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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-23NC02307

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-23NC02307

vendredi 27 octobre 2023

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-23NC02307
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Strasbourg d'annuler les arrêtés du 7 juin 2023 par lesquels le préfet de la Moselle, d'une part, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai et a prolongé l'interdiction de retour sur le territoire français prononcé à son encontre le 28 février 2022 pour une durée d'un an, et, d'autre part, l'a assigné à résidence dans le département de la Moselle pendant une durée de quarante-cinq jours en lui faisant obligation de ses présenter les jeudis au commissariat de police de Metz.

Par un jugement n° 2303975 du 20 juin 2023, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 17 juillet 2023, M. A, représenté par Me Blanvillain, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 20 juin 2023 ;

2°) d'annuler les arrêtés du 7 juin 2023

3°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de réexaminer sa situation administrative dans un délai déterminé, au besoin sous astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les arrêtés du 7 juin 2023 sont insuffisamment motivés ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen approfondi de sa situation personnelle ;

- l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français est entaché d'erreur de droit dès lors qu'il bénéficie d'un droit au séjour en Italie ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public ;

- il ne présente pas de risque de fuite ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée ;

- l'arrêté ordonnant son assignation à résidence est entaché d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il dispose de garanties de représentation ;

- les modalités de contrôle de la mesure d'assignation à résidence sont disproportionnées.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 août 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné Mme Kohler, présidente-assesseure, pour signer les ordonnances visées à l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant nigérian, est entré sur le territoire français, selon ses déclarations, en avril 2021 afin d'y solliciter la reconnaissance du statut de réfugié. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 26 juillet 2021. Sa première demande de réexamen de sa demande d'asile a été rejetée par décision de l'OFPRA du 26 octobre 2021, confirmée par la CNDA le 11 janvier 2022. Sa deuxième demande de réexamen a été rejetée par décision de l'OFPRA du 31 mai 2022. Par un arrêté du 28 février 2022, il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Par un arrêté du 7 juin 2023, le préfet de la Moselle l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prolongé l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre en février 2022 pour une durée d'un an et, par un arrêté du même jour, il l'a assigné à résidence dans le département de la Moselle pendant une durée de quarante-cinq jours et lui a fait obligation de se présenter les jeudis au commissariat de police de Metz. M. A fait appel du jugement du 20 juin 2023 par lequel la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces arrêtés.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

Sur l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français :

3. En premier lieu, il ressort des mentions de l'arrêté attaqué que le préfet de la Moselle, après avoir constaté le rejet de la demande d'asile présentée par M. A par l'OFPRA et le rejet de ses demandes de réexamen comme irrecevables par l'OFPRA et la CNDA, en conséquence, la fin de son droit au maintien sur le territoire, a rappelé la précédente mesure d'éloignement dont il a fait l'objet ainsi que son placement en garde à vue pour des faits de vol avec violences en réunion. Il a ensuite examiné l'ensemble de sa situation personnelle et familiale et a vérifié, au vu des éléments dont il avait connaissance, qu'aucune circonstance ne faisait obstacle à une mesure d'éloignement. S'agissant plus particulièrement de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, cet arrêté vise notamment les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne le fait qu'il ait déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement qu'il n'a pas exécutée, qu'il existe un risque qu'il se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français. S'agissant de la décision fixant le pays de destination, cet arrêté vise notamment l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, mentionne la nationalité du requérant et indique qu'il n'établit pas encourir des risques de traitement prohibé par ces stipulations en cas de retour dans son pays d'origine. Enfin, s'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, cet arrêté vise notamment l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et mentionne le fait qu'il s'est maintenu sur le territoire français au-delà du délai de départ volontaire qui lui avait été accordé, que son comportement représente une menace pour l'ordre public et qu'il ne justifie pas de liens intenses et stables sur le territoire français. Alors que le préfet n'est pas tenu de mentionner tous les éléments relatifs à la situation de l'étranger auquel il fait obligation de quitter le territoire français, cet arrêté comporte ainsi l'ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Cette motivation révèle également que le préfet de la Moselle a procédé à un examen particulier de la situation de M. A. Les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de cet arrêté et du défaut d'examen particulier de la situation de l'intéressé doivent, par suite, être écartés.

