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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-23NC03451

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-23NC03451

vendredi 29 mars 2024

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-23NC03451
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A B épouse C a demandé au tribunal administratif de Besançon d'annuler l'arrêté du 18 septembre 2023 par lequel le préfet du Territoire de Belfort a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et l'a assignée à résidence dans le département du Territoire de Belfort pendant une durée de quarante-cinq jours.

Par un jugement n° 2301787 du 25 septembre 2023, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Besançon a renvoyé les conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de titre de séjour et les conclusions accessoires correspondantes à une formation collégiale et a rejeté sa demande tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination, portant interdiction de retour sur le territoire français et ordonnant l'assignation à résidence de Mme B.

Par un jugement n° 2301787 du 16 novembre 2023, le tribunal administratif de Besançon a rejeté sa demande tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour.

Procédure devant la cour :

I - Par une requête enregistrée le 27 novembre 2023, sous le n° 23NC03451, Mme B, représentée par Me Migliore, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 25 septembre 2023 ;

2°) d'annuler les décisions du 18 septembre 2023 portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de retour et portant interdiction de retour sur le territoire français ;

3°) d'enjoindre au préfet du Territoire de Belfort de procéder à la suppression de la mention de son signalement sur le fichier des personnes recherchées (FPR) et sur le système d'informations Schengen (SIS) ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise en méconnaissance de la présomption d'innocence ;

- il n'y a pas eu d'opposition au mariage et l'intention matrimoniale est établie ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de retour est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et elle méconnaît les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les décisions de refus de titre de séjour, portant obligation de quitter le territoire français et portant interdiction de retour ont été prises à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'est pas justifié que le préfet a saisi les services compétents en application du 5° de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale pour connaître des suites judiciaires d'une infraction qui lui est reprochée.

II - Par une requête enregistrée le 8 février 2024, sous le n° 24NC00291, Mme B, représentée par Me Migliore, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 16 novembre 2023 ;

2°) d'annuler la décision du 18 septembre 2023 portant refus de titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet du Territoire de Belfort de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative dans le même délai et de lui délivrer pendant cet examen une autorisation provisoire de séjour, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour a été prise en méconnaissance de la présomption d'innocence ;

- il n'y a pas eu d'opposition au mariage et l'intention matrimoniale est établie ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'est pas justifié que le préfet a saisi les services compétents en application du 5° de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale pour connaître des suites judiciaires d'une infraction qui lui est reprochée.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par des décisions des 7 novembre 2023 et 16 janvier 2024.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 9 octobre 1987 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné Mme Kohler, présidente-assesseure, pour signer les ordonnances visées à l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante marocaine, est entrée sur le territoire français en septembre 2018 sous couvert d'un visa de court séjour délivré par les autorités espagnoles, valable du 3 mars 2018 au 5 février 2019. Elle s'est vu délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " valable du 5 juin 2020 au 4 juin 2021, en raison de son mariage avec un ressortissant français. Le 26 mai 2021, l'intéressée a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 15 février 2022, le préfet du Territoire de Belfort lui a opposé un refus et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Le 31 août 2023, Mme B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjointe de français. Par un arrêté du 18 septembre 2023, le préfet du Territoire de Belfort a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et l'a assignée à résidence dans le département du Territoire de Belfort pendant une durée de quarante-cinq jours. Par deux requêtes qu'il y a lieu de joindre, Mme B fait appel, d'une part, du jugement du 25 septembre 2023 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Besançon, après avoir renvoyé les conclusions relatives au refus de titre de séjour à une formation collégiale, a rejeté sa demande tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de retour, prononçant une interdiction de retour sur le territoire français et ordonnant son assignation à résidence et, d'autre part, du jugement du 16 novembre 2023 par lequel le tribunal administratif de Besançon a rejeté sa demande tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

3. En premier lieu, le principe de la présomption d'innocence ne fait pas obstacle à ce que l'autorité administrative refuse de délivrer un titre de séjour ou prononce une obligation de quitter le territoire français à l'encontre d'un étranger dont le comportement représente une menace pour l'ordre public. En tout état de cause, il ressort des termes mêmes de l'arrêté du 18 septembre 2023 que, pour refuser à Mme B la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjointe de ressortissant français et pour prononcer une obligation de quitter le territoire français en conséquence de ce refus de titre de séjour, le préfet du Territoire de Belfort s'est fondé non sur l'existence d'une menace pour l'ordre public du fait de la condamnation prononcée à l'encontre de l'intéressée pour des faits de mariage contracté pour l'obtention d'un titre de séjour mais sur la circonstance que la vie commune entre les époux n'était pas établie. Dans ces conditions, le moyen tiré de la violation du principe de la présomption d'innocence doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 9 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux États sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord. () ". Aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ".

