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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-23NC02143

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-23NC02143

vendredi 27 décembre 2024

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-23NC02143
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre - formation à 3
Avocat requérantDSC AVOCATS TA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. F AI, Mme R AI, M. S W, Mme AB W, Mme K L, M. J M, Mme E M, Mme B I, Mme N AH, M. F Q, Mme AG Q, Mme Z C, M. AC D, M. X AF, M. U H, Mme T H, Mme G AD, M. V AA, Mme A P, M. AC O et M. AE Y ont demandé au tribunal administratif de Besançon d'annuler l'arrêté du 16 février 2022 par lequel le maire de la commune de Saône a délivré à la Société Civile Construction Vente (SCCV) Climent-Robinet un permis de construire portant sur deux bâtiments collectifs de 32 logements et de deux zones de stationnement.

Par un jugement n° 2201208 du 2 mai 2023, le tribunal administratif de Besançon a rejeté leur demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 3 juillet 2023 et le 20 mars 2024, Mme N AH, M. J M, Mme E M, M. U H, Mme T H, Mme K L, Mme G AD, Mme B I, M. S W et Mme AB W, représentés par Me Gautier, demandent à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Besançon du 2 mai 2023 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 16 février 2022 par lequel le maire de la commune de Saône a délivré à la SCCV Climent-Robinet un permis de construire portant sur deux bâtiments collectifs de 32 logements et de deux zones de stationnement ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saône et de la SCCV Climent-Robinet chacune une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le jugement attaqué est entaché d'une erreur de droit ;

- ils ont intérêt à agir contre le permis litigieux ;

- le dossier de permis de construire est incomplet méconnaissant ainsi les dispositions des articles R. 431-9 et R. 431-10 du code de l'urbanisme ;

- le projet est illégal par exception d'illégalité de l'article UB 6 du règlement du plan local d'urbanisme et dès lors qu'il méconnaît l'article UB 6 du plan d'occupation des sols ;

- il méconnaît l'article UB4 du règlement du PLU ;

- il méconnaît l'article UB 10 de ce règlement ;

- il méconnaît l'articles UB 11 du règlement du PLU et l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 septembre 2023, la commune de Saône, représentée par Me Suissa, conclut au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit fait application des dispositions de l'article L. 600-1-5 du code de l'urbanisme et demande que la somme de 4 500 euros soit mise à la charge des requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la demande de première instance est irrecevable faute d'intérêt à agir des requérants ;

- le jugement n'est entaché d'aucune erreur de droit ;

- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 octobre 2023, la SCCV Le Clos Marie, anciennement dénommée SCCV Climent-Robinet, représentée par Me Simplot, conclut au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à qu'il soit fait application des dispositions de l'article L. 600-1-5 du code de l'urbanisme et demande que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la demande de première instance est irrecevable faute d'intérêt à agir des requérants ;

- le jugement n'est entaché d'aucune erreur de droit ;

- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 9 septembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er octobre 2024 à 12 heures.

La commune de Saône a produit un mémoire qui a été enregistré le 18 novembre 2024.

La SCCV Le Clos Marie a produit un mémoire qui a été enregistré le 19 novembre 2024.

Les parties ont été informées, par une lettre du 12 novembre 2024, que la cour est susceptible de surseoir à statuer, en application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, pour permettre la régularisation des vices entachant le permis de construire du 16 février 2022 tirés de la méconnaissance de l'article UB 6 du règlement du POS remis en vigueur quant à l'implantation des constructions en recul de 4 mètres par rapport à la voirie, des articles R. 431-9 et R. 431-10 du code de l'urbanisme sur l'insuffisance du dossier de permis de construire, d'une part, quant aux modalités selon lesquelles les bâtiments seront raccordés aux réseaux publics d'évacuation des eaux pluviales ou, à défaut d'équipements publics, les équipements privés prévus et, d'autre part, quant à la prise en compte des constructions existantes à démolir pour établir le niveau du terrain naturel, de l'article UB 4 du règlement du plan local d'urbanisme quant à la maîtrise des débits et de l'écoulement des eaux pluviales ou de ruissellement et notamment la manière dont seront gérées les eaux de toitures collectées par les descentes d'eau pluviale prévues par le projet, et de l'article UB 10 du règlement du plan local d'urbanisme quant à la limite de hauteur maximale des constructions en prenant en compte les constructions existantes à démolir pour établir le niveau du terrain naturel.

