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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-23NC02003

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-23NC02003

vendredi 19 janvier 2024

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-23NC02003
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Strasbourg d'annuler l'arrêté du 27 décembre 2022 par lequel la préfète de l'Aube l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai ou, à titre subsidiaire d'ordonner la suspension de son exécution.

Par un jugement n° 2300149 du 15 mars 2023, le président du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 juin et 15 décembre 2023, M. A, représenté par Me Guillemin, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 15 mars 2023 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 décembre 2022 ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Aube de réexaminer sa situation, sans délai, et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte et de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le jugement attaqué ne comporte pas les signatures exigées par les dispositions de l'article R. 741-7 du code de justice administrative ;

- il méconnaît le principe du contradictoire, les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et les dispositions de l'article L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est insuffisamment motivé ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été signée par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale et l'intérêt supérieur de ses enfants ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné Mme Kohler, présidente-assesseure, pour signer les ordonnances visées à l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant angolais, est entré sur le territoire français, selon ses déclarations, le 5 mai 2019, afin d'y solliciter la reconnaissance du statut de réfugié. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision du 12 mai 2022 de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile le 14 octobre 2022. Par un arrêté du 27 décembre 2022, la préfète de l'Aube l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai. M. A fait appel du jugement du 15 mars 2023 par lequel le président du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

Sur la régularité du jugement attaqué :

3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 741-8 du code de justice administrative aux termes duquel : " Lorsque l'affaire est jugée par un magistrat statuant seul, la minute du jugement est signée par ce magistrat et par le greffier d'audience ". En application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 776-15 du code de justice administrative applicable aux recours formés contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français prises sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les jugements relatifs à ces recours " sont rendus, sans conclusions du rapporteur public, par le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne à cet effet ".

4. Il résulte de l'examen de la minute du jugement attaqué que celui-ci comporte toutes les signatures requises par les dispositions qui précèdent. Le moyen tiré de ce que ces signatures en seraient absentes manque en fait et doit ainsi être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 5 du code de justice administrative : " L'instruction des affaires est contradictoire () ". Aux termes de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi, qui décidera () du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle () ". Aux termes de l'article L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin le concours d'un interprète et la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise ".

6. Le caractère contradictoire de la procédure fait obligation au juge de communiquer aux parties, avant la clôture de l'instruction, les pièces et mémoires soumis au débat contradictoire qui servent de fondement à sa décision et qui comportent des éléments de fait ou de droit dont il n'a pas été antérieurement fait état au cours de la procédure.

7. Si M. A fait valoir que les pièces ayant servi au fondement de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'ont pas été versées au débat, il ressort des pièces du dossier qu'il n'a pas demandé au président du tribunal administratif de Nancy la communication du dossier sur la base duquel a été pris l'arrêté contesté. Or, il ne résulte ni du principe du contradictoire ni des termes de l'article L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le président du tribunal serait tenu d'ordonner d'office une telle communication. Dans ces conditions, et alors même que la préfète de l'Aube n'a pas produit de mémoire en défense en première instance, le caractère contradictoire de la procédure n'a pas été méconnu et les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peuvent qu'être écartés.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés ".

9. Il ressort des termes du jugement attaqué que le président du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a répondu avec une motivation suffisante adaptée aux arguments qui étaient invoqués devant lui, à l'ensemble des moyens soulevés par M. A et notamment aux moyens tirés de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué et de la méconnaissance du droit d'être entendu.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé par M. Christophe Borgus, secrétaire général de la préfecture de l'Aube auquel le préfet a donné, par un arrêté du 30 août 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le lendemain, délégation à l'effet de signer tous actes relevant de la compétence de l'Etat dans le département, à l'exception des actes visés dans l'article 2, au nombre desquels ne figurent pas les décisions prises en matière de police des étrangers. Par suite, et alors que cette délégation indique ainsi de façon suffisamment précise son objet et son étendue, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

11. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

12. M. A soutient que son droit à la vie privée et familiale en France et l'intérêt supérieur de ses trois enfants faisaient obstacle à ce que la préfète prononce une obligation de quitter le territoire français à son encontre. Il se prévaut de la situation régulière de ses trois enfants, qui possèdent tous un document de circulation pour étranger mineur, ainsi que de son rôle de soutien affectif et matériel à leur égard, contribuant effectivement, selon ses déclarations, à leur entretien et à leur éducation. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. A, dont l'arrivée en France est récente, n'établit pas, par les pièces qu'il produit, vivre avec ses enfants et leur mère, ni subvenir aux besoins de ses enfants de manière effective et continue ou entretenir une relation stable et suffisamment intense. Eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France et alors que l'intéressé ne démontre pas avoir en France d'autres liens d'une ancienneté ou intensité particulières, la mesure d'éloignement en litige ne peut être regardée comme portant à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise, ni comme méconnaissant l'intérêt supérieur des enfants mineurs de M. A. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel présentée par M. A est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, dès lors, de la rejeter en toutes ses conclusions, selon la procédure prévue par les dispositions précitées du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à Me Guillemin.

Copie en sera adressée à la préfète de l'Aube.

Fait à Nancy, le 19 janvier 2024.

La magistrate désignée,

Signé : J. Kohler

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

A. Bailly

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