5. D'une part, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet fait notamment état de ce que Mme B a épousé un ressortissant français le 26 octobre 2019 et analyse les liens de l'intéressée avec son époux pour apprécier la continuité de la communauté de vie. La seule circonstance que cet arrêté ne vise pas l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application et qui s'applique aux ressortissants marocains en vertu de l'article 9 de l'accord franco-marocain, expressément visé par l'arrêté, n'est pas de nature à faire regarder la décision portant refus de titre de séjour comme étant entachée d'une erreur de droit.

6. D'autre part, pour rejeter la demande de titre de séjour de Mme B, le préfet du Territoire de Belfort s'est fondé sur le fait que la communauté de vie entre Mme B et son époux français n'a pas été continue depuis la célébration de leur mariage. Si Mme B se prévaut de l'attestation de son époux établie le 10 juillet 2023 indiquant que la communauté de vie a repris depuis le 6 juillet 2023, ainsi que de ce qu'elle a fait appel du jugement du tribunal correctionnel de Belfort été condamnée par le tribunal correctionnel de Belfort pour des faits de mariage contracté dans le seul but d'obtenir un titre de séjour à une peine de dix mois d'emprisonnement délictuel avec sursis et cinq ans d'interdiction du territoire français, elle ne conteste pas que son époux a introduit plusieurs procédures en divorce ainsi qu'une demande d'annulation du mariage. Dans ces conditions, et eu égard aux affirmations de l'époux de Mme B au cours de ses auditions par les services de police, qui ne sont démenties par aucune des pièces des dossiers, les seuls éléments produits à l'instance ne suffisent pas à établir la réalité de la communauté de vie entre les époux. Dans ces conditions, l'autorité administrative pouvait refuser de délivrer à Mme B un titre de séjour en qualité de conjoint de ressortissant français sans méconnaître les articles L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 9 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 17-1 de la loi susvisée du 21 janvier 1995 d'orientation et de programmation relative à la sécurité : " Il est procédé à la consultation prévue à l'article L. 234-1 du code de la sécurité intérieure pour l'instruction des demandes () de délivrance et de renouvellement des titres relatifs à l'entrée et au séjour des étrangers () ". Selon l'article L. 234-1 du code de la sécurité intérieure : " Un décret en Conseil d'Etat fixe la liste des enquêtes administratives mentionnées à l'article L. 114-1 qui donnent lieu à la consultation des traitements automatisés de données à caractère personnel mentionnés à l'article 230-6 du code de procédure pénale, y compris pour les données portant sur des procédures judiciaires en cours, dans la stricte mesure exigée par la protection de la sécurité des personnes et la défense des intérêts fondamentaux de la Nation. () ".

8. Par ailleurs, aux termes de l'article 230-6 du code de procédure pénale : " Afin de faciliter la constatation des infractions à la loi pénale, le rassemblement des preuves de ces infractions et la recherche de leurs auteurs, les services de la police nationale et de la gendarmerie nationale peuvent mettre en œuvre des traitements automatisés de données à caractère personnel () ". Selon le I de l'article R. 40-29 de ce même code : " Dans le cadre des enquêtes prévues à l'article 17-1 de la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995, aux articles L. 114-1, L. 114-2, L. 211-11-1, L. 234-1 et L. 234-2 du code de la sécurité intérieure et à l'article L. 4123-9-1 du code de la défense, les données à caractère personnel figurant dans le traitement qui se rapportent à des procédures judiciaires en cours ou closes, à l'exception des cas où sont intervenues des mesures ou décisions de classement sans suite, de non-lieu, de relaxe ou d'acquittement devenues définitives, ainsi que des données relatives aux victimes, peuvent être consultées, sans autorisation du ministère public, par : () 5° Les personnels investis de missions de police administrative individuellement désignés et spécialement habilités par le représentant de l'Etat. L'habilitation précise limitativement les motifs qui peuvent justifier pour chaque personne les consultations autorisées. Lorsque la consultation révèle que l'identité de la personne concernée a été enregistrée dans le traitement en tant que mise en cause, l'enquête administrative ne peut aboutir à un avis ou une décision défavorables sans la saisine préalable, pour complément d'information, des services de la police nationale ou des unités de la gendarmerie nationale compétents et, aux fins de demandes d'information sur les suites judiciaires, du ou des procureurs de la République compétents. Le procureur de la République adresse aux autorités gestionnaires du traitement un relevé des suites judiciaires devant figurer dans le traitement d'antécédents judiciaires et relatif à la personne concernée. Il indique à l'autorité de police administrative à l'origine de la demande si ces données sont accessibles en application de l'article 230-8 du présent code. () ".