Par un mémoire, enregistré le 20 novembre 2024, la commune de Saône, représentée par Me Suissa, a présenté ses observations sur la lettre du 12 novembre 2024.

Par un mémoire, enregistré le 20 novembre 2024, la SCCV Le Clos Marie, représentée par Me Simplot, a présenté ses observations sur la lettre du 12 novembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Berthou,

- les conclusions de M. Marchal, rapporteur public,

- et les observations de Me Clément, substituant Me Suissa, pour la commune de Saône.

Considérant ce qui suit :

1. La Société Civile Construction Vente (SCCV) Climent-Robinet, devenue la SCCV Le Clos Marie, a déposé le 18 novembre 2021 une demande de permis de construire en vue de démolir des bâtiments existants et de construire deux bâtiments collectifs de 32 logements, deux zones de stationnement, un local à ordures, des clôtures, un portail et un portillon, au 14 rue des Ronces à Saône. Mme AH et autres demandent à la cour d'annuler le jugement du 2 mai 2023 par lequel le tribunal administratif de Besançon a rejeté leur demande tendant à l'annulation du permis de construire accordé le 16 février 2022 à la société pétitionnaire.

Sur la régularité du jugement :

2. Si les requérants soutiennent que le tribunal administratif de Strasbourg a entaché son jugement d'une erreur de droit sur le niveau de contrôle opéré par le juge pour l'application de l'article UB 11 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune de Saône, une telle erreur serait seulement susceptible de remettre en cause, dans le cadre de l'effet dévolutif de l'appel, le motif retenu par les premiers juges pour rejeter leur demande. Par suite, l'erreur alléguée, qui se rapporte au bien-fondé du jugement attaqué, est, en tout état de cause, sans incidence sur la régularité de ce jugement.

Sur le bien-fondé du jugement :

En ce qui concerne la recevabilité de la demande de première instance :

3. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. "

4. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Il appartient ensuite au juge de l'excès de pouvoir de former sa conviction sur la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

5. Il ressort des pièces du dossier que la propriété de Mme AH et celle de M. et Mme W jouxtent la parcelle formant le terrain d'assiette de l'opération litigieuse et que celle de Mme AD et celle de Mme L n'en sont séparées que par la rue des Ronces, voie publique à sens unique d'un petit gabarit. Ces cinq requérants, qui ont ainsi la qualité de voisin immédiat, font par ailleurs état d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction. Ils ont donc intérêt à agir contre le permis de construire litigieux.

6. M. et Mme H, M. et Mme M et Mme I se bornent en revanche à relever que les distances réelles de leurs parcelles au projet sont de 94,09 mètres, 186,19 mètres et 188,95 mètres et à soutenir, au titre de l'atteinte susceptible de les affecter, qu'ils auraient une vue directe sur le projet. Les seules photographies qu'ils versent au débat ne suffisent toutefois pas à les faire regarder comme faisant état d'éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte serait susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de leurs biens. Ils ne justifient donc pas d'un intérêt à agir contre le permis contesté et leurs demandes doivent être rejetées pour ce motif.

