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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-23NC00615

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-23NC00615

mercredi 27 décembre 2023

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-23NC00615
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation3ème chambre - formation à 3

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme C B A a demandé au tribunal administratif de Strasbourg d'annuler l'arrêté du 13 juin 2022 par lequel la préfète du Bas-Rhin lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite.

Par un jugement n° 2207671 du 26 janvier 2023, le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 24 février 2023, Mme B A, représentée par Me Sabatakakis, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Strasbourg du 26 janvier 2023 ;

2°) d'annuler l'arrêté de la préfète du Bas-Rhin du 13 juin 2022 ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir et, à titre subsidiaire, dans le même délai, de procéder au réexamen de sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros hors taxes, à verser à son conseil, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire, enregistré le 14 avril 2023, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme B A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 27 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Barteaux a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante marocaine, est entrée régulièrement en France le 1er décembre 2015, sous couvert d'un visa C en cours de validité. Le 16 mars 2016, elle a sollicité un titre de séjour en se prévalant de son état de santé. Elle a alors bénéficié d'autorisations provisoires de séjour jusqu'au 8 mai 2017, puis d'une carte de séjour temporaire, dont elle a sollicité le renouvellement le 4 juin 2021. Par un arrêté du 13 juin 2022, la préfète du Bas-Rhin a rejeté la demande de renouvellement de son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite. Mme B A fait appel du jugement du 26 janvier 2023 par lequel le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

Sur le bien-fondé du jugement :

En ce qui concerne la décision de refus de renouvellement d'un titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ".

3. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

4. Mme B A fait valoir qu'elle présente une insuffisance rénale chronique, qui nécessite trois séances d'hémodialyse par semaine, un rétrécissement aortique donnant lieu à une surveillance cardiologique semestrielle et une hépatite B réplicative sous traitement médicamenteux auquel elle répond partiellement et qu'elle ne pourra pas accéder dans son pays d'origine à un traitement approprié à son état de santé, compte tenu de son isolement géographique et de la présence en France de ses trois fils et de sa belle-fille qui la prennent en charge et l'accompagnent à ses rendez-vous médicaux. Elle ajoute que plusieurs des médicaments qui lui sont administrés, notamment le Cinacalcet, le Sevelamer, le Furosemide, l'Entecavir, l'Alfacalcidol, le Warfarine Sodique ou son générique le Coumadine ne sont pas disponibles au Maroc et qu'en raison de la dégradation de son état de santé entre l'avis émis par l'OFII et la décision en litige, elle a été retirée, au cours de l'année 2022, de la liste d'attente d'une greffe rénale en France. Toutefois, dans son avis du 10 septembre 2021, le collège de médecins de l'OFII a estimé que si l'état de santé de Mme B A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut bénéficier effectivement dans son pays d'un traitement approprié eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé au Maroc. Or les certificats médicaux produits par l'intéressée, en particulier ceux du 7 février 2023 et du 8 février 2023, qui décrivent notamment son état de santé, ne sont pas de nature à remettre en cause cet avis concernant l'accessibilité aux soins nécessaires à ses pathologies dans son pays d'origine. Par ailleurs, la préfète du Bas-Rhin a justifié que certains des traitements médicamenteux dispensés à l'intéressée sont vendus en pharmacie au Maroc et fait valoir, en produisant des fiches médicales, que ceux qui n'y sont pas commercialisés ont des équivalents sous la forme de génériques. Mme B A n'établit pas, ni même ne soutient que ces génériques ne permettraient pas de la soigner. En outre, elle n'établit pas qu'elle ne pourrait pas être assistée au quotidien, ni être accompagnée dans les centres d'hémodialyse par l'un de ses trois autres enfants résidant au Maroc. Si la préfète du Bas-Rhin s'est prononcée environ dix mois après l'avis du collège de médecins de l'OFII, cette circonstance n'est pas de nature à remettre en cause l'appréciation de ce dernier sur les pathologies pour lesquelles le titre de séjour était sollicité. Dans ces conditions, Mme B A n'est pas fondée à soutenir que la décision portant refus de titre de séjour méconnaît les dispositions précitées.

5. En second lieu, Mme B A fait valoir qu'au Maroc, elle ne pourra pas être accueillie par son époux, qui s'est remarié et qui est lui-même âgé et malade, ni par ses enfants qui ont tous constitué leur propre cellule familiale, qu'il n'existe, en outre, aucune structure médicale adaptée dans la commune de résidence de son mari et que faute de conduire, elle ne sera pas en mesure de se rendre seule dans les centres d'hémodialyse dont les plus proches sont à environ trente kilomètres. Toutefois, ainsi que le fait valoir la préfète du Bas-Rhin, si l'époux de Mme B A s'est remarié, elle n'établit pas qu'ils auraient divorcé, ni qu'il refuserait de l'héberger. Par ailleurs, la requérante n'apporte aucun élément pour établir, comme elle l'allègue, qu'aucun de ses trois fils demeurant encore au Maroc ne pourrait lui apporter une aide régulière. Enfin, comme il a été exposé au point 4, les médicaments nécessaires au traitement de l'intéressée sont accessibles au Maroc. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste que la préfète aurait commise dans l'appréciation de la situation de Mme B A au regard de son pouvoir de régularisation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; () ".

7. Il résulte de ce qui a été exposé au point 4 que Mme B A pourra accéder effectivement à un traitement adapté à son état de santé au Maroc. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions précitées.

8. En second lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Mme B A fait valoir qu'elle sera isolée en cas de retour au Maroc alors qu'elle n'y a plus d'attaches et que ses enfants présents en France assurent sa prise en charge. Toutefois, l'intéressée a vécu jusqu'à l'âge de soixante-dix-sept ans dans son pays d'origine, où résident trois de ses enfants ainsi que des frères et sœurs. Dans ces conditions, la mesure d'éloignement prise à son encontre n'a pas porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, la préfète n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressée.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

10. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination devrait être annulée, par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B A n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande. Par suite, la requête de l'intéressée doit être rejetée, y compris en ses conclusions en injonction et celles présentées sur le fondement de de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B A est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à Mme C B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée à la préfète du Bas-Rhin.

Délibéré après l'audience du 5 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Wurtz, président,

- M. Meisse, premier conseiller,

- M. Barteaux, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 décembre 2023.

Le rapporteur,

Signé : S. BARTEAUX

Le président,

Signé : Ch. WURTZLe greffier,

Signé : F. LORRAIN La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier :

F. LORRAIN

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