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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-23NC03594

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-23NC03594

vendredi 5 avril 2024

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-23NC03594
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantGHARZOULI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme B A a demandé au tribunal administratif de Strasbourg d'annuler l'arrêté du 17 juillet 2023 par lequel le préfet de la Moselle a retiré son attestation de demande d'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai et a prolongé d'un an l'interdiction de retour antérieurement prononcée à son encontre.

Par un jugement n° 2305452 du 26 septembre 2023, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 11 décembre 2023, Mme A, représentée par Me Gharzouli, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 26 septembre 2023 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 17 juillet 2023 ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation administrative dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros TTC à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée, ce qui révèle un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- des circonstances humanitaires faisaient obstacle à ce qu'une telle mesure soit prononcée à son encontre ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et est disproportionnée.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné Mme Kohler, présidente-assesseure, pour signer les ordonnances visées à l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante kosovare, est entrée sur le territoire français, selon ses déclarations, le 10 juin 2019 afin d'y solliciter la reconnaissance du statut de réfugié. Sa demande d'asile et ses deux premières demandes de réexamen ont été rejetées. Par un arrêté du 21 mai 2021, elle a fait l'objet d'une première mesure d'éloignement assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Le 28 février 2023, elle a sollicité à nouveau le réexamen de sa demande d'asile. Le même jour, elle a fait l'objet d'un arrêté portant refus de délivrance de l'attestation de demande d'asile. Sa dernière demande de réexamen a été rejetée pour irrecevabilité par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 30 mars 2023. Par un arrêté du 17 juillet 2023, le préfet de la Moselle l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai et a prolongé d'un an la durée de l'interdiction de retour édictée à son encontre le 21 mai 2021. Mme A fait appel du jugement du 26 septembre 2023 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

3. En premier lieu, il ressort des mentions de l'arrêté en litige que le préfet de la Moselle, après avoir rappelé le parcours administratif antérieur de Mme A, notamment le rejet de sa demande d'asile et de ses premières demandes de réexamen, sa précédente mesure d'éloignement ainsi que le rejet de sa dernière demande de réexamen par l'OFPRA, a constaté la fin du droit de l'intéressée au maintien sur le territoire. Il a ensuite examiné l'ensemble de sa situation personnelle et familiale et a vérifié, au vu des éléments dont il avait connaissance, qu'aucune circonstance ne faisait obstacle à une mesure d'éloignement fondée sur les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Alors que l'autorité administrative n'est pas tenue de mentionner tous les éléments relatifs à la situation de l'étranger auquel il fait obligation de quitter le territoire français, la mesure d'éloignement en litige comporte ainsi l'ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Alors que la présence de son époux et de ses quatre enfants mineurs à ses côtés et la naissance de leur cinquième enfant en France sont mentionnés, cette motivation révèle également que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation de Mme A. Les moyens tirés de l'insuffisante motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français et du défaut d'examen particulier de la situation de l'intéressée doivent, par suite, être écartés.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

5. Mme A soutient que son droit au respect de sa vie privée et familiale en France et l'intérêt supérieur de ses enfants mineurs faisaient obstacle à ce que le préfet prononce une obligation de quitter le territoire français à son encontre. Elle se prévaut de la durée de sa présence en France, de la présence de son époux et ses cinq enfants mineurs dont l'un est né en France et de la scolarisation des quatre aînés. Toutefois, l'intéressée ne résidait en France que depuis quatre ans à la date d'édiction de l'arrêté contesté. En outre, il ressort des pièces du dossier que son époux se trouve également en situation irrégulière et n'a pas vocation à demeurer sur le territoire français. Ainsi, la décision contestée n'a ni pour objet ni pour effet de séparer la requérante de ses enfants mineurs, dont il n'est pas établi qu'ils ne pourraient reprendre leur scolarité au Kosovo, où la cellule familiale a vocation à se reconstituer. Enfin, Mme A ne démontre pas avoir en France, à l'exception des membres de sa famille, des liens d'une ancienneté ou intensité particulières ni ne justifie d'aucune intégration sociale et économique dans la société française. Dans ces conditions, la mesure d'éloignement en litige ne peut être regardée comme portant au droit de Mme A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels cette décision a été prise, ni comme ayant méconnu l'intérêt supérieur de ses enfants. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

6. En troisième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision prolongeant d'un an l'interdiction de retour prononcée à l'encontre de Mme A devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

7. En quatrième lieu, la décision portant prolongation de l'interdiction de retour vise notamment l'article L. 612-10 et le 2° de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que Mme A s'est maintenue sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire qui lui avait été accordé ainsi que les éléments relatifs à sa durée de présence en France et à ses liens sur le territoire et dans son pays d'origine dont il a été tenu compte pour fixer la durée de la prolongation de cette interdiction. La décision portant prolongation de l'interdiction de retour comporte ainsi la mention des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : () 2° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français au-delà du délai de départ volontaire qui lui avait été accordé () ".

9. La décision en litige a pour objet de prolonger une interdiction de retour prononcée par un arrêté du 21 mai 2021 dont la légalité a été confirmée tant par le tribunal administratif de Strasbourg que par la cour administrative d'appel de Nancy. Le moyen tiré de ce que des circonstances humanitaires faisaient obstacle à ce qu'une interdiction de retour soit prononcée à son encontre est ainsi sans incidence sur la décision en litige.

10. En sixième lieu, eu égard à ce qui a été dit au point 5 de la présente ordonnance, en se prévalant de la durée de son séjour avec son époux et de la scolarisation en France de ses enfants mineurs ainsi que la naissance en France de son enfant, Mme A n'établit pas que le préfet a porté sur sa situation une appréciation manifestement erronée.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel présentée par Mme A est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, dès lors, de la rejeter en toutes ses conclusions, selon la procédure prévue par les dispositions précitées du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et à Me Gharzouli.

Copie en sera adressée, pour information, au préfet de la Moselle.

Fait à Nancy, le 5 avril 2024.

La magistrate désignée,

Signé : J. Kohler

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

A. Heim

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