En ce qui concerne le moyen tiré de l'exception d'illégalité du PLU :

7. Aux termes des dispositions de l'article L. 600-12 du code de l'urbanisme : " Sous réserve de l'application des articles L. 600-12-1 et L. 442-14, l'annulation ou la déclaration d'illégalité d'un schéma de cohérence territoriale, d'un plan local d'urbanisme, d'un document d'urbanisme en tenant lieu ou d'une carte communale a pour effet de remettre en vigueur le schéma de cohérence territoriale, le plan local d'urbanisme, le document d'urbanisme en tenant lieu ou la carte communale immédiatement antérieur ". Aux termes de

l'article L. 600-12-1 de ce même code : " L'annulation ou la déclaration d'illégalité d'un schéma de cohérence territoriale, d'un plan local d'urbanisme, d'un document d'urbanisme en tenant lieu ou d'une carte communale sont par elles-mêmes sans incidence sur les décisions relatives à l'utilisation du sol ou à l'occupation des sols régies par le présent code délivrées antérieurement à leur prononcé dès lors que ces annulations ou déclarations d'illégalité reposent sur un motif étranger aux règles d'urbanisme applicables au projet. / Le présent article n'est pas applicable aux décisions de refus de permis ou d'opposition à déclaration préalable. Pour ces décisions, l'annulation ou l'illégalité du document d'urbanisme leur ayant servi de fondement entraîne l'annulation de ladite décision ".

8. Il résulte de l'article L. 600-12-1 que l'annulation ou la déclaration d'illégalité d'un document local d'urbanisme n'entraine pas l'illégalité des autorisations d'urbanisme délivrées lorsque cette annulation ou déclaration d'illégalité repose sur un motif étranger aux règles d'urbanisme applicables au projet en cause. Il appartient au juge, saisi d'un moyen tiré de l'illégalité du document local d'urbanisme à l'appui d'un recours contre une autorisation d'urbanisme, de vérifier d'abord si l'un au moins des motifs d'illégalité du document local d'urbanisme est en rapport direct avec les règles applicables à l'autorisation d'urbanisme. Un vice de légalité externe est étranger à ces règles, sauf s'il a été de nature à exercer une influence directe sur des règles d'urbanisme applicables au projet. En revanche, sauf s'il concerne des règles qui ne sont pas applicables au projet, un vice de légalité interne ne leur est pas étranger. Lorsque le document local d'urbanisme sous l'empire duquel a été délivrée l'autorisation contestée est annulé ou déclaré illégal pour un ou plusieurs motifs non étrangers aux règles applicables au projet en cause, la détermination du document d'urbanisme au regard duquel doit être appréciée la légalité de cette autorisation obéit, eu égard aux effets de la règle posée à l'article L. 600-12 du code de l'urbanisme, aux règles suivantes : - dans le cas où ce ou ces motifs affectent la légalité de la totalité du document d'urbanisme, la légalité de l'autorisation contestée doit être appréciée au regard de l'ensemble du document immédiatement antérieur ainsi remis en vigueur ; - lorsque ce ou ces motifs affectent seulement une partie divisible du territoire que couvre le document local d'urbanisme, ce sont les dispositions du document immédiatement antérieur relatives à cette zone géographique qui sont remises en vigueur ; - si ce ou ces motifs n'affectent que certaines règles divisibles du document d'urbanisme, la légalité de l'autorisation contestée n'est appréciée au regard du document immédiatement antérieur que pour les seules règles équivalentes nécessaires pour assurer le caractère complet et cohérent du document. S'agissant en particulier d'un plan local d'urbanisme, une disposition du règlement ou une partie du document graphique qui lui est associé ne peut être regardée comme étant divisible que si le reste du plan forme avec les éléments du document d'urbanisme immédiatement antérieur le cas échéant remis en vigueur, un ensemble complet et cohérent. En outre, lorsqu'un motif d'illégalité non étranger aux règles d'urbanisme applicables au projet est susceptible de conduire à remettre en vigueur tout ou partie du document local d'urbanisme immédiatement antérieur, le moyen tiré de l'exception d'illégalité du document local d'urbanisme à l'appui d'un recours en annulation d'une autorisation d'urbanisme ne peut être utilement soulevé que si le requérant soutient également que cette autorisation méconnaît les dispositions pertinentes ainsi remises en vigueur.

