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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-23NC02846

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-23NC02846

vendredi 8 décembre 2023

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-23NC02846
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantHAMZA-SANCHEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A B et M. C B ont demandé au tribunal administratif de Strasbourg d'annuler les arrêtés du 26 juillet 2023 par lesquels la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin, d'une part, a ordonné leur transfert aux autorités allemandes responsables de l'examen de leurs demandes d'asile et, d'autre part, les a assignés à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Par un jugement nos 2305592,2305593 du 16 août 2023, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Strasbourg a rejeté leurs demandes.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 7 septembre 2023, M. et Mme B, représentés par Me Hamza-Sanchez, demandent à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 16 août 2023 ;

2°) d'annuler les arrêtés du 26 juillet 2023 ;

3°) d'enjoindre à l'administration d'enregistrer leurs demandes d'asile à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 155 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à leur conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Ils soutiennent que :

- les arrêtés ordonnant leur transfert aux autorités allemandes méconnaissent les articles 4 et 5 du règlement (UE) n° 604/2013 ;

- la préfète aurait dû faire application de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 ;

- les arrêtés portant assignation à résidence sont illégaux en raison de l'illégalité des arrêtés ordonnant leur transfert aux autorités allemandes.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 septembre 2023.[KJ1]

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné Mme Kohler, présidente-assesseure, pour signer les ordonnances visées à l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme B, ressortissants arméniens, sont entrés sur le territoire français, selon leurs déclarations, le 12 mai 2023 afin d'y solliciter la reconnaissance du statut de réfugié. La consultation du fichier " Eurodac " a révélé qu'ils avaient préalablement sollicité l'asile auprès des autorités allemandes. Ces autorités, saisies le 30 mai 2023 d'une demande de reprise en charge des intéressés, ont fait connaître explicitement leur accord le 2 juin 2023. Par des arrêtés du 26 juillet 2023, la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin, d'une part, a ordonné leur transfert aux autorités allemandes, responsables de l'examen de leurs demandes d'asile et, d'autre part, les a assignés à résidence dans le département de la Moselle pendant une durée de quarante-cinq jours. M. et Mme B font appel du jugement du 16 août 2023 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Strasbourg a rejeté leurs demandes tendant à l'annulation de ces arrêtés.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

Sur les arrêtés ordonnant le transfert aux autorités allemandes :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite () dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment : / a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d'une autre demande dans un État membre différent ainsi que des conséquences du passage d'un État membre à un autre pendant les phases au cours desquelles l'État membre responsable en vertu du présent règlement est déterminé et la demande de protection internationale est examinée ; / b) des critères de détermination de l'État membre responsable, de la hiérarchie de ces critères au cours des différentes étapes de la procédure et de leur durée, y compris du fait qu'une demande de protection internationale introduite dans un État membre peut mener à la désignation de cet État membre comme responsable en vertu du présent règlement même si cette responsabilité n'est pas fondée sur ces critères ; / c) de l'entretien individuel en vertu de l'article 5 et de la possibilité de fournir des informations sur la présence de membres de la famille, de proches ou de tout autre parent dans les États membres, y compris des moyens par lesquels le demandeur peut fournir ces informations ; / d) de la possibilité de contester une décision de transfert et, le cas échéant, de demander une suspension du transfert ; / e) du fait que les autorités compétentes des États membres peuvent échanger des données le concernant aux seules fins d'exécuter leurs obligations découlant du présent règlement ; / f) de l'existence du droit d'accès aux données le concernant et du droit de demander que ces données soient rectifiées () / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3 () / 3. La Commission rédige, au moyen d'actes d'exécution, une brochure commune () contenant au minimum les informations visées au paragraphe 1 du présent article. Cette brochure commune comprend également des informations relatives à l'application du règlement (UE) n° 603/2013 et, en particulier, à la finalité pour laquelle les données relatives à un demandeur peuvent être traitées dans Eurodac. La brochure commune est réalisée de telle manière que les États membres puissent y ajouter des informations spécifiques aux États membres ".

4. Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et, en tout cas, avant la décision par laquelle l'autorité administrative décide de refuser l'admission provisoire au séjour de l'intéressé au motif que la France n'est pas responsable de sa demande d'asile, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. Eu égard à la nature desdites informations, la remise par l'autorité administrative de la brochure prévue par les dispositions précitées constitue pour le demandeur d'asile une garantie.

5. Il ressort des pièces du dossier que les services de la préfecture de la Moselle ont remis à M. et Mme B le guide du demandeur d'asile, ainsi que la brochure A intitulée " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de ma demande d'asile " et la brochure B intitulée " Je suis sous procédure Dublin - Qu'est-ce-que cela signifie ' " le 24 mai 2023, documents rédigés en langue arménienne que les intéressés ont déclaré comprendre et non en langue française comme ils le soutiennent. Ces brochures comportent l'ensemble des éléments d'information énumérés par les dispositions précitées de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 et M. et Mme B, ont signé la première page de ces brochures attestant ainsi qu'ils avaient bien reçu ces documents en langue arménienne. Par suite, les intéressés ne sont pas fondés à soutenir que la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin, n'aurait pas respecté l'obligation d'information prévue à l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 précité.

6. En deuxième lieu, M. et Mme B reprennent en appel, sans apporter d'élément nouveau ni critiquer utilement les motifs de rejet qui leur ont été opposés en première instance, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 et de ce que la préfète aurait dû faire application de l'article 17 du même règlement. Il y a lieu d'écarter ces moyens par adoption des motifs retenus par le magistrat désigné aux points 5 et 7 de son jugement.

Sur les arrêtés portant assignation à résidence :

7. Faute d'établir l'illégalité des arrêtés ordonnant leur transfert aux autorités allemandes, M. et Mme B ne sont pas fondés à invoquer une telle illégalité, par voie d'exception, pour contester les arrêtés portant assignation à résidence.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel présentée par M. et Mme B est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, dès lors, de la rejeter en toutes ses conclusions, selon la procédure prévue par les dispositions précitées du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B, à Mme A B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Hamza-Sanchez.

Copie en sera adressée à la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin.

Fait à Nancy, le 8 décembre 2023.

La magistrate désignée,

Signé : J. Kohler

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

A. Bailly

[KJ1]Il faudrait s'assurer qu'il n'y a bien qu'une seule décision d'AJ pour Mme

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