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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-23NC01910

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-23NC01910

jeudi 31 août 2023

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-23NC01910
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantGRÜN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. D et Mme A B ont demandé au tribunal administratif de Strasbourg d'annuler les arrêtés du 16 décembre 2022 par lesquels le préfet de la Moselle a refusé de leur délivrer un titre de séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d'office à l'expiration de ce délai et leur a fait interdiction de revenir sur le territoire français pour une durée d'un an.

Par un jugement n° 23001553-2300154 du 17 mars 2023, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Strasbourg a rejeté leurs demandes.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 15 juin 2023, M. C et Mme B, représentés par Me Grün, demandent à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 17 mars 2023 ;

2°) d'annuler les arrêtés du 16 décembre 2022 ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de leur délivrer à chacun un titre de séjour temporaire ou, subsidiairement, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer leurs situations administratives et de leur délivrer à chacun pendant cet examen une autorisation provisoire de séjour dans le même délai et sous la même astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à leur conseil de la somme de 1500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Ils soutiennent que :

S'agissant des décisions portant refus de titre de séjour :

- elles sont entachées d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas établi que le médecin rapporteur n'aurait pas siégé au sein du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;

- elles sont entachées d'un vice de procédure, les médecins du collège de l'OFII n'ayant pas été régulièrement désignés ;

- elles sont entachées d'un vice de procédure dès lors que le caractère collégial de l'avis du collège de médecins de l'OFII fait défaut ;

- elles sont entachées d'un vice de procédure, les signatures des médecins du collège n'étant pas authentifiées ;

- elles sont entachées d'un vice de procédure, le délai de trois mois prévu par l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile laissé au collège des médecins de l'OFII n'ayant pas été respecté ;

- elles sont entachées d'un vice de procédure dès lors que l'avis rendu par le collège des médecins de l'OFII est insuffisamment motivé ;

- les décisions ont été prises sans réel examen de leurs situations personnelles et le préfet s'est estimé à tort lié par l'avis du collège des médecins de l'OFII ;

- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant des décisions portant obligation de quitter le territoire français :

- elles sont illégales du fait de l'illégalité des décisions portant refus de séjour ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant des décisions fixant le délai de départ volontaire :

- elles sont insuffisamment motivées ;

- le préfet a entaché ses décisions d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'un délai de départ supérieur à trente jours aurait dû leur être octroyé ;

S'agissant des décisions fixant le pays de destination :

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant des décisions portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elles sont insuffisamment motivées et sont entachées d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles portent une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale.

Par des décisions du bureau d'aide juridictionnelle de Nancy en date du 22 mai 2023, M. C et Mme B ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91- 647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du 1er septembre 2022, la présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné M. Laubriat, président assesseur, pour statuer par ordonnances sur le fondement des alinéas 1° à 5° et 7° de l'article R. 222- 1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. E C et Mme A B, ressortissants géorgiens, sont entrés sur le territoire français selon leurs déclarations le 4 septembre 2021 afin d'y solliciter la reconnaissance du statut de réfugiés. La demande d'asile déposée par Mme B a été déclarée irrecevable par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) du 27 octobre 2021. La demande déposée par M. C a été rejetée par décision du 7 octobre 2021 et le recours formulé contre celle-ci a été rejeté par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 31 décembre 2021. Le 17 novembre 2021, ils ont sollicité la délivrance d'un titre de séjour en raison de l'état de santé de leur fille. Par des arrêtés du 16 décembre 2022, le préfet de la Moselle a refusé de leur délivrer un titre de séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d'office à l'expiration de ce délai et leur a fait interdiction de revenir sur le territoire français pendant une durée d'un an. M. C et Mme B font appel du jugement du 17 mars 2023 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Strasbourg a rejeté leurs demandes tendant à l'annulation de ces arrêtés.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

Sur les décisions portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, M. C et Mme B reprennent en appel, sans apporter d'éléments nouveaux ni critiquer utilement les motifs de rejet qui leur ont été opposés en première instance, les moyens tirés de ce que l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) serait entaché de vices de procédure. Il y a lieu d'écarter ce moyen dans ces différentes branches par adoption des motifs retenus, à juste titre, par le premier juge, et énoncés au point 6 du jugement contesté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation des arrêtés contestés ni des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle des requérants et qu'il se serait cru lié par l'avis du collège des médecins de l'OFII pour édicter l'arrêté contesté. Par suite, ces moyens ne peuvent qu'être écartés.

5. En troisième lieu, si les requérants se prévalent de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ils doivent être regardés comme se prévalant des dispositions de l'article L. 425-10 du même code aux termes desquelles : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. () / Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9. ". Aux termes de l'article L. 425-9 du code précité : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

6. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'accès effectif ou non à un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