4. En deuxième lieu, la circonstance que M. A bénéficie d'un droit au séjour en Italie jusqu'au 15 avril 2031 n'a aucune incidence sur la légalité de l'arrêté contesté dès lors qu'elle ne lui confère un droit au séjour en France. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit commise par le préfet doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. Le requérant soutient que son droit au respect de sa vie privée et familiale en France faisait obstacle à ce que le préfet prononce une obligation de quitter le territoire français à son encontre. Il se prévaut de la durée de son séjour et du fait qu'il a transposé le centre de ses intérêts privés et familiaux en France. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. A ne résidait en France que depuis deux ans et deux mois à la date de la décision en litige et il ne démontre pas avoir en France des liens d'une ancienneté ou intensité particulières. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué ne peut être regardé comme portant à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

7. En quatrième lieu, l'obligation de quitter le territoire français en litige est fondée à la fois sur les dispositions du 4° et du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui prévoient respectivement qu'une obligation de quitter le territoire français peut être prononcée à l'encontre de l'étranger à qui la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé ou dont le comportement constitue une menace pour l'ordre public. A supposer même que le comportement de M. A ne représente pas une menace pour l'ordre public, alors d'ailleurs qu'il ressort des pièces du dossier qu'il a été placé en garde à vue le 6 juin 2023 pour des faits de " vol avec violences en réunion ", il n'est pas contesté que sa demande d'asile et ses demandes de réexamen ont été définitivement rejetées. Dans ces conditions, le préfet pouvait légalement prononcer une obligation de quitter le territoire français à son encontre.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; ".

9. Si l'intéressé soutient qu'il ne présente pas de risque de fuite dès lors qu'il a en sa possession une pièce d'identité italienne et dispose d'une adresse de domiciliation, et de son passeport, il ne conteste pas s'être soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement. Il entrait donc dans le champ d'application des dispositions du 5° de l'article L. 612-3 et le préfet pouvait donc légalement considérer qu'il présentait un risque de fuite pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire.

10. En sixième lieu, si l'intéressé soutient que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée dès lors qu'il a transposé le centre de ses intérêts personnels et familiaux en France, il résulte de ce qui a été dit au point 6 ci-dessus qu'il ne peut se prévaloir d'une vie privée et familiale en France. Par suite, ce moyen doit être écarté.

Sur l'arrêté portant assignation à résidence :

11. En premier lieu, il ressort des mentions de l'arrêté attaqué que le préfet de la Moselle, après avoir visé notamment l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne que M. A fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, qu'il ne peut quitter immédiatement le territoire français mais que son éloignement demeure une perspective raisonnable. Alors que le préfet n'est pas tenu de mentionner tous les éléments relatifs à la situation de l'étranger auquel il fait obligation de quitter le territoire français, cet arrêté comporte ainsi l'ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cet arrêté doit, par suite, être écarté.

12. En second lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Et aux termes de l'article R.733-1 du même code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside. ". Il appartient au préfet de déterminer les lieux dans lesquels l'étranger est astreint à résider ainsi que la périodicité des présentations de ce dernier aux services de police.

13. Si M. A soutient qu'il dispose de garanties de représentations suffisantes, cette circonstance est sans incidence sur la légalité d'une assignation à résidence prononcée sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de ce que le préfet aurait, de ce fait, commis une erreur manifeste d'appréciation doit, en conséquence, être écarté.

14. En troisième lieu, les modalités de contrôle de l'assignation à résidence de M. A qui résident dans l'obligation qui lui est faite de se présenter les jeudis au commissariat de police de Metz entre 15 heures et 17 heures et d'être présent à son domicile tous les jours entre 6 heures et 9 heures, qui restent limitées, ne sont pas disproportionnées par rapport aux buts en vue desquels elles ont été prises.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel présentée par M. A est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, dès lors de la rejeter, en toutes ses conclusions, selon la procédure prévue par les dispositions précitées du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à Me Blanvillain.

Copie en sera adressée au préfet de la Moselle.

Fait à Nancy, le 27 octobre 2023.

La magistrate désignée,

Signé : J. Kohler

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

A. Bailly

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