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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-23NC02322

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-23NC02322

vendredi 15 décembre 2023

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-23NC02322
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A C et Mme D B ont demandé au tribunal administratif de Strasbourg d'annuler les arrêtés du 25 avril 2023 par lesquels le préfet de la Moselle a retiré leurs attestations de demande d'asile, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel ils pourront, le cas échéant, être reconduits d'office à l'expiration de ce délai et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Par un jugement nos 2303470, 2303471 du 30 juin 2023, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Strasbourg a rejeté leurs demandes.

Procédure devant la cour :

I - Par une requête enregistrée le 18 juillet 2023, sous le n° 23NC02322, M. C, représenté par Me Issa, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 30 juin 2023 en ce qui le concerne ;

2°) d'annuler l'arrêté du 25 avril 2023 pris à son encontre ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ou à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été signée par une autorité incompétente ;

- elle a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu ;

- elle méconnaît l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination doit être annulée en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français n'a pas été précédée d'un examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de sa durée ;

- des circonstances humanitaires font obstacle à l'édiction d'une interdiction de retour sur le territoire français ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est disproportionnée ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est disproportionnée.

II - Par une requête enregistrée le 18 juillet 2023, sous le n° 23NC02323, Mme B, représentée par Me Issa, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 30 juin 2023 en ce qui la concerne ;

2°) d'annuler l'arrêté du 25 avril 2023 pris à son encontre ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ou à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soulève les mêmes moyens que son époux dans la requête n° 23NC02323.

M. C et Mme B ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par deux décisions du 7 août 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91- 647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné Mme Kohler, présidente-assesseure, pour signer les ordonnances visées à l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. C et Mme B, de nationalités kosovares et serbes, sont entrés sur le territoire français, selon leurs déclarations, le 17 novembre 2022 afin de solliciter la reconnaissance du statut de réfugié. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par deux décisions du 7 février 2023 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) statuant en procédure accélérée sur le fondement du 1° de l'article L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par des arrêtés du 25 avril 2023, le préfet de la Moselle a retiré leurs attestations de demande d'asile, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel ils pourront, le cas échéant, être reconduits d'office à l'expiration de ce délai et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par deux requêtes qu'il y a lieu de joindre, M. C et Mme B font appel du jugement du 30 juin 2023 par lequel la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Strasbourg a rejeté leurs demandes tendant à l'annulation de ces arrêtés.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

Sur l'arrêté contesté pris dans son ensemble :

3. Il ressort des mentions des arrêtés attaqués que le préfet de la Moselle, après avoir constaté le rejet des demandes d'asile présentées par M. C et Mme B par l'OFPRA statuant selon la procédure accélérée compte tenu de la nationalité des intéressés et la fin de leur droit au maintien sur le territoire en application du d) du 1° de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a examiné l'ensemble de leur situation personnelle et familiale et a vérifié, au vu des éléments dont il avait connaissance, qu'aucune circonstance ne faisait obstacle à une mesure d'éloignement. S'agissant plus particulièrement des décisions fixant le pays de destination, ces arrêtés visent l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, mentionnent les nationalités des requérants et indiquent qu'ils n'allèguent pas encourir des risques de traitement prohibé par ces stipulations en cas de retour dans leurs pays d'origine et que les décisions ne contreviennent pas à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. S'agissant enfin des décisions portant interdiction de retour, ces arrêtés visent notamment l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionnent les éléments relatifs à la durée de leur présence en France, à leurs liens sur le territoire français et dans leurs pays d'origine et à la menace que représente leurs présences en France sur l'ordre public dont il a été tenu compte pour fixer la durée de ces interdictions. Par suite, et alors que le préfet n'est pas tenu de mentionner tous les éléments relatifs à la situation de l'étranger auquel il fait obligation de quitter le territoire français, ces arrêtés comportent ainsi l'ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de ces arrêtés doivent, en conséquence, être écartés.

Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, M. C et Mme B reprennent en appel, sans apporter d'élément nouveau ni critiquer utilement les motifs de rejet qui leur ont été opposés en première instance, les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte, de la méconnaissance de leur droit à être entendu, de la méconnaissance de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la méconnaissance des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme. Il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus par la magistrate désignée aux points 5 à 10, 13 et 14 de son jugement.

5. En second lieu, M. C et Mme B invoquent la scolarisation de leurs enfants, leur état de santé et les attaches familiales qu'ils auraient en France, il ressort des pièces des dossiers qu'ils n'étaient présents en France à la date des arrêtés contestés que depuis six mois et que leurs demandes d'asile ont été rejetées. Ils ne démontrent pas avoir en France des attaches particulières et le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit dès lors être écarté.

Sur les décisions fixant le pays de destination :

6. En premier lieu, faute d'établir l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français M. C et Mme B ne sont pas fondés à soutenir que les décisions fixant le pays de destination devraient être annulées en conséquence de leur annulation.

7. En second lieu, M. C et Mme B reprennent en appel, sans apporter d'élément nouveau ni critiquer utilement les motifs de rejet qui leur ont été opposés en première instance, les moyens tirés de la méconnaissance des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme. Il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus par la magistrate désignée aux points 20 et 21 de son jugement.

Sur les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français :

8. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour (), l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

9. En premier lieu, il ressort de la motivation des arrêtés en litige, telle que rappelée au point 3 de la présente ordonnance, que le préfet a tenu compte des critères énoncés par les dispositions précitées des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il a procédé à l'examen particulier de leur situation personnelle pour prononcer une interdiction de retour à l'encontre de M. C et Mme B et en fixer la durée. Le moyen tiré du défaut d'examen doit, en conséquence être écarté.

10. En deuxième lieu, pour prononcer les interdictions de retour en litige, le préfet s'est fondé sur les dispositions de l'article L. 612-8 qui prévoient la possibilité de prendre de telles mesures à l'encontre de ressortissants étrangers qui ne se trouvent ni dans la situation visée à l'article L. 612-6, de l'étranger à qui aucun délai de départ volontaire n'a été accordé, ni dans celle visée à l'article L. 612-7, de l'étranger qui s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire qui lui a été accordé. Dans ces conditions, M. C et Mme B ne peuvent utilement invoquer la méconnaissance de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. En troisième lieu, les requérants sont entrés en France le 17 novembre 2022, soit depuis moins de six mois à la date des arrêtés attaqués et ne justifient pas de liens intenses et stables sur le territoire français. Dans ces conditions et alors, d'une part, que les risques qu'ils allèguent encourir dans leur pays d'origine ne sont pas établis et, d'autre part, qu'ils ne font valoir aucun élément de nature à être regardé comme des circonstances humanitaires faisant obstacle à l'édiction de décisions portant interdiction de retour sur le territoire français, le préfet pouvait légalement prononcer de telles interdictions à leur encontre pour une durée d'un an.

12. En quatrième lieu, la scolarisation de leurs enfants et leurs attaches sur le territoire, alors que la famille n'était présente en France que depuis six mois à la date des arrêtés en litige et que M. C et Mme B ne démontrent pas avoir en France des liens d'une ancienneté ou intensité particulières ne permettent pas de faire regarder les interdictions de retour prononcées à leur encontre comme portant une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

13. En cinquième et dernier lieu, la seule scolarisation des enfants en France alors qu'il n'est pas établi que cette scolarité ne pourrait se poursuivre dans un autre pays ne suffit pas à établir que les décisions contestées méconnaissent l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes d'appel présentées par M. C et Mme B sont manifestement dépourvues de fondement. Il y a lieu, dès lors de les rejeter, en toutes leurs conclusions, selon la procédure prévue par les dispositions précitées du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : Les requêtes de M. C et Mme B sont rejetées.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C, à Mme D B et à Me Issa.

Copie en sera adressée au préfet de la Moselle.

Fait à Nancy, le 15 décembre 2023.

La magistrate désignée,

Signé : J. Kohler

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

A. Bailly

Nos 23NC02322, 23NC02323

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