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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-23NC03153

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-23NC03153

vendredi 15 décembre 2023

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-23NC03153
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B et Mme C B, ont demandé au tribunal administratif de Châlons-en-Champagne d'annuler les arrêtés du 17 mai 2023 par lesquels la préfète de l'Aube a refusé de leur délivrer un titre de séjour, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits à l'expiration de ce délai.

Par un jugement nos 2301382, 2301383 du 29 septembre 2023, le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté leurs demandes.

Procédure devant la cour :

I - Par une requête enregistrée le 20 octobre 2023, sous le n°23NC03153, M. B, représenté par Me Ivanovic, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 29 septembre 2023 en ce qui le concerne ;

2°) d'annuler l'arrêté du 17 mai 2023 pris à son encontre ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Aube de lui délivrer un titre de séjour temporaire dans un délai de trente jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat de la somme de 1 000 euros, à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté en litige est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

II - Par une requête enregistrée le 20 octobre 2023, sous le n° 23NC03154, Mme B, représentée par Me Ivanovic, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 29 septembre 2023 en ce qui la concerne ;

2°) d'annuler l'arrêté du 17 mai 2023 pris à son encontre ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Aube de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trente jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat de la somme de 1 000 euros, à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soulève les mêmes moyens que son époux dans la requête n° 23NC03153.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91- 647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné Mme Kohler, présidente-assesseure, pour signer les ordonnances visées à l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme B, ressortissants serbes, sont entrés sur le territoire français selon leurs déclarations le 22 mars 2016 sous couvert d'un titre de séjour italien de longue durée. Après une première mesure d'éloignement prononcée à l'encontre de M. B en 2016 et des refus de titre de séjour en 2019, M. et Mme B ont, une nouvelle fois, sollicité la délivrance d'un titre de séjour en juillet 2022. Par deux arrêtés du 17 mai 2023, la préfète de l'Aube a refusé de leur délivrer un titre de séjour, les obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d'office à l'expiration de ce délai. Par deux requêtes qu'il y a lieu de joindre, M. et Mme B font appel du jugement du 29 septembre 2023 par lequel le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a rejeté leurs demandes tendant à l'annulation de ces arrêtés.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

3. En premier lieu, il ressort des mentions des arrêtés en litige que la préfète de l'Aube, après avoir visé les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a rappelé le parcours personnel et administratif des intéressés en indiquant notamment qu'ils ne justifient pas d'une présence habituelle en France et qu'ils disposent des titres de séjour italiens puis a examiné leurs demandes d'admission au séjour au regard de l'état de santé de M. B et au regard de leur vie privée et familiale en France. Elle a ensuite vérifié, au vu des éléments dont elle avait connaissance, qu'aucune circonstance ne faisait obstacle à une mesure d'éloignement. En tout état de cause, dès lors qu'elles ont été prises concomitamment aux décisions de refus de titre de séjour qui sont ainsi suffisamment motivée, les décisions par lesquelles la préfète a obligé M. et Mme B à quitter le territoire français, prise sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'avaient pas à faire l'objet d'une motivation distincte. S'agissant des décisions fixant le pays de destination, ces arrêtés visent notamment l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, mentionnent la nationalité des requérants et indiquent qu'ils n'établissent pas encourir des risques de traitement prohibé par ces stipulations en cas de retour en Serbie ou en Italie. Les arrêtés en litige comportent ainsi la mention, non stéréotypée, de l'ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et sont ainsi suffisamment motivés.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ".

5. En se bornant à soutenir qu'ils travaillent et vivent en France depuis de nombreuses années et que le préfet peut accorder, au cas par cas, des titres de séjour sur des critères plus favorables que les critères légaux, M. et Mme B n'établissent pas que la préfète à commis une erreur manifeste dans l'appréciation de leur situation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Les requérants se prévalent de la durée de leur séjour en France, de la présence régulière des membres de leur famille et de leur activité professionnelle. Ils soutiennent ne plus avoir de liens dans leur pays d'origine, la Serbie. Toutefois, il ressort des pièces des dossiers que si les intéressés sont entrés sur le territoire français le 22 mars 2016, ils n'apportent aucun élément permettant d'établir leur présence continue en France à partir de cette période. Par ailleurs, s'ils produisent une fiche de paie et un certificat du travail du 9 septembre 2015 au nom de M. B et une fiche de paie pour la période du 5 mars 2020 au 27 mars 2020 au nom de Mme B, ces éléments ne permettent pas d'établir que les requérants travaillent de manière habituelle sur le territoire national. Enfin, les décisions en litige n'ont ni pour objet ni pour effet de priver M. et B du droit d'entretenir des relations avec les membres de leur famille, ni de les séparer durablement, dès lors qu'elles ne sont pas assorties d'une mesure interdisant aux requérants de revenir sur le territoire français, alors que les intéressés bénéficient de titres de séjour italiens de longue durée. Dans ces conditions, n'établissant pas avoir tissé en France des liens particulièrement intenses et stables, en dehors des membres de leur famille, les arrêtés en litige ne peuvent être regardés comme portant à leur droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels les décisions contestées ont été prises. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes d'appel présentées par M. et Mme B sont manifestement dépourvues de fondement. Il y a lieu, dès lors de les rejeter, en toutes leurs conclusions, selon la procédure prévue par les dispositions précitées du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : Les requêtes de M. et Mme B sont rejetées.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à Mme C B.

Copie en sera adressée à la préfète de l'Aube.

Fait à Nancy, le 15 décembre 2023.

La magistrate désignée,

Signé : J. Kohler

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

A. Bailly

Nos 23NC03153, 23NC03154

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