vendredi 3 mai 2024
| Juridiction | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| Section | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| N° Dossier | CAA54-23NC03079 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Avocat requérant | MAINNEVRET - MALBLANC |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. D A et Mme C E B ont demandé au tribunal administratif de Châlons-en-Champagne, par deux recours distincts, d'annuler les arrêtés du 1er septembre 2023 par lesquels la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin, d'une part, a ordonné leur transfert aux autorités portugaises responsables de l'examen de leur demande d'asile et, d'autre part, les a assignés à résidence dans le département de la Marne pour une durée de quarante-cinq jours.
Par un jugement nos 2302112, 2302113 du 22 septembre 2023, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a annulé les arrêtés portant transfert aux autorités portugaises, enjoint la préfète du Bas-Rhin, ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence du requérant, de statuer à nouveau sur la situation de M. A et Mme B, mis à leur charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des frais d'instance et rejeté le surplus des conclusions des demandes.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 11 octobre 2023, la préfète de la région Grand Est, préfète du Bas-Rhin, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du 22 septembre 2023 ;
2°) de rejeter les demandes présentées par M. A et Mme B devant le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne.
Elle soutient que c'est à tort que le tribunal a considéré qu'elle a commis une erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage de la clause de souveraineté prévue à l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 janvier 2024, M. A et Mme B, représentés par Me Malblanc, concluent au non-lieu et demandent à la cour de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à leur conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, par un courrier du 5 avril 2024, de ce que la décision à intervenir était susceptible d'être fondée sur un moyen relevé d'office tiré de ce que les conclusions à fin d'annulation de la décision de transfert ont perdu leur objet, cette décision ne pouvant plus être légalement exécutée compte tenu de l'expiration du délai de transfert prévu à l'article 29 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné Mme Samson-Dye, présidente-assesseure, pour signer les ordonnances visées à l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A et Mme B, ressortissants angolais, sont entrés en France le 2 mars 2023 afin d'y solliciter la reconnaissance du statut de réfugié. La consultation du fichier " Vis " a révélé que les intéressés étaient en possession d'un visa délivré par les autorités portugaises en cours de validité au moment du dépôt de leur demande d'asile. Le 3 avril 2023, la France a saisi ces autorités de deux demandes de prise en charge qu'elles ont acceptées le 16 mai 2023. Par des arrêtés du 4 août 2023, la préfète du Bas-Rhin, a ordonné leur transfert aux autorités portugaises responsables de l'examen de leur demande d'asile. M. A et Mme B ont saisi le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne qui, par un jugement du 30 août 2023, a annulé ces arrêtés. Par des arrêtés du 1er septembre 2023, la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin, d'une part, a ordonné leur transfert aux autorités portugaises responsables de l'examen de leur demande d'asile et, d'autre part, les a assignés à résidence dans le département de la Marne pour une durée de quarante-cinq jours. La préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin fait appel du jugement du 22 septembre 2023 par lequel la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a annulé les arrêtés de transfert.
2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les magistrats ayant une ancienneté minimale de deux ans et ayant atteint au moins le grade de premier conseiller désignés à cet effet par le président de leur juridiction peuvent, par ordonnance : 3° Constater qu'il n'y a pas lieu de statuer sur une requête ; () 5° Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 ou la charge des dépens ; () les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".
3. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 29 du règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, le transfert du demandeur vers l'Etat membre responsable de l'examen de sa demande d'asile doit s'effectuer " dès qu'il est matériellement possible et, au plus tard, dans un délai de six mois à compter de l'acceptation par un autre Etat membre de la requête aux fins de la prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée ou de la décision définitive sur le recours ou la révision lorsque l'effet suspensif est accordé conformément à l'article 27, paragraphe 3 ". Aux termes du paragraphe 2 du même article : " Si le transfert n'est pas exécuté dans le délai de six mois, l'Etat membre responsable est libéré de son obligation de prendre en charge ou de reprendre en charge la personne concernée et la responsabilité est alors transférée à l'Etat membre requérant. Ce délai peut être porté à un an au maximum s'il n'a pas pu être procédé au transfert en raison d'un emprisonnement de la personne concernée ou à dix-huit mois au maximum si la personne concernée prend la fuite ".