9. Aux termes de l'article UB 6 du règlement du PLU de Saône relatif à l'implantation par rapport aux voies et emprises publiques : " Les constructions doivent être implantées selon un recul minimal de la limite d'emprise des voies existantes, à modifier ou à créer. / Des reculs supérieurs peuvent être imposés notamment au débouché des voies d'accès et aux carrefours de voies publiques de manière à dégager la visibilité. / Toutefois, une implantation différente de celle mentionnée ci-dessus peut être acceptée dans les cas suivants : / - Les ouvrages techniques de faible emprise nécessaires aux services publics ou d'intérêt collectif / - Dans le cas de l'extension de constructions déjà existantes ne respectant pas cette règle. Le recul minimum respecté sera alors celui du bâtiment existant. Des reculs supérieurs peuvent être imposés notamment au débouché des voies d'accès et aux carrefours de voies publiques de manière à dégager la visibilité. / - Dans le cas de l'implantation par rapport aux voies internes des opérations groupées ou des lotissements ". Il résulte du 6° et de l'avant-dernier alinéa de l'article R. 123-9 du code de l'urbanisme dans sa rédaction en vigueur à la date d'approbation du PLU de Saône que le règlement du plan local d'urbanisme ou, à défaut, ses documents graphiques, doivent fixer des règles précises d'implantation des constructions par rapport aux voies et emprises publiques. Ces règles n'ont toutefois pas nécessairement à prendre la forme d'un rapport quantitatif.

10. Il ressort de la lecture de l'ensemble des dispositions du PLU de Saône que la règle posée au premier alinéa de l'article UB 6 précité ne peut qu'être interprétée comme fixant un recul minimum par rapport à la limite d'emprise des voies. En l'absence de toute indication même non quantitative quant aux conditions d'appréciation de cette distance minimum, cette disposition est insuffisamment précise et, par suite, illégale. Ce motif d'illégalité n'affecte que cette règle divisible du document d'urbanisme. La légalité du permis contesté ne doit donc être appréciée au regard du document immédiatement antérieur que pour les seules règles équivalentes nécessaires pour assurer le caractère complet et cohérent du document.

11. Aux termes de l'article UB 6 du règlement du plan d'occupation des sols (POS) de la commune de Saône antérieurement applicable : " Les constructions doivent être implantées en recul de () 4 mètres de l'alignement de toutes les autres voies. Toutefois, lorsque la majorité des constructions existantes est implantée à l'alignement ou en recul de moins de 4 mètres, les constructions nouvelles doivent être alignées sur les constructions existantes. () ". Cette disposition forme avec le reste du plan un ensemble complet et cohérent.

12. Ainsi que le font valoir les requérants pour la première fois en appel, il ressort des pièces du dossier de permis de construire que la construction projetée est implantée à plus de 4 mètres de l'alignement et ne respecte ainsi pas l'article UB 6 du règlement du POS qui interdit en tout état de cause un recul supérieur à 4 mètres par rapport à l'alignement. Le projet méconnaît ainsi ces dispositions remises en vigueur du POS de Saône.

En ce qui concerne la légalité externe du permis de construire :

13. Aux termes de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu. / Il indique également, le cas échéant, les modalités selon lesquelles les bâtiments ou ouvrages seront raccordés aux réseaux publics ou, à défaut d'équipements publics, les équipements privés prévus, notamment pour l'alimentation en eau et l'assainissement. () ". Aux termes de l'article R. 431-10 de ce même code : " Le projet architectural comprend également : / () b) Un plan en coupe précisant l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain ; lorsque les travaux ont pour effet de modifier le profil du terrain, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; () ".

14. Si la régularité de la procédure d'instruction d'un permis de construire requiert la production par le pétitionnaire de l'ensemble des documents exigés par le code de l'urbanisme, le caractère insuffisant du contenu de l'un de ces documents ne constitue pas nécessairement une irrégularité de nature à entacher la légalité de l'autorisation accordée pour le projet objet de la demande, si l'autorité compétente est en mesure, grâce aux autres pièces produites, d'apprécier la légalité du projet au regard de l'ensemble des dispositions d'urbanisme applicables.