9. La saisine préalable, pour complément d'information, des services de la police nationale ou des unités de la gendarmerie nationale compétents et, aux fins de demandes d'information sur les suites judiciaires, du procureur de la République, imposée par les dispositions de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale, a pour objet de protéger les personnes faisant l'objet d'une mention dans le traitement d'antécédents judiciaires constitué par les services de police et de gendarmerie nationales aux fins de faciliter leurs investigations. Elle constitue, de ce fait, une garantie pour toute personne dont les données à caractère personnel sont contenues dans les fichiers en cause.

10. En l'espèce, ainsi qu'il a été dit au point 3 de la présence ordonnance, ni la décision de refus de titre de séjour ni la décision portant obligation de quitter le territoire français ne sont fondées sur la circonstance que le comportement de Mme B représenterait une menace à l'ordre public. S'il est mentionné, dans la décision portant interdiction de retour, que l'intéressée est défavorablement connue des services de police du fait de la condamnation prononcée à son encontre et pour des faits de circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance, cette décision, qui rappelle par ailleurs la précédente mesure d'éloignement prononcée à l'encontre de l'intéressée et les liens conservés dans le pays d'origine, est également motivée par le maintien irrégulier de l'intéressée sur le territoire depuis le 4 juin 2021, l'absence de vie commune avec son époux et l'absence de lien d'une intensité particulière en France. Dans ces conditions et à supposer que les services compétents de la police nationale ou de la gendarmerie nationale pour complément d'information, ou le procureur de la République compétent aux fins de demandes d'information sur les suites judiciaires, n'aient pas été saisis en méconnaissance des dispositions l'article R. 40-29 du code de procédure pénale, il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision en se fondant sur ces seuls éléments. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision serait entachée d'un vice de procédure doit être écarté.

11. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : "1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

12. Mme B se prévaut de ses attaches familiales en France et de son mariage avec un ressortissant français. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu'elle est entrée en France en septembre 2018. À la date d'édiction de la décision contestée, elle n'était donc présente sur le territoire français que depuis quatre ans. En outre, si elle se prévaut de son mariage le 19 février 2021 avec un ressortissant français, elle ne justifie pas, ainsi qu'il a été dit, d'une vie commune effective avec son époux. Par ailleurs, si elle fait valoir la présence en France de son fils majeur et de sa sœur, titulaires de titres de séjour, et de ses petits-enfants, ressortissants français, elle ne démontre pas entretenir avec eux des liens d'une intensité particulière. Enfin, elle ne justifie d'aucune intégration sociale et économique dans la société française. Dans ces conditions, la décision portant obligation de quitter le territoire français en litige ne peut être regardée comme portant au droit de Mme B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.

13. En cinquième lieu, faute d'établir l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, Mme B n'est pas fondée à soutenir que les décisions fixant le pays de destination et portant interdiction de retour seraient illégales en conséquence d'une telle illégalité.

14. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Selon l'article L. 612-10 de ce même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ". Il résulte de ces dispositions que lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, le préfet assortit, en principe et sauf circonstances humanitaires, l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour. La durée de cette interdiction doit être déterminée en tenant compte des critères tenant à la durée de présence en France, à la nature et l'ancienneté des liens de l'intéressé avec la France, à l'existence de précédentes mesures d'éloignement et à la menace pour l'ordre public représentée par la présence en France de l'intéressé.

15. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est entrée en France en 2018, qu'elle a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement qu'elle n'a pas exécutée et qu'elle n'établit pas la réalité de sa vie commune avec son époux. Dans ces conditions, et alors que, ainsi qu'il a été dit précédemment, elle ne justifie pas de liens privés et familiaux intenses sur le territoire français, le préfet pouvait légalement prononcer une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans à son encontre.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes d'appel présentées par Mme B sont manifestement dépourvues de fondement. Il y a lieu, dès lors, de les rejeter en toutes leurs conclusions, selon la procédure prévue par les dispositions précitées du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : Les requêtes de Mme B sont rejetées.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B épouse C et à Me Migliore.

Copie en sera adressée pour information au préfet du Territoire de Belfort.

Fait à Nancy, le 29 mars 2024.

La magistrate désignée,

Signé : J. Kohler

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

A. Bailly

Nos 23NC03451, 24NC00291

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