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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-23NC01901

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-23NC01901

vendredi 24 novembre 2023

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-23NC01901
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B et Mme D B, née C, ont demandé au tribunal administratif de Strasbourg d'annuler les arrêtés du 6 janvier 2023 par lesquels la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin, les a obligés à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d'office et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ainsi que les arrêtés du même jour par lesquels elle les a assignés à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Par un jugement nos 2300280,2300281 du 10 février 2023, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Strasbourg a rejeté leur demande.

Procédure devant la cour :

I - Par une requête enregistrée le 14 juin 2023, sous le n° 23NC01901, M. B, représenté par Me Berry, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 10 février 2023 en ce qui le concerne ;

2°) d'annuler les arrêtés du 6 janvier 2023 pris à son encontre ;

3°) d'enjoindre à la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative en lui délivrant pendant cet examen une autorisation provisoire de séjour, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros TTC à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu ;

- elle est entachée de détournement de pouvoir ;

- elle méconnaît les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant refus de délai de départ volontaire doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée en raison de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus de délai de départ volontaire ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public ;

- elle méconnaît les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de destination doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant assignation à résidence doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée de détournement de pouvoir ;

- elle n'est pas justifiée, elle porte atteinte à son droit de circulation et est disproportionnée ;

- les modalités de contrôle de cette mesure portent une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir.

II - Par une requête enregistrée le 14 juin 2023, sous le n° 23NC01902, Mme B, représentée par Me Berry, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 10 février 2023 en ce qui la concerne ;

2°) d'annuler les arrêtés du 6 janvier 2023 pris à son encontre ;

3°) d'enjoindre à la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative en lui délivrant pendant cet examen une autorisation provisoire de séjour, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros TTC à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soulève les mêmes moyens que son mari dans la requête n° 23NC01901 et soutient en outre que la décision portant interdiction de retour mentionne a tort qu'elle s'est soustraite à une précédente mesure d'éloignement alors qu'aucune décision de ce type ne lui a jamais été notifiée.

M. et Mme B ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par des décisions du 22 mai 2023.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné Mme Kohler, présidente-assesseure, pour signer les ordonnances visées à l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme B, ressortissants géorgiens, sont entrés en France le 18 décembre 2018 afin d'y solliciter la reconnaissance du statut de réfugié. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 21 août 2019, confirmées par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 4 mars 2020. Leurs demandes de réexamen ont été rejetées comme irrecevables par des décisions de l'OFPRA du 9 août 2021. Après de précédentes mesures d'éloignement, prononcées en 2020 et 2021, par des arrêtés du 6 janvier 2023, la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin, les a obligés à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d'office, a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et les a assignés à résidence dans le département du Bas-Rhin pour une durée de quarante-cinq jours. Par deux requêtes qu'il y a lieu de joindre, M. et Mme B font appel du jugement du 10 février 2023 par lequel la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Strasbourg a rejeté leurs demandes tendant à l'annulation de ces arrêtés.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, le droit d'être entendu, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Ce droit ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

4. S'agissant particulièrement des décisions de retour, le droit d'être entendu implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter son point de vue sur l'irrégularité de son séjour et les motifs susceptibles de justifier qu'une décision de retour ne soit pas prononcée à son encontre. Mais il n'implique pas l'obligation, pour l'administration, de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.

5. Enfin, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, que toute irrégularité dans l'exercice des droits de la défense lors d'une procédure administrative concernant un ressortissant d'un pays tiers en vue de son éloignement ne saurait constituer une violation de ces droits et, en conséquence, que tout manquement, notamment, au droit d'être entendu n'est pas de nature à entacher systématiquement d'illégalité la décision prise. Il revient à l'intéressé d'établir devant le juge chargé d'apprécier la légalité de cette décision que les éléments qu'il n'a pas pu présenter à l'administration auraient pu influer sur le sens de cette décision et il appartient au juge saisi d'une telle demande de vérifier, lorsqu'il estime être en présence d'une irrégularité affectant le droit d'être entendu, si, eu égard à l'ensemble des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, cette violation a effectivement privé celui qui l'invoque de la possibilité de mieux faire valoir sa défense dans une mesure telle que cette procédure administrative aurait pu aboutir à un résultat différent.

6. En l'espèce, s'il ne ressort pas des pièces du dossier que les requérants auraient été mis à même de présenter leurs observations écrites ou, sur leur demande, de faire valoir des observations orales préalablement aux mesures d'éloignement prises à leur encontre, il n'est pas contesté qu'ils ont pu présenter sur leur situation les observations qu'ils estimaient utiles dans le cadre de l'examen de leurs demandes d'asile et de leurs demandes de réexamen. En outre, ils ne font valoir aucun élément pertinent qu'ils n'ont pu présenter et qui auraient pu influer sur le contenu des décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

8. M. et Mme B soutiennent que leur vie privée et familiale en France faisait obstacle à ce qu'ils fassent l'objet d'une mesure d'éloignement. Ils se prévalent de la durée de leur séjour sur le territoire français et de la scolarisation de leurs enfants. Toutefois, il ressort des pièces des dossiers que, s'ils étaient effectivement présents en France depuis près de cinq ans à la date des décisions attaquées, cette durée est essentiellement due au fait qu'ils n'ont pas exécuté les précédentes mesures d'éloignement prononcées à leur encontre les 3 novembre 2020 et 2 décembre 2021. Par ailleurs, ils ne démontrent pas avoir, en France, des liens d'une ancienneté ou intensité particulières, ni que leurs enfants, âgés de sept et six ans à la date des décisions en litige, ne pourraient poursuivre leur scolarité dans leur pays d'origine. Dans ces conditions, les décisions en litige ne peuvent être regardées comme portant au droit de M. et Mme B au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elles ont été prises. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite être écarté. En outre, il ressort des termes mêmes des arrêtés attaqués, qui mentionnent la présence auprès des requérants de leurs deux enfants mineurs, que la préfète a pris en compte l'intérêt supérieur de ces enfants. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste qu'aurait commise la préfète dans l'appréciation des conséquences de ses décisions sur la situation personnelle des intéressés doit également être écarté.