15. D'une part, aucune pièce du dossier de demande de permis de construire ne fait apparaître les modalités selon lesquelles les bâtiments seront raccordés aux réseaux publics d'évacuation des eaux pluviales ou, à défaut d'équipements publics, les équipements privés prévus. D'autre part, le profil du terrain naturel tel que présenté dans la demande de permis de construire ne prend pas en compte le terrassement qui avait été réalisé lors de l'édification des constructions existantes, dont la démolition est prévue par le projet. Ces deux insuffisances sont de nature à fausser l'appréciation portée par la commune sur le respect des articles UB 4 et UB 10 du règlement du PLU et entachent donc d'illégalités le permis litigieux.

En ce qui concerne les autres moyens de légalité interne du permis de construire :

16. Aux termes de l'article UB 4 du règlement du PLU : " Eaux pluviales : / Les eaux pluviales issues des constructions et des imperméabilisations qui leur sont liées ne sont pas systématiquement raccordables au réseau pluvial ou unitaire d'assainissement des espaces publics. Des mesures devront être prises pour limiter l'imperméabilisation des sols et pour assurer la maîtrise des débits et de l'écoulement des eaux pluviales ou de ruissellement. Les aménagements nécessaires visant à la limitation des débits évacués de la propriété sont à la charge exclusive du propriétaire qui doit réaliser les dispositifs adaptés à l'opération et au terrain. ".

17. Si la SCCV Le Clos Marie justifie de mesures prises pour limiter l'imperméabilisation des sols, notamment la création de places de stationnement perméables, la plantation d'arbres et la végétalisation des espaces libres, et pour réguler les débits, par la réalisation de toitures végétalisées, ces éléments ne suffisent pas à établir que les débits et les écoulements des eaux pluviales collectées ou des eaux de ruissellement seront maîtrisés, alors notamment que n'est pas indiquée la manière dont seront gérées les eaux de toitures collectées par les descentes d'eau pluviale prévues par le projet. Le permis contesté méconnaît ainsi l'article UB 4 du règlement précité.

18. Aux termes de l'article UB 10 du règlement du PLU de Saône : " 2 - Limitation absolue de la hauteur des constructions / La hauteur des constructions mesurée au faîte du toit ne peut excéder 12 mètres. () ".

19. A défaut de règles particulières précisées dans le PLU, la limitation de la hauteur doit être respectée en tout point du bâtiment par rapport au terrain naturel situé à l'aplomb, le niveau du terrain naturel à prendre en compte étant celui résultant du terrassement réalisé lors de l'édification des constructions existantes dont la démolition est prévue par le projet. Or il ressort des pièces du dossier que le faîtage du bâtiment A par rapport au terrain naturel en aplomb dépasse la hauteur maximale de 12 mètres et qu'une partie au moins du bâtiment B dépasse également cette hauteur maximale. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que le permis litigieux méconnaît l'article UB 10 du règlement du PLU.

20. Aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ". Aux termes de l'article UB 11 du règlement du PLU relatif à l'aspect extérieur des constructions : " Les constructions de quelque nature que ce soit et les clôtures doivent présenter un aspect compatible avec le caractère et l'intérêt de lieux avoisinants du site et du paysage () / Toiture / La toiture des bâtiments principaux sera constituée au moins de deux pans ou d'une combinaison de plusieurs pans, / Les toitures terrasses ou plates ne sont autorisées que dans les cas suivants : / - toiture végétalisée / - terrasse accessible en prolongement d'un logement / - toiture en articulation avec des volumes couverts, dans le cadre de réhabilitation ou de restauration de bâtiments anciens / - la pente des toits des bâtiments principaux sera supérieure à 70 %. (soit 35°) ".