7. En l'espèce, par un avis émis le 7 novembre 2022, le collège des médecins de l'OFII a estimé que si l'état de santé de l'enfant des requérants nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut toutefois, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et au vu des éléments du dossier et à la date de l'avis, son état de santé lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine. Si les requérants soutiennent que leur fille souffre de nombreuses pathologies qui ne sont pas traitées dans leur pays d'origine et qu'ils n'ont pas les moyens financiers pour accéder à de quelconques soins, ils n'apportent aucun argument ni élément permettant d'apprécier le bien-fondé de leurs allégations, ce qui leur a déjà été opposé en première instance et les requérants n'ont apporté aucune nouvelle pièce ni même argumentation à hauteur d'appel. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre public et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Les requérants font valoir qu'ils ont fixé leurs attaches privées et familiales en France depuis 2019 et que l'état de santé de leur enfant nécessite la poursuite du traitement dont elle bénéficie en France. Toutefois, la durée de leur séjour en France n'est due qu'au temps nécessaire à l'instruction de leurs demandes d'asile puis de leurs demandes de titre de séjour. Les deux requérants faisant l'objet d'une mesure d'éloignement, leur fille a vocation à les suivre dans leur pays d'origine où ils n'établissent pas qu'elle ne pourrait bénéficier des soins nécessités par son état de santé. M. C et Mme B ne fournissent aucun élément à l'appui de leurs allégations selon lesquelles ils bénéficient d'autres attaches privées et familiales en France et ne font valoir aucun argument ni élément de nature à établir qu'ils auraient fixé le centre de leurs intérêts privés sur le territoire français. Dans ces conditions, le préfet de la Moselle ne peut être regardé comme ayant porté au droit de M. C et de Mme B au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels les décisions contestées ont été prises. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. C et Mme B ne sont pas fondés à exciper de l'illégalité des décisions portant refus de séjour à l'appui de leurs conclusions dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français.

11. En deuxième lieu, il ressort des termes des arrêtés contestés que pour obliger M. C et Mme B à quitter le territoire français, le préfet de la Moselle, après avoir visé la convention européenne de sauvegarde des droit de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8, ainsi que les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a indiqué que les requérants n'étaient pas bénéficiaires des dispositions protectrices prévues par les dispositions de l'article L.611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il avait décidé de ne pas faire usage de son pouvoir d'appréciation pour les admettre au séjour et qu'il convenait, en conséquence, de les obliger à quitter le territoire français sur le fondement de l'article L. 611-1 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet a également précisé que les requérants n'avaient invoqué aucun évènement personnalisé déterminant, récent ou inopiné, de nature à démontrer que les effets attachés à leur départ de France engendreraient des conséquences disproportionnées aux buts en vue desquels de telles décisions peuvent leur être opposées, et ce d'autant plus qu'ils font tous les deux l'objet d'une mesure d'éloignement, et qu'ils n'établissent pas être isolés dans leur pays d'origine où demeurent la mère et le frère de M. C et la mère et les frères de Mme B, de telle sorte que la cellule familiale a vocation à se reconstituer en Géorgie. Les décisions contestées comportent ainsi l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

12. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".

13. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 7 de la présente ordonnance, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

14. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 9 de la présente ordonnance, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation ne peuvent qu'être écartés.

Sur les décisions fixant le délai de départ volontaire :

15. M. C et Mme B reprennent en appel, sans apporter d'éléments nouveaux ni critiquer utilement les motifs de rejet qui leur ont été opposés en première instance, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et de l'erreur manifeste d'appréciation. Il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus, à juste titre, par le premier juge, et énoncés aux points 17 et 18 du jugement contesté.

Sur les décisions fixant le pays d'éloignement :

16. En premier lieu, il ressort des termes des décisions contestées que pour fixer le pays à destination duquel les requérants pourront être reconduits d'office, le préfet, après avoir cité les articles L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a indiqué que les requérants sont titulaires de passeports géorgiens et ne justifient pas qu'un autre pays leur aurait délivré un document de voyage, qu'ils n'établissent pas être légalement admissibles vers un autre pays que la Géorgie, ni que leur vie ou leur liberté seraient menacées dans ce pays ou qu'ils y seraient exposés à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ainsi, les décisions contestées comportent l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

17. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

18. Les requérants font valoir qu'en cas de retour dans leur pays d'origine, ils encourent un risque de traitements inhumains et dégradants et de persécutions personnelles. Toutefois, ils n'assortissent leurs allégations d'aucun argument ni élément permettant d'en apprécier le bien-fondé, ce qui leur a déjà été opposé en première instance et les requérants n'ont apporté aucune nouvelle pièce ni argumentation à hauteur d'appel. Dans ces conditions, le préfet ne peut être regardé comme ayant méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français :

19. En premier lieu, M. C et Mme B reprennent en appel, sans apporter d'éléments nouveaux ni critiquer utilement les motifs de rejet qui leur ont été opposés en première instance, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et de l'erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus, à juste titre, par le premier juge, et énoncés aux points 22 et 23 du jugement contesté.

20. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. ". D'autre part, aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

21. Les requérants soutiennent que le préfet ne pouvait prononcer d'interdictions de retour sur le territoire français à leur encontre sans que celles-ci ne portent une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale compte-tenu de l'intensité et de la stabilité de leurs liens personnels et familiaux en France. Toutefois, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 9 de la présente ordonnance, le préfet ne peut être regardé comme ayant entaché ses décisions d'erreur d'appréciation tant dans leur principe que dans leur durée. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français seraient disproportionnées ne peut qu'être écarté.

22. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation de la requête présentée par M. C et Mme B sont manifestement dépourvues de fondement et ne peuvent dès lors qu'être rejetées en application des dispositions précitées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Par voie de conséquence, il y a lieu de rejeter également leurs conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. C et de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D, à Mme A B et à Me Grün.

Copie en sera adressée au préfet de la Moselle.

Fait à Nancy, le 31 août 2023.

Le magistrat désigné,

Signé : A. Laubriat

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-Mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

A. Heim

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