4. Le premier alinéa de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen ". Aux termes de l'article L. 572-4 du même code : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision de transfert mentionnée à l'article L. 572-1 peut, dans les conditions et délais prévus à la présente section, en demander l'annulation au président du tribunal administratif. () ". Aux termes de l'article L. 572-2 du même code : " () Lorsque le tribunal administratif a été saisi d'un recours contre la décision de transfert, celle-ci ne peut faire l'objet d'une exécution d'office avant qu'il ait été statué sur ce recours ".
5. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que l'introduction d'un recours devant le tribunal administratif contre la décision de transfert a pour effet d'interrompre le délai de six mois fixé à l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013, qui courait à compter de l'acceptation du transfert par l'Etat requis, délai qui recommence à courir intégralement à compter de la date de notification à l'autorité administrative du jugement du tribunal administratif statuant au principal sur cette demande, quel que soit le sens de sa décision. Ni un appel ni le sursis à exécution du jugement accordé par le juge d'appel sur une demande présentée en application de l'article R. 811-15 du code de justice administrative n'ont pour effet d'interrompre ce nouveau délai. Son expiration a pour conséquence qu'en application des dispositions du paragraphe 2 de l'article 29 du règlement précité, l'Etat requérant devient responsable de l'examen de la demande de protection internationale.
6. Il ressort des pièces du dossier que les arrêtés du 4 août 2023 par lesquels la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin, a ordonné le transfert de M. A et Mme B aux autorités portugaises sont intervenus moins de six mois après la décision par laquelle ces autorités ont donné leur accord pour leur reprise en charge, soit dans le délai d'exécution du transfert fixé par l'article 29 du règlement du 26 juin 2013. Toutefois, ce délai a été interrompu par l'introduction par M. A et Mme B des recours qu'ils ont présentés devant le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne contre ces décisions sur le fondement de l'article L. 572-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Un nouveau délai de six mois a commencé à courir à compter de la notification le 30 août 2023, à la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin, du jugement du 30 août 2023 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a annulé ces arrêtés. A supposer même que le délai de transfert de six mois ait à nouveau été interrompu par l'introduction des recours présentés contre les arrêtés du 1er septembre 2023 et qu'il ait recommencé à courir intégralement à la suite de la notification, le 25 septembre 2023, du jugement du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne du 22 septembre 2023, ce délai est désormais expiré. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète aurait décidé de porter à un an ou dix-huit mois le délai de transfert au motif d'un emprisonnement des intéressés ou au motif que ceux-ci auraient pris la fuite. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que les décisions de transfert auraient été exécutées au cours de ce délai. Par suite, postérieurement à l'introduction de l'appel des requérants, le Portugal a été libéré, en application des dispositions du paragraphe 2 de l'article 29 du règlement n° 604/2013, de son obligation de reprendre en charge M. A et Mme B et la responsabilité de l'examen des demandes d'asile de ces derniers a été transférée, à cette date, à la France. Les décisions de transfert étant devenues caduques et ne pouvant plus être légalement exécutées, les conclusions de la requête de la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin aux fins d'annulation du jugement 22 septembre 2023 sont devenues sans objet. Il n'y a, dès lors, pas lieu d'y statuer.
7. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par M. A et Mme B sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
ORDONNE :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin.
Article 2 : Les conclusions présentées par M. A et Mme B sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D A, à Mme C E B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Malblanc.
Copie en sera adressée pour information à la préfète de la région Grand-Est, préfète du Bas-Rhin.
Fait à Nancy, le 3 mai 2024.
La magistrate désignée,
Signé : A. Samson-Dye
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière,
A. Heim
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026