vendredi 5 avril 2024
| Juridiction | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| Section | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| N° Dossier | CAA54-23NC03763 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Avocat requérant | POINSIGNON |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A B a demandé au tribunal administratif de Strasbourg d'annuler les arrêtés du 11 octobre 2023 par lesquels le préfet du Haut Rhin d'une part, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et, d'autre part, l'a assigné à résidence dans le département du Haut-Rhin.
Par un jugement n° 2307318 du 21 novembre 2023, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 20 décembre 2023, M. B, représenté par Me Poinsignon, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement du 21 novembre 2023 ;
2°) d'annuler les arrêtés du 11 octobre 2023 ;
3°) d'enjoindre au préfet du Haut-Rhin de réexaminer sa situation administrative dans un délai de trente jours à compter de la notification de la décision à intervenir et de lui délivrer pendant cet examen une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur la régularité du jugement attaqué :
- le jugement attaqué ne comporte pas les signatures exigées par les dispositions de l'article R. 741-7 du code de justice administrative.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée, ce qui révèle un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- le préfet considéré à tort qu'il n'avait effectué aucune démarche tendant à la régularisation de sa situation ;
- la décision méconnait les dispositions du 9° de l'article L 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il ne représente pas une menace pour l'ordre public ;
- elle méconnait son droit au procès équitable ;
- elle méconnait son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- le préfet a commis une erreur de fait en estimant qu'il ne présente pas des garanties de représentation suffisantes.
- elle méconnait son droit au procès équitable ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnait son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur de fait et est disproportionné ;
Sur la décision portant assignation à résidence :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 février 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné Mme Kohler, présidente-assesseure, pour signer les ordonnances visées à l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant marocain, est entré sur le territoire français, selon ses déclarations, en 2017. Le 10 octobre 2023, il a été interpellé et placé en garde-à-vue pour des faits d'escroquerie et de faux et usage de faux documents administratifs. Par arrêtés du 11 octobre 2023, le préfet du Haut-Rhin, d'une part, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et, d'autre part, l'a assigné à résidence dans le département du Haut-Rhin. M. B fait appel du jugement du 21 novembre 2023 par lequel la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande tendant à l'annulation de ces arrêtés.
2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".
Sur la régularité du jugement attaqué :
3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 741-8 du code de justice administrative aux termes duquel : " Lorsque l'affaire est jugée par un magistrat statuant seul, la minute du jugement est signée par ce magistrat et par le greffier d'audience ". En application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 776-15 du code de justice administrative applicable aux recours formés contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français notifiées avec une décision d'assignation à résidence prise en application de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les jugements relatifs à ces recours " sont rendus, sans conclusions du rapporteur public, par le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne à cet effet ".
4. Il résulte de l'examen de la minute du jugement attaqué que celui-ci comporte toutes les signatures requises par les dispositions citées au point précédent. Le moyen tiré de ce que ces signatures en seraient absentes manque en fait et doit ainsi être écarté.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, il ressort des mentions de l'arrêté attaqué que le préfet du Haut-Rhin, après avoir rappelé le parcours administratif antérieur de l'intéressé et notamment la précédente mesure d'éloignement dont il a fait l'objet, a examiné l'ensemble de sa situation personnelle et familiale et a vérifié, au vu des éléments dont il avait connaissance, qu'aucune circonstance ne faisait obstacle à une mesure d'éloignement. Alors que le préfet n'est pas tenu de mentionner tous les éléments relatifs à la situation de l'étranger auquel il fait obligation de quitter le territoire français, la décision en litige comporte ainsi l'ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et est ainsi suffisamment motivée. Cette motivation révèle également que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation de M. B. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation de l'arrêté attaqué et du défaut d'examen doivent être écartés.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; ().
7. Si M. B indique qu'il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour à titre exceptionnel par courrier du 15 février 2022, qu'il a été convoqué en préfecture pour l'enregistrement de sa demande le 16 mars 2022 mais qu'il n'a pu honorer cette convocation en raison des mesures sanitaires alors en vigueur, il ne conteste pas ne pas pouvoir justifier être entré en France régulièrement et ne pas être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Il entrait ainsi dans l'hypothèse prévue au 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le préfet pouvait prononcer à son encontre une obligation de quitter le territoire français sur ce fondement.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611 3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. / () ".