21. Dès lors que les dispositions du règlement du PLU invoquées par les requérants ont le même objet que celles, également invoquées, de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme posant les règles nationales d'urbanisme et prévoient des exigences qui ne sont pas moindres, c'est par rapport aux dispositions du règlement du plan d'occupation des sols que doit être appréciée la légalité de la décision attaquée. Le juge exerce un contrôle normal sur la conformité à ces dispositions de la décision attaquée.

22. D'une part, le caractère pavillonnaire du quartier ne suffit pas à établir que la construction collective en R+3 projetée ne présenterait pas un aspect compatible avec le caractère et l'intérêt de lieux avoisinants du site et du paysage. Il est de plus constant que d'autres immeubles collectifs y sont déjà implantés. La zone UB du PLU a au demeurant vocation à l'habitat sans priorité donnée au pavillonnaire. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que si le quartier accueille une majorité de pavillons, ces derniers ne présentent aucun intérêt architectural particulier. Enfin, la construction projetée est animée par un jeu de volumes permettant une intégration relativement discrète dans son environnement.

23 D'autre part, si les toitures végétalisées prévues au dossier ne sont pas totalement plates, elles sont en faibles pentes qui, en l'espèce, ne leur ôtent pas leur caractère de toiture terrasse. Par suite, elles entrent dans le champ de l'exception prévue par l'article UB 11 à la règle qu'il pose en matière de pente des toits des bâtiments principaux.

24. Il résulte de ce qui précède que c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le maire de la commune de Saône a considéré que le projet litigieux ne méconnaissait pas les dispositions précitées du PLU sur l'aspect extérieur des constructions.

Sur l'application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :

25. Aux termes de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé. ".

26. Un vice entachant le bien-fondé de l'autorisation d'urbanisme dont l'annulation est demandée est susceptible d'être régularisé, même si cette régularisation implique de revoir l'économie générale du projet en cause, dès lors que les règles d'urbanisme en vigueur à la date à laquelle le juge statue permettent une mesure de régularisation qui n'implique pas d'apporter à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.

27. Les vices tenant à la méconnaissance de l'article UB 6 du règlement du POS remis en vigueur, des articles R. 431-9 et R. 431-10 du code de l'urbanisme et des articles UB 4 et UB 10 du règlement du plan local d'urbanisme qui affectent la légalité du permis de construire contesté sont susceptibles de régularisation. Dans ces conditions, il y a lieu de surseoir à statuer jusqu'à l'expiration d'un délai de six mois à compter de la notification du présent arrêt, délai dans lequel il appartient au pétitionnaire et à l'autorité administrative de régulariser ces vices et d'en justifier devant la cour.

D E C I D E :

Article 1er : Il est sursis à statuer sur la requête présentée par Mme AH et autres, ainsi que sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, jusqu'à l'expiration d'un délai de six mois à compter de la notification du présent arrêt imparti à la commune de Saône et à la SCCV Le Clos Marie pour notifier à la cour et aux requérants un permis de construire régularisant les illégalités tenant à la méconnaissance des dispositions de l'article UB 6 du règlement du POS remis en vigueur, des articles R. 431-9 et R. 431-10 du code de l'urbanisme et des articles UB 4 et UB 10 du règlement du plan local d'urbanisme de Saône.

Article 2 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent arrêt sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à Mme N AH, représentante unique en application des dispositions de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, à la Société Civile Construction Vente Le Clos Marie et à la commune de Saône.

Délibéré après l'audience du 12 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Wurtz, président,

- Mme Bauer, présidente-assesseure,

- M. Berthou, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 décembre 2024.

Le rapporteur,

Signé : D. BERTHOULe président,

Signé : Ch. WURTZLe greffier,

Signé : F. LORRAIN La République mande et ordonne au préfet du Doubs en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier :

F. LORRAIN

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CAA75excès de pouvoir

Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997

Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

01/06/2026

CAA31excès de pouvoir

Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807

Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.

01/06/2026

CAA31excès de pouvoir

Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714

Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.

04/05/2026

CAA13excès de pouvoir

Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532

La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".

04/05/2026

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