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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-23NC03327

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-23NC03327

vendredi 3 mai 2024

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-23NC03327
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. D A a demandé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise d'annuler l'arrêté du 17 août 2023 par lequel le préfet de la Meuse l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois et l'a assigné à résidence dans le département de la Meuse pour une durée de six mois.

Par une ordonnance n° 2310972 du 4 septembre 2023, le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, transmis au tribunal administratif de Nancy le dossier de la requête présentée par M. A.

Par un jugement n° 2302637 du 10 octobre 2023, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Nancy, d'une part, a renvoyé les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant assignation à résidence pour une durée de six mois et les conclusions accessoires correspondantes à une formation collégiale et d'autre part, a rejeté sa demande tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français.

Par un jugement n° 2302637 du 23 janvier 2024, le tribunal administratif de Nancy a rejeté sa demande tendant à l'annulation de la décision portant assignation à résidence.

Procédure devant la cour :

I - Par une requête enregistrée le 13 novembre 2023, sous le n° 23NC03327, M A, représenté par Me Boudjellal, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 10 octobre 2023 ;

2°) d'annuler les décisions du 17 août 2023 portant obligation de quitter le territoire français, refus de délai de départ volontaire et portant interdiction de retour sur le territoire français ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Meuse de réexaminer sa situation et de lui délivrer pendant cet examen une autorisation de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat de la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le tribunal de Nancy n'était pas territorialement compétent pour statuer sur sa requête dès lors qu'il était domicilié dans le département des Hauts-de-Seine ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu ;

- elle méconnaît l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant interdiction de retour méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il justifie de circonstances humanitaires ;

- le risque de soustraction n'est nullement caractérisé ;

II - Par une requête enregistrée le 22 mars 2024, sous le n° 24NC00727, M. A, représenté par Me Boudjellal, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement du 23 janvier 2024 et de renvoyer l'affaire devant le tribunal administratif de Cergy-Pontoise ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que le tribunal de Nancy n'était pas territorialement compétent pour statuer sur sa requête dès lors qu'il était domicilié dans le département des Hauts-de-Seine.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91- 647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné Mme Samson-Dye, présidente-assesseure, pour signer les ordonnances visées à l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien, est entré sur le territoire français selon ses déclarations le 1er janvier 2021 afin de solliciter la reconnaissance du statut de réfugié. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 15 septembre 2021 qui n'a pas été contestée. Il a fait l'objet en 2021 d'une obligation de quitter le territoire français à laquelle il n'a pas déféré. Le 17 août 2023, M. A a été placé en retenue administrative aux fins de vérification de son droit au séjour sur le territoire. Par un arrêté du 17 août 2023, le préfet de la Meuse l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois et l'a assigné à résidence pour une durée de six mois dans le département de la Meuse. Par deux requêtes qu'il y a lieu de joindre, M. A relève appel, d'une part, du jugement du 10 octobre 2023 par lequel la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Nancy a rejeté ses conclusions tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français sans délai, de la décision fixant le pays de renvoi et de l'interdiction de retour et, d'autre part, du jugement du 23 janvier 2024 par lequel la formation collégiale de ce tribunal a rejeté sa demande tendant à l'annulation de la décision portant assignation à résidence.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

Sur la compétence territoriale du tribunal administratif de Nancy :

3. Aux termes de l'article R. 312-2 du code de justice administrative : " Sauf en matière de marchés, contrats ou concessions, la compétence territoriale ne peut faire l'objet de dérogations, même par voie d'élection de domicile ou d'accords entre les parties. / Lorsqu'il n'a pas été fait application de la procédure de renvoi prévue à l'article R. 351-3 et que le moyen tiré de l'incompétence territoriale du tribunal administratif n'a pas été invoqué par les parties avant la clôture de l'instruction de première instance, ce moyen ne peut plus être ultérieurement soulevé par les parties ou relevé d'office par le juge d'appel ou de cassation ". Aux termes de l'article R. 312-8 du même code : " Les litiges relatifs aux décisions individuelles prises à l'encontre de personnes par les autorités administratives dans l'exercice de leurs pouvoirs de police relèvent de la compétence du tribunal administratif du lieu de résidence des personnes faisant l'objet des décisions attaquées à la date desdites décisions. () ".

4. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, notamment de l'attestation d'hébergement établie le 17 août 2023 par son employeur, qu'à la date la décision en litige, M. A était hébergé au 34 rue de la libération, 55840 Thierville-sur-Meuse dans le département de la Meuse. Ainsi, il ressort de l'arrêté en litige qu'il a été assigné à résidence d'une durée de six mois dans ce même département. En outre, il ressort des mentions de son contrat du travail daté du 1er avril 2023, produit à hauteur d'appel, que l'intéressé devait exercer ses fonctions dans la région Grand-Est. Dans ces conditions, à la date de l'arrêté attaqué, M. A résidait dans le département de la Meuse et le tribunal administratif de Nancy était ainsi territorialement compétent pour statuer sur sa demande. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence territoriale du tribunal administratif de Nancy doit être écarté.

Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour :

5. En premier lieu, le droit d'être entendu, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Ce droit ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

6. Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, que toute irrégularité dans l'exercice des droits de la défense lors d'une procédure administrative concernant un ressortissant d'un pays tiers en vue de son éloignement ne saurait constituer une violation de ces droits et, en conséquence, que tout manquement, notamment, au droit d'être entendu n'est pas de nature à entacher systématiquement d'illégalité la décision prise. Il revient à l'intéressé d'établir devant le juge chargé d'apprécier la légalité de cette décision que les éléments qu'il n'a pas pu présenter à l'administration auraient pu influer sur le sens de cette décision et il appartient au juge saisi d'une telle demande de vérifier, lorsqu'il estime être en présence d'une irrégularité affectant le droit d'être entendu, si, eu égard à l'ensemble des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, cette violation a effectivement privé celui qui l'invoque de la possibilité de mieux faire valoir sa défense dans une mesure telle que cette procédure administrative aurait pu aboutir à un résultat différent.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été invité à présenter ses observations sur l'éventualité d'une mesure d'éloignement par l'intermédiaire d'un formulaire qu'il a signé le 17 août 2023 et sur lequel il a notamment déclaré par écrit " j'accepte la mesure ". S'il soutient qu'il a été privé de la possibilité de mentionner l'absence de notification de la décision de l'OFPRA et sa situation personnelle, il résulte des termes mêmes de l'arrêté attaqué que ces éléments ont été pris en compte par le préfet. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Par ailleurs, le préfet ne peut légalement obliger un étranger à quitter le territoire français si celui-ci réunit les conditions d'attribution de plein droit d'un titre de séjour. Aux termes du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention 'vie privée et familiale" est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ".

9. M. A soutient que son droit au respect de sa vie privée et familiale en France faisait obstacle à ce que le préfet prononce une obligation de quitter le territoire français à son encontre. Il se prévaut de son insertion professionnelle et de la présence en France de son frère et de sa famille. Toutefois, ces éléments, à eux seuls, ne suffisent pas à démontrer qu'il a en France, où il ne résidait, selon ses déclarations, que depuis un peu plus de deux ans à la date de la décision attaquée, des liens d'une ancienneté, d'une stabilité ou d'une intensité particulière. Par ailleurs, il se déclare célibataire et sans enfant à charge. Dans ces conditions, la décision en litige ne peut être regardée comme portant à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.

10. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

11. En cinquième lieu, en soutenant que le risque de soustraction n'est pas établi, M. A doit être regardé comme contestant l'existence d'un risque de fuite ayant conduit le préfet à refuser de lui accorder un délai de départ volontaire.

12. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : ()5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; ".

13. Il n'est pas contesté que M. A n'a pas exécuté la précédente mesure d'éloignement prononcée à son encontre en 2021. Ce seul motif suffisait à justifier légalement la décision de refus de délai de départ volontaire.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes d'appel présentées par M. A sont manifestement dépourvues de fondement. Il y a lieu, dès lors de les rejeter, en toutes leurs conclusions, selon la procédure prévue par les dispositions précitées du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : Les requêtes de M. A sont rejetées.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D A.

Copie en sera adressée pour information au préfet de la Meuse.

Fait à Nancy, le 3 mai 2024.

La magistrate désignée,

Signé : A. Samson-Dye

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

M. B

Nos 23NC03327, 24NC00727

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