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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-23NC01476

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-23NC01476

vendredi 27 octobre 2023

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-23NC01476
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A D née C et M. B D ont demandé au tribunal administratif de Strasbourg d'annuler les arrêtés du 4 octobre 2022 par lesquels la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin a, d'une part, ordonné leur transfert aux autorités autrichiennes responsables de l'examen de leurs demandes d'asile et, d'autre part, les a assignés à résidence dans le département du Haut-Rhin pour une durée de quarante-cinq jours.

Par un jugement nos 2206920, 2206921 du 2 novembre 2022 le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Strasbourg a rejeté leurs demandes.

Procédure devant la cour :

I - Par une requête enregistrée le 12 mai 2023, sous le n° 23NC01476, Mme D, représentée par Me Berry, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 2 novembre 2022 en ce qui la concerne ;

2°) d'annuler les arrêtés du 4 octobre 2022 pris à son encontre ;

3°) d'enjoindre à la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin de lui délivrer un formulaire de demande d'asile dans un délai de huit à jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 10 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat de la somme de 1 200 euros TTC à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin a commis une erreur manifeste d'appréciation ainsi qu'une erreur de droit en ne faisant pas application de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- l'arrêté portant assignation à résidence doit être annulé en conséquence de l'annulation de l'arrêté de transfert.

II - Par une requête enregistrée le 12 mai 2023, sous le n° 23NC01477, M. D, représenté par Me Berry, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 2 novembre 2022 en ce qui le concerne ;

2°) d'annuler les arrêtés du 4 octobre 2022 pris à son encontre ;

3°) d'enjoindre à la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin de lui délivrer un formulaire de demande d'asile dans un délai de huit à jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 10 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat de la somme de 1 200 euros TTC à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soulève les mêmes moyens que son épouse dans la requête n° 23NC01476.

Les parties ont été informées, dans chaque instance, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que la décision à intervenir était susceptible d'être fondée sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation des arrêtés du 4 octobre 2022 ordonnant le transfert de M. et Mme D aux autorités autrichiennes, ces arrêtés, qui ne pouvaient plus être légalement exécutés compte tenu de l'expiration du délai de transfert prévu à l'article 29 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013, étant devenus caducs avant l'introduction des requêtes d'appel.

Par des mémoires en défense enregistrés le 16 juin 2023, la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin a informé la cour de ce que les transferts des requérants n'ayant pu intervenir dans les délais impartis, les intéressés ne relèvent plus de la procédure Dublin, et qu'il n'y a dès lors plus lieu de statuer sur leurs requêtes.

M. et Mme D ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par deux décisions du 11 avril 2023.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91- 647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné Mme Kohler, présidente-assesseure, pour signer les ordonnances visées à l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme D, ressortissants turcs, sont entrés sur le territoire français, selon leurs déclarations, en septembre 2022 afin d'y solliciter la reconnaissance du statut de réfugié. La consultation du fichier " Eurodac " a révélé qu'ils avaient sollicité l'asile auprès des autorités autrichiennes, préalablement au dépôt de sa demande d'asile en France. Les autorités autrichiennes, saisies le 14 septembre 2022 d'une demande de prise en charge sur le fondement de l'article 12-2 du règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, ont fait connaître leur accord le 21 septembre 2022. Par des arrêtés du 4 octobre 2022, la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin, d'une part, a ordonné le transfert de M. et Mme D aux autorités autrichiennes responsables de l'examen de leurs demandes d'asile et, d'autre part, les a assignés à résidence dans le département du Haut-Rhin pour une durée de quarante-cinq jours. Par deux requêtes qu'il y a lieu de joindre, M. et Mme D font appel du jugement du 2 novembre 2022 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Strasbourg a rejeté leurs demandes tendant à l'annulation de ces arrêtés.

2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les magistrats ayant une ancienneté minimale de deux ans et ayant atteint au moins le grade de premier conseiller désignés à cet effet par le président de leur juridiction peuvent, par ordonnance : () 4° Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ou qu'elles n'ont pas été régularisées à l'expiration du délai imparti par une demande en ce sens ;() / les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

Sur les arrêtés portant transfert aux autorités autrichiennes :

3. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 29 du règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, le transfert du demandeur vers l'Etat membre responsable de l'examen de sa demande d'asile doit s'effectuer " dès qu'il est matériellement possible et, au plus tard, dans un délai de six mois à compter de l'acceptation par un autre Etat membre de la requête aux fins de la prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée ou de la décision définitive sur le recours ou la révision lorsque l'effet suspensif est accordé conformément à l'article 27, paragraphe 3 ". Aux termes du paragraphe 2 du même article : " Si le transfert n'est pas exécuté dans le délai de six mois, l'Etat membre responsable est libéré de son obligation de prendre en charge ou de reprendre en charge la personne concernée et la responsabilité est alors transférée à l'Etat membre requérant. Ce délai peut être porté à un an au maximum s'il n'a pas pu être procédé au transfert en raison d'un emprisonnement de la personne concernée ou à dix-huit mois au maximum si la personne concernée prend la fuite ".

