de la Haute-Marne a refusé de renouveler son certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit.
Par un jugement n° 2201929 du 2 décembre 2022, le tribunal administratif de
Châlons-en-Champagne a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 9 janvier 2023, M. A B, représenté par Me N'Daye, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne du 2 décembre 2022 ;
2°) d'annuler l'arrêté de la préfète de la Haute-Marne du 6 juillet 2022 ;
3°) d'enjoindre à la préfète de la Haute-Marne de réexaminer sa situation.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de délivrer un certificat de résidence algérien :
- elle n'est pas motivée en droit ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 7 b de l'accord franco-algérien alors qu'il n'était pas soumis à l'obligation d'obtenir une autorisation de travail et que la nature de son contrat était sans incidence ; en outre il pouvait bénéficier d'une régularisation avant même d'obtenir une autorisation de travail ; le préfet a commis une erreur de droit en faisant primer le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur les accords bilatéraux relatifs à la gestion concertée des flux migratoires ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle doit être annulée en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mars 2023, la préfète de la Haute-Marne conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Barteaux a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien, est entré régulièrement en France le 9 décembre 2019 sous couvert d'un visa de court séjour. A la suite de son mariage, célébré le 6 juin 2020, avec une ressortissante française, il a sollicité un certificat de résidence en qualité de conjoint de ressortissant français sur le fondement des stipulations de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Ce certificat de résidence lui a été délivré par décision du 15 décembre 2020. Le 27 septembre 2021, l'intéressé en a sollicité le renouvellement. Par un arrêté du 6 juillet 2022, la préfète de la Haute-Marne a refusé d'y faire droit, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné. M. B fait appel du jugement du 2 décembre 2022 par lequel le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.
Sur le bien-fondé du jugement :
En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué mentionne l'article 6-2 de l'accord
franco-algérien du 17 décembre 1968, qui constituait le fondement de la demande de renouvellement de certificat de résidence présentée par M. B, et explicite les raisons de fait et de droit qui ont conduit le préfet à estimer que l'intéressé ne remplissait pas les conditions prévues par ces dispositions. Le refus de certificat de résidence est ainsi suffisamment motivé, nonobstant la circonstance que le préfet n'ait pas mentionné les raisons de droit pour lesquelles il a indiqué que le demandeur ne pouvait bénéficier d'autres stipulations de cet accord.
3. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 17 décembre 1968 modifié : " Les dispositions du présent article () fixent les conditions de délivrance du certificat de résidence aux ressortissants algériens autres que ceux visés à l'article 6 nouveau () b) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " : cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française () ". En prévoyant l'apposition de la mention " salarié " sur le certificat de résidence délivré aux ressortissants algériens, les auteurs de l'accord, qui ont précisé que cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française, ont habilité les services compétents à opérer sur l'exercice d'une activité salariée par ces ressortissants un contrôle de la nature de celui que prévoit les articles R. 5221-20 et suivants du code du travail.
4. D'une part, contrairement à ce que soutient M. B, il ressort des motifs de l'arrêté en litige que la préfète de la Haute-Marne a appliqué le seul accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié et non le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour ce qui concerne les règles relatives à l'entrée et le séjour de l'intéressé. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit donc être écarté.
5. D'autre part, M. B soutient que la préfète de la Haute-Marne a refusé, à tort, de lui délivrer un certificat de résidence sur le fondement de l'article 7 b dudit accord, au regard desquelles elle a examiné d'office sa situation, dès lors qu'il justifiait d'un contrat de travail en cours d'exécution qui ne devait pas être visé et qu'en outre, les modalités d'instruction des demandes d'autorisation de travail ont été modifiées par le décret n° 2021-360 du 31 mars 2021. Toutefois, il ressort de l'attestation de travail produite par le requérant que son contrat de travail à durée déterminée était arrivé à son terme le 1er juillet 2022, antérieurement à la date de l'arrêté en litige. S'il se prévaut d'un contrat de travail à durée indéterminée, celui-ci a été conclu le 1er août 2022, postérieurement à la décision en litige. Dans ces conditions, la préfète de la Haute-Marne a légalement pu refuser de lui délivrer un certificat de résidence sur le fondement des dispositions précitées.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. M. B fait valoir qu'il séjourne depuis 2019 en France où résident régulièrement ses frères et sa sœur. Toutefois, il a vécu séparé de ses trois frères et de sa sœur durant trente-sept ans dans son pays d'origine, dans lequel il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales. Il est également constant, même s'il n'est pas divorcé, que, demeurant en région parisienne, il n'a plus de communauté de vie avec son épouse qui l'a chassé du domicile conjugal. S'il justifie travailler, son insertion professionnelle était récente à la date de la décision en litige. Par suite, en refusant un titre de séjour à M. B, la préfète de la Haute-Marne n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, dès lors, être écarté. Eu égard aux circonstances qui viennent d'être mentionnées, la préfète de la Haute-Marne n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle de l'intéressé.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
8. Pour les motifs exposés au point 7, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales invoqué à l'encontre de la mesure d'éloignement doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
9. Il résulte de ce qui précède que M. B n'établit pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'illégalité. Par suite, il n'est pas fondé à demander l'annulation par voie de conséquence de la décision fixant le pays de destination.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté ses conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 6 juillet 2022. Par suite, la requête de l'intéressé doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée à la préfète de la Haute-Marne.
Délibéré après l'audience du 17 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Wurtz, président,
- Mme Bauer, présidente-assesseure,
- M. Barteaux, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2023.
Le rapporteur,
Signé : S. BARTEAUX
Le président,
Signé : Ch. WURTZLe greffier,
Signé : F. LORRAIN La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier :
F. LORRAIN
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026