vendredi 8 décembre 2023
| Juridiction | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| Section | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| N° Dossier | CAA54-23NC03125 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme G D et M. F D ont demandé au tribunal administratif de Nancy d'annuler les arrêtés du 22 juin 2023 en tant que, par ces arrêtés, le préfet de Meurthe-et-Moselle les a obligés à quitter le territoire français sans délai et les a assignés à résidence dans le département de Meurthe-et-Moselle pendant une durée de quarante-cinq jours.
Par un jugement nos 2301908 - 2301909 du 3 juillet 2023, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Nancy a rejeté leurs demandes.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 18 octobre 2023, M. et Mme D, représentés par Me Lévi-Cyferman, demandent à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du 3 juillet 2023 ;
2°) d'annuler les arrêtés du 22 juin 2023 portant obligation de quitter le territoire français ;
3°) d'enjoindre au préfet de Meurthe-et-Moselle de leur délivrer un titre de séjour avec autorisation de travail ou, à titre subsidiaire, de réexaminer leur situation administrative et de leur délivrer pendant cet examen une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à leur conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Ils soutiennent que :
Sur la régularité du jugement :
- il est rédigé de manière stéréotypée ;
Sur la légalité des arrêtés contestés :
- les décisions portant obligation de quitter le territoire français en litige sont insuffisamment motivées ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen approfondi de leur situation personnelle ;
- les décisions en litige ont été signées par une autorité incompétente ;
- elles ont été prises sans que soit respectée la procédure contradictoire prévue par l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elles méconnaissent l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- ils ont demandé un titre de séjour au regard de l'état de santé de M. D.
M. et Mme D ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné Mme Kohler, présidente-assesseure, pour signer les ordonnances visées à l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D et son fils, M. D, ressortissants géorgiens, sont entrés sur le territoire français, selon leurs déclarations, le 14 juillet 2016 afin d'y solliciter la reconnaissance du statut de réfugié. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par deux décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 7 juillet 2017, confirmées par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 26 juin 2018. Le 13 novembre 2017, M. D a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé. Par des arrêtés des 19 septembre 2018, sa demande de titre de séjour a été rejetée et M. et Mme D ont fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Ils ont ensuite sollicité le réexamen de leur demande d'asile, demande qui a été rejetée par des décisions de l'OFPRA du 26 mars 2019, confirmées par la CNDA le 22 octobre 2019. M. D a de nouveau sollicité la délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé. Par un arrêté du 27 juillet 2022, sa demande a été rejetée et il a fait l'objet d'une nouvelle obligation de quitter le territoire français. Par des arrêtés du 22 juin 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle a obligé M. et Mme D à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d'office et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et, par arrêtés du même jour, il les a assignés à résidence dans le département de Meurthe-et-Moselle pendant une durée de quarante-cinq jours et leur a fait obligation de se présenter les mardis et jeudis à l'hôtel de police de Toul. M. et Mme D font appel du jugement du 3 juillet 2023 par lequel la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Nancy a rejeté leurs demandes tendant à l'annulation de ces derniers arrêtés en tant qu'ils leur faisaient obligation de quitter le territoire français et prononçaient leur assignation à résidence.
2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".
Sur la régularité du jugement :
3. Il ressort des termes mêmes du jugement attaqué que la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Nancy a répondu, avec une motivation suffisante et qui n'est pas stéréotypée, à l'ensemble des moyens soulevés par les requérants. Par suite, les requérants ne sont fondés à soutenir que le jugement serait, pour ce motif, entaché d'irrégularité.
Sur la légalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français du 22 juin 2023 :
4. En premier lieu, il ressort des mentions des arrêtés attaqués que le préfet de Meurthe-et-Moselle, après avoir constaté le rejet des demandes d'asile de M. et Mme D et de leurs demandes de réexamen ainsi que le rejet de leurs précédentes demandes de titre de séjour, a examiné l'ensemble de leur situation personnelle et familiale et a vérifié, au vu des éléments dont il avait connaissance, qu'aucune circonstance ne faisait obstacle à une mesure d'éloignement. Par suite, et alors que le préfet n'est pas tenu de mentionner tous les éléments relatifs à la situation de l'étranger auquel il fait obligation de quitter le territoire français, ces décisions comportent ainsi l'ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et sont ainsi suffisamment motivées. Cette motivation révèle également que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation de M. et Mme D. Les moyens tirés de l'insuffisante motivation de ces arrêtés et du défaut d'examen particulier de la situation des intéressés doivent, en conséquence, être écartés.
5. En deuxième lieu, il résulte des dispositions du livre VI et VII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions de transfert. Dès lors, la procédure contradictoire préalable prévue par les dispositions des articles L. 121-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration n'est pas applicable aux décisions portant obligation de quitter le territoire français. Dans ces conditions, M. et Mme D ne peuvent utilement invoquer la méconnaissance de ces dispositions.
6. En troisième lieu, par un arrêté du 24 mai 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 25 mai 2023, le préfet de Meurthe-et-Moselle a donné délégation à Mme C B, directrice adjointe de l'immigration et de l'intégration, en cas d'absence de Mme E A, directrice de l'immigration et de l'intégration, à l'effet de signer les arrêtés relatifs aux attributions de l'Etat dans le département, notamment en matière d'immigration et d'intégration. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige doit, dès lors, être écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Par ailleurs, le préfet ne peut légalement obliger un étranger à quitter le territoire français si celui-ci réunit les conditions d'attribution de plein droit d'un titre de séjour. aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine ".
8. M. et Mme D soutiennent que leur vie privée et familiale en France faisait obstacle à des mesures d'éloignement. Ils se prévalent de leur intégration, de la durée de leur séjour et de leur liens personnels et amicaux. Il ressort toutefois des pièces du dossier que s'ils sont présents sur le territoire français depuis le 14 juillet 2016, cette durée s'explique en partie par leur maintien irrégulier après des précédentes mesures d'éloignement qu'ils n'ont pas exécutées. Par ailleurs, s'ils se prévalent de la présence en France de la fille de Mme D en situation régulière, ils n'apportent aucun élément permettant de l'établir. Enfin, ils ne démontrent pas avoir en France des liens d'une ancienneté ou intensité particulières. Dans ces conditions, les mesures d'éloignement en litige ne peuvent être regardées comme portant au droit au respect de la vie privée et familiale des intéressés une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elles ont été prises. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent, par suite, être écartés.
9. En cinquième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".
10. Les requérants soutiennent que l'état de santé de M. D fait l'objet d'une prise en charge médicale dont il ne pourrait bénéficier dans son pays d'origine. S'ils produisent à cet égard des certificats médicaux, qui font état de troubles du comportement liés à une décompensation du trouble schizophrénique, ces documents ne permettent cependant pas d'établir qu'il ne pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié en Géorgie, son pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen tiré ce que son état de santé faisait obstacle à son éloignement doit être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel présentée par M. et Mme D est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, dès lors, de la rejeter en toutes ses conclusions, selon la procédure prévue par les dispositions précitées du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. et Mme D sont rejetées.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. F D et Mme G D et à Me Lévi-Cyferman.
Copie en sera adressée au préfet de Meurthe-et-Moselle.
Fait à Nancy, le 8 décembre 2023.
La magistrate désignée,
Signé : J. Kohler
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière,
A. Heim
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026