9. D'une part M. B, qui a seulement indiqué qu'il était handicapé d'une jambe au cours de son audition par les services de police, ne justifie pas avoir communiqué au préfet des éléments sérieux relatifs à son état de santé de nature à justifier un examen particulier. D'autre part, en produisant seulement la décision lui reconnaissant la qualité de travailleur handicapé, M. B ne produit aucun élément de nature à établir que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il ne pourrait bénéficier du traitement approprié dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
10. En quatrième lieu, à supposer que le comportement de M. B ne constitue pas une menace à l'ordre public, ainsi qu'il a été dit au point 7 de la présente ordonnance, la mesure d'éloignement prononcée à son encontre est également fondée sur les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en raison de l'entrée irrégulière sur le territoire de l'intéressé qui s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour. Dès lors qu'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif, le moyen tiré de ce que le préfet a, à tort considéré que son comportement constituait une menace pour l'ordre public ne peut qu'être écarté.
11. En cinquième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire ne prive pas M. B la possibilité de faire valoir ses droits, notamment en se faisant représenter par un avocat et, le cas échéant, de solliciter un visa lui permettant de séjourner en France pour les besoins de la procédure dont il fait l'objet devant la juridiction pénale. Il n'est donc pas fondé à soutenir que les décisions en litige l'empêcheraient de défendre sa cause de manière équitable dans le cadre de cette procédure et le moyen tiré de la méconnaissance de son droit à un procès équitable garanti par l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
12. En sixième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
13. Si M. B soutient qu'il a fixé en France le centre de ses intérêts privés, il n'assortit pas son moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.
S'agissant de la décision portant refus de délai de départ volontaire :
14. En premier lieu, faute pour M. B d'établir l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à soutenir que la décision portant de refus de délai de départ volontaire devrait être annulée en conséquence d'une telle illégalité.
15. En deuxième lieu, pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire, le préfet du Haut-Rhin s'est fondé sur le fait que M. B présentait un risque de soustraction à la mesure d'éloignement en litige dès lors qu'il ne présentait pas de garanties de représentation suffisantes en l'absence de document d'identité ou de voyage en cours de validité et de justificatif d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale. Si M. B produit un contrat de bail et une copie de son passeport, le contrat de bail est postérieur à la décision attaquée et le passeport a expiré en juin 2022. Dans ces conditions, M B ne conteste pas utilement les motifs ainsi retenus et n'établit pas que le préfet ne pouvait légalement refuser de lui accorder un délai de départ volontaire.
16. En troisième lieu, et pour les mêmes motifs exposés au point 13 de la présente ordonnance, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus de délai départ volontaire porterait atteinte à son droit à un procès équitable.
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
17. En premier lieu, faute pour M. B d'établir l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination devrait être annulée en conséquence d'une telle illégalité.
18. En second lieu, M. B n'apporte aucune précision au soutien du moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales qui doit, en conséquence, être écarté.
S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
19. En premier lieu, faute pour M. B d'établir l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français devrait être annulée en conséquence d'une telle illégalité.
20. En second lieu, à supposer que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public, il ressort des pièces du dossier que si M. B allègue être présent en France depuis cinq ans, il ne démontre pas y avoir des liens particuliers ni être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le préfet pouvait légalement prononcer une interdiction de retour d'un an à son encontre. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de fait et du caractère disproportionnée de la mesure ne peuvent qu'être écartés.
S'agissant de la décision portant assignation à résidence :
21. En premier lieu, faute pour M. B d'établir l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à soutenir que la décision portant assignation à résidence devrait être annulée en conséquence d'une telle illégalité.
22. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel présentée par M. B est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, dès lors, de la rejeter en toutes ses conclusions, selon la procédure prévue par les dispositions précitées du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à Me Poinsignon.
Copie en sera adressée pour information au préfet du Haut-Rhin.
Fait à Nancy, le 5 avril 2024.
La magistrate désignée,
Signé : J. Kohler
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme
La greffière,
A. Bailly
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026