9. En troisième lieu, en se bornant à soutenir que les décisions en litige ont pour unique but de les contraindre à quitter leur lieu d'hébergement, les requérants, qui ne contestent pas entrer dans le champ d'application des dispositions des 1° et 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur lesquelles sont fondées les obligations de quitter le territoire français en litige, n'établissent pas que la préfète aurait entaché ces décisions de détournement de pouvoir.

Sur les décisions portant refus de délai de départ volontaire :

10. En premier lieu, faute d'établir l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français, M. et Mme B ne sont pas fondés à invoquer une telle illégalité, par voie d'exception, pour contester les décisions portant refus de délai de départ volontaire.

11. En second lieu, il y a lieu d'écarter les moyens tirés de la méconnaissance des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et celui tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences des décisions contestées sur la situation personnelle des intéressés pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8 de la présente ordonnance.

Sur les décisions fixant le pays de destination :

12. En premier lieu, faute d'établir l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français, M. et Mme B ne sont pas fondés à invoquer une telle illégalité, par voie d'exception, pour contester les décisions fixant le pays de destination.

13. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

14. M. et Mme B soutiennent qu'ils encourent des risques pour leur sécurité et leur vie en cas de retour en Géorgie en raison d'un conflit familial et de l'orientation sexuelle de M. B. Toutefois, leurs seuls récits ne permettent pas d'établir la réalité et l'actualité des risques ainsi invoqués. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

15. En troisième lieu, il y a lieu d'écarter les moyens tirés de la méconnaissance des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et celui tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences des décisions contestées sur la situation personnelle des intéressés pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8 de la présente ordonnance.

Sur les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français :

16. En premier lieu, faute d'établir l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français, M. et Mme B ne sont pas fondés à invoquer une telle illégalité, par voie d'exception, pour contester les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français.

17. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

18. D'une part, si M. et Mme B soutiennent que la préfète ne pouvait prononcer des interdictions de retour à leur encontre en se fondant sur les dispositions des articles L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'ils auraient dû se voir accorder un délai de départ volontaire, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la préfète a pu légalement refuser de leur accorder un tel délai et qu'ils se trouvaient donc dans la situation visée par ces dispositions.

19. D'autre part, il ressort des pièces des dossiers que M. et Mme B sont entrés en France en 2018, qu'ils ont fait l'objet de précédentes mesures d'éloignement, qu'ils se maintiennent irrégulièrement sur le territoire malgré le rejet de leurs demandes d'asile et qu'ils ne justifient pas d'attaches particulières sur le territoire français. Dans ces conditions, et à supposer même que le comportement de M. B ne représente pas une menace pour l'ordre public et que Mme B ne s'est pas volontairement soustraite à l'exécution de la précédente mesure d'éloignement prononcée à son encontre faute de s'être vue notifier cette décision, la préfète pouvait légalement prononcer une interdiction de retour d'une durée de deux ans à leur encontre.

20. En troisième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 8 de la présente ordonnance, M. et Mme B ne justifient pas avoir en France des liens d'une ancienneté ou intensité particulières ni que la scolarité de leurs enfants ne pourrait se poursuivre dans leur pays d'origine. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste qu'aurait commise la préfète dans l'appréciation des conséquences de ses décisions sur leur situation personnelle doit également être écarté.

Sur les arrêtés portant assignation à résidence :

21. En premier lieu, faute d'établir l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français, M. et Mme B ne sont pas fondés à invoquer une telle illégalité, par voie d'exception, pour contester les arrêtés portant assignation à résidence.

22. En deuxième lieu, les requérants ne démontrent pas en quoi les assignations à résidence en litige et leurs modalités de contrôle les contraindraient à quitter leur lieu d'hébergement. Par suite, ils n'établissent pas que la préfète aurait entaché ses décisions de détournement de pouvoir.

23. En troisième lieu, si M. et Mme B soutiennent que les décisions portant assignation à résidence ne sont ni justifiées, ni proportionnées, ils n'apportent aucune précision au soutien de ces allégations.

24. En quatrième lieu, les modalités de contrôle des assignations à résidence de M. et Mme B qui résident dans l'obligation qui leur est faite de se présenter les lundis et jeudis à la gendarmerie de Bouxwiller à 14h30, qui restent limitées, ne sont pas disproportionnées par rapport aux buts en vue desquels elles ont été prises.

25. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes d'appel présentées par M. et Mme B sont manifestement dépourvues de fondement. Il y a lieu, dès lors, de les rejeter en toutes leurs conclusions, selon la procédure prévue par les dispositions précitées du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : Les requêtes de M. et Mme B sont rejetées.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à Mme D B, née C, et à Me Berry.

Copie en sera adressée à la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin.

Fait à Nancy, le 24 novembre 2023.

La magistrate désignée,

Signé : J. Kohler

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

A. Heim

2,23NC0190

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