4. Le premier alinéa de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen ". Aux termes du I de l'article L. 572-4 du même code : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision de transfert mentionnée à l'article L. 572-1 peut, dans les conditions et délais prévus à la présente section, en demander l'annulation au président du tribunal administratif. ". Aux termes du second alinéa de l'article L. 572-2 du même code : " La décision de transfert ne peut faire l'objet d'une exécution d'office avant l'expiration d'un délai de quinze jours. Toutefois, ce délai est ramené à quarante-huit heures dans les cas où une décision d'assignation à résidence en application de l'article L. 751-2 ou de placement en rétention en application de l'article L. 751-9 a été notifiée avec la décision de transfert ou que l'étranger fait déjà l'objet de telles mesures en application des articles L. 731-1, L. 741-1, L. 741-2, L. 751-2 ou L. 751-9. Lorsque le tribunal administratif a été saisi d'un recours contre la décision de transfert, celle-ci ne peut faire l'objet d'une exécution d'office avant qu'il ait été statué sur ce recours ".

5. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que l'introduction d'un recours devant le tribunal administratif contre la décision de transfert a pour effet d'interrompre le délai de six mois fixé à l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013, qui courait à compter de l'acceptation du transfert par l'Etat requis, délai qui recommence à courir intégralement à compter de la date de notification à l'autorité administrative du jugement du tribunal administratif statuant au principal sur cette demande, quel que soit le sens de sa décision. Ni un appel ni le sursis à exécution du jugement accordé par le juge d'appel sur une demande présentée en application de l'article R. 811-15 du code de justice administrative n'ont pour effet d'interrompre ce nouveau délai. Son expiration a pour conséquence qu'en application des dispositions du paragraphe 2 de l'article 29 du règlement précité, l'Etat requérant devient responsable de l'examen de la demande de protection internationale.

6. Il ressort des pièces des dossiers que les arrêtés du 4 octobre 2022 par lesquels la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin a ordonné le transfert de M. et Mme D aux autorités autrichiennes est intervenu moins de six mois après l'accord de ces autorités pour leur reprise en charge, soit dans le délai d'exécution du transfert fixé par l'article 29 du règlement du 26 juin 2013. Toutefois, ce délai a été interrompu par l'introduction des recours que les intéressés ont présentés devant le tribunal administratif de Strasbourg sur le fondement de l'article L. 572-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Un nouveau délai de six mois a commencé à courir à compter de la notification le 3 novembre 2022 à la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin du jugement du 2 novembre 2022 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Nancy a rejeté leurs demandes. Il ne ressort pas des pièces des dossiers que la préfète aurait décidé de porter à un an ou dix-huit mois le délai de transfert au motif d'un emprisonnement de l'intéressé ou au motif que celui-ci aurait pris la fuite. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que la décision de transfert aurait été exécutée au cours de ce délai. Par suite, ce nouveau délai de six mois étant expiré le 3 mai 2023, l'Autriche a été libérée, en application des dispositions du paragraphe 2 de l'article 29 du règlement n° 604/2013, de son obligation de reprendre en charge M. et Mme D et la responsabilité de l'examen de la demande d'asile de ces derniers a été transférée, à cette date, à la France. Il s'ensuit qu'à cette date du 3 mai 2023, les décisions de transfert sont devenues caduques et ne pouvait plus être légalement exécutées. Les conclusions des requêtes de M. et Mme D tendant à l'annulation des arrêtés du 4 octobre 2022 portant transfert aux autorités autrichiennes et les conclusions à fin d'injonction ayant été présentées après l'intervention de cette caducité, elles sont manifestement irrecevables.

Sur les arrêtés portant assignation à résidence :

7. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que les décisions portant assignation à résidence devraient être annulées par voie de conséquence de l'annulation des arrêtés de transfert aux autorités autrichiennes ne peut qu'être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes d'appel présentées par M. et Mme D sont irrecevables en ce qui concerne les arrêtés de transfert et manifestement dépourvues de fondement pour le surplus. Il y a lieu dès lors de les rejeter, en toutes leurs conclusions, selon la procédure prévue par les dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : Les requêtes de M. et Mme D sont rejetées.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A D née C, à M. B D, à Me Berry et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée à la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin.

Fait à Nancy, le 27 octobre 2023.

La magistrate désignée,

Signé : J. Kohler

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

A. Bailly

2-23NC01477

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