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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-23NC02713

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-23NC02713

vendredi 2 février 2024

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-23NC02713
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantDIAZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A B, M. F B et Mme E ont demandé au tribunal administratif de Besançon d'annuler les arrêtés du 20 juin 2023 par lesquels le préfet de la Haute-Saône a retiré leurs attestations de demande d'asile, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d'office à l'expiration de ce délai, a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et les a assignés à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Par un jugement nos 2301321,2301322,2301323 du 13 juillet 2023, le président du tribunal administratif de Besançon a rejeté leurs demandes.

Procédure devant la cour :

I - Par une requête enregistrée le 14 août 2023 sous le n° 23NC02713, Mme A B, représentée par Me Diaz, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 13 juillet 2023 en ce qui la concerne ;

2°) d'annuler l'arrêté du 20 juin 2023 pris à son encontre ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros HT à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée, ce qui révèle un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- le préfet a commis une erreur de fait en indiquant qu'elle avait sollicité l'asile le 29 décembre 2022 ;

- sa demande d'asile n'a pas été définitivement rejetée, en l'absence de décision de la Cour nationale du droit d'asile et elle ne pouvait donc pas faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français ;

- la mesure d'éloignement méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les décisions portant retrait de l'attestation de demande d'asile, interdiction de retour sur le territoire français et assignation à résidence doivent être annulées par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

II - Par une requête enregistrée le 14 août 2023 sous le n° 23NC02715, Mme C B, représentée par Me Diaz, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 13 juillet 2023 en ce qui la concerne ;

2°) d'annuler l'arrêté du 20 juin 2023 pris à son encontre ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros HT à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soulève les mêmes moyens que sa mère dans la requête n° 23NC02715.

III - Par une requête enregistrée le 14 août 2023 sous le n° 23NC02716, M. B, représenté par Me Diaz, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 13 juillet 2023 en ce qui le concerne ;

2°) d'annuler l'arrêté du 20 juin 2023 pris à son encontre ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros HT à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soulève les mêmes moyens que sa mère dans la requête n° 23NC02715.

Mmes et M. B ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par des décisions du 7 décembre 2023.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné Mme Kohler, présidente-assesseure, pour signer les ordonnances visées à l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mmes et M. B, ressortissants albanais, sont entrés en France le 16 novembre 2022 afin d'y solliciter la reconnaissance du statut de réfugié. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 30 mars 2023 statuant en procédure accélérée sur le fondement du 1° de l'article L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par des arrêtés du 20 juin 2023, le préfet de la Haute-Saône a retiré leurs attestations de demande d'asile, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d'office à l'expiration de ce délai, a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et les a assignés à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par trois requêtes qu'il y a lieu de joindre, Mmes et M. B font appel du jugement du 13 juillet 2023 par lequel le président du tribunal administratif de Besançon a rejeté leurs demandes tendant à l'annulation de ces arrêtés.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, il ressort des mentions des arrêtés en litige que le préfet de la Haute-Saône, après avoir constaté le rejet des demandes d'asile présentées par Mmes et M. B par l'OFPRA statuant en procédure accélérée compte tenu de la nationalité des intéressés, a examiné l'ensemble de leur situation personnelle et familiale et a vérifié, au vu des éléments dont il avait connaissance, qu'aucune circonstance ne faisait obstacle à des mesures d'éloignement fondées sur les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Alors que le préfet n'est pas tenu de mentionner tous les éléments relatifs à la situation de l'étranger auquel il fait obligation de quitter le territoire français, ces décisions comportent ainsi l'ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et sont ainsi suffisamment motivés. La motivation des décisions en litige révèle également que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation de Mmes et M. B. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et du défaut d'examen doivent être écartés.

4. En deuxième lieu, la circonstance que les requérants aient sollicité l'asile le 8 et non le 29 décembre 2022 est sans incidence sur la légalité des décisions contestées qui sont fondées sur la fin du droit au maintien des intéressés sur le territoire après le rejet de leurs demandes d'asile, par l'OFPRA statuant selon la procédure accélérée. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet se serait fondé sur des faits matériellement inexacts doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, () ". Aux termes de l'article L. 542-3 du même code : " Lorsque le droit au maintien sur le territoire français a pris fin dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 ou L. 542-2, l'attestation de demande d'asile peut être refusée, retirée ou son renouvellement refusé. () ". Par ailleurs l'article L. 542-2 du même code dispose que " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 ; () ". Aux termes de l'article L. 531-24 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée dans les cas suivants : 1° Le demandeur provient d'un pays considéré comme un pays d'origine sûr au sens de l'article L. 531-25 ; () ". Enfin, en vertu d'une décision du conseil d'administration de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides adoptée le 9 octobre 2015, l'Albanie est au nombre des pays d'origine sûrs.

6. En vertu de ces dispositions combinées, les requérants, ressortissants albanais dont les demandes d'asile ont été, ainsi qu'il ressort notamment du relevé " Telemofpra ", instruites selon la procédure accélérée, n'avaient plus de droit au maintien sur le territoire à compter de la décision du 30 mars 2023 de l'OFPRA, notifiées le 3 avril, rejetant ces demandes. Dans ces conditions, le préfet pouvait, le 20 juin 2023, quand bien même elles prévoyaient une date de validité ultérieure, abroger les attestations de demande d'asile dont Mmes et M. B étaient titulaires et obliger les requérants à quitter le territoire français, en application des dispositions du 4° de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors même qu'ils avaient introduit des recours contre ces décisions de l'OFPRA devant la Cour nationale du droit d'asile.

7. En quatrième lieu, Mmes et M. B ne peuvent utilement se prévaloir de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français qui n'ont pas, par elles-mêmes, pour objet de fixer le pays à destination duquel les intéressés pourront être éloignés. Ils n'apportent, en tout état de cause, aucune précision ni aucun élément de nature à établir la réalité des risques qu'ils allèguent encourir dans leur pays d'origine.

Sur les décisions portant retrait des attestations de demandes d'asile, interdiction de retour sur le territoire français et assignation à résidence :

8. En premier lieu, dès lors que les décisions portant retrait des attestations de demandes d'asile auraient pu légalement être prises en l'absence des décisions portant obligation de quitter le territoire français et qu'elles ne sont pas intervenues en raison de celles-ci, Mmes et M. B ne peuvent utilement soutenir que ces décisions devraient être annulées par voie de conséquence de l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français.

9. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 3 à 7 de la présente ordonnance, que le moyen tiré de ce que les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français et assignation à résidence devraient être annulées par voie de conséquence de l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes d'appel présentées par Mmes et M. B sont manifestement dépourvues de fondement. Il y a lieu, dès lors, de les rejeter en toutes leurs conclusions, selon la procédure prévue par les dispositions précitées du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : Les requêtes de Mmes et M. B sont rejetées.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D, à Mme C B, à M. F B et à Me Diaz.

Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Saône.

Fait à Nancy, le 2 février 2024.

La magistrate désignée,

Signé : J. Kohler

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

A. Heim

Nos 23NC02713,23NC02715,23NC02716

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