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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-23NC03785

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-23NC03785

vendredi 19 avril 2024

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-23NC03785
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantSCP GRILLON - BROCARD - GIRE - TRONCHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. D B et Mme A C ont demandé au tribunal administratif de Besançon d'annuler les arrêtés du 11 juillet 2023 par lesquels le préfet du Doubs a retiré leurs attestations de demande d'asile, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d'office à l'expiration de ce délai.

Par un jugement nos 2301502,2 301503 du 28 septembre 2023, la présidente du tribunal administratif de Besançon a rejeté leurs demandes.

Procédure devant la cour :

I - Par une requête enregistrée le 22 décembre 2023 sous le n° 23NC03785, Mme C, représentée par Me Tronche, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 28 septembre 2023 en ce qui la concerne ;

2°) d'annuler l'arrêté du 11 juillet 2023 pris à son encontre ;

3°) d'enjoindre au préfet du Doubs de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir en lui délivrant, pendant cet examen, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros HT à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- le préfet s'est estimé à tort en situation de compétence liée pour retirer son attestation de demande d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant retrait de l'attestation de demande d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la mesure d'éloignement prononcée à l'encontre de son époux méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les décisions fixant le pays de destination et le délai de départ volontaire sont illégales en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

II - Par une requête enregistrée le 22 décembre 2023 sous le n° 23NC03786, M. B, représenté par Me Tronche, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 28 septembre 2023 en ce qui le concerne ;

2°) d'annuler l'arrêté du 11 juillet 2023 pris à son encontre ;

3°) d'enjoindre au préfet du Doubs de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir en lui délivrant, pendant cet examen, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de cinq jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros HT à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il invoque les mêmes moyens que sa compagne dans la requête n° 23NC03785 et soutient en outre que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Mme C et M. B ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par des décisions 20 novembre 2023.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné Mme Kohler, présidente-assesseure, pour signer les ordonnances visées à l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C et M. B, ressortissants géorgiens, sont entrés sur le territoire français respectivement les 29 juin et 3 juillet 2022 afin d'y solliciter la reconnaissance du statut de réfugié. Leurs demandes d'asiles ont été rejetée par des décisions du 22 février 2023 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) statuant en procédure accélérée sur le fondement du 1° de l'article L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le 22 septembre 2022, M. B a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 14 avril 2023, le préfet du Doubs a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Par des arrêtés du 11 juillet 2023, le préfet du Doubs a retiré leurs attestations de demande d'asile, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits à l'expiration de ce délai. Par deux requêtes qu'il y lieu de joindre, Mme C et M. B font appel du jugement du 28 septembre 2023 par lequel la présidente du tribunal administratif de Besançon a rejeté leurs demandes tendant à l'annulation de ces arrêtés.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ". Par ailleurs, l'article L. 542-2 du même code dispose que " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 ; () ". Aux termes de l'article L. 531-24 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée dans les cas suivants : 1° Le demandeur provient d'un pays considéré comme un pays d'origine sûr au sens de l'article L. 531-25 ; () ". Enfin, en vertu d'une décision du conseil d'administration de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides adoptée le 9 octobre 2015, la Géorgie est au nombre des pays d'origine sûrs.

4. Il ressort des termes mêmes des arrêtés attaqués que le préfet du Doubs, qui, après avoir constaté la fin du droit au maintien sur le territoire de Mme C et M. B, a examiné l'ensemble de leur situation personnelle et familiale, a procédé à un examen particulier de leur situation personnelle et ne s'est pas estimé à tort lié par le rejet de leurs demandes d'asile par l'OFPRA pour retirer leurs attestations de demande d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet aurait méconnu l'étendue de sa propre compétence doit être écarté.

5. En deuxième lieu, les décisions de retrait des attestations de demande d'asile en litige ne constituent pas la base légale des décisions portant obligation de quitter le territoire français. Dans ces conditions, Mme C et M. B ne peuvent utilement soutenir que les décisions portant obligation de quitter le territoire français seraient illégales en raison de l'illégalité des décisions de retrait des attestations de demande d'asile.

6. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".

7. S'il ressort des pièces du dossier que M. B est suivi par le service d'hépatologie du CHU de Besançon pour une cirrhose hépatique et une hépatopathie fibrosante, il ne ressort toutefois d'aucune des pièces médicales dont se prévaut le requérant que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il ne pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine ainsi que l'a d'ailleurs relevé le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a considéré, dans son avis du 30 mars 2023. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L 611-3 du code de l'entré et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Mme C soutient que son droit au respect de sa vie privée et familiale faisait obstacle à ce que le préfet prononce une obligation de quitter le territoire français à son encontre. Elle se prévaut de la présence de son époux ainsi que de l'état de santé de ce dernier. Toutefois, si son époux a sollicité un titre de séjour en raison de son état de santé, une décision de rejet lui a été notifié le 17 avril 2023. Ainsi qu'il a été dit au point 7 de la présente ordonnance, les éléments produits à l'instance ne permettent pas d'établir que le défaut de prise en charge médicale de l'état de santé de son époux pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité et que ce dernier aurait vocation à résider durablement sur le territoire français. Enfin, Mme C ne démontre pas avoir en France, à l'exception de son fils mineur et de son époux en situation irrégulière, des liens d'une ancienneté ou intensité particulières et ne justifie d'aucune intégration sociale et économique dans la société française. Dans ces conditions, la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre ne peut être regardée comme portant à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.

10. En dernier lieu, faute d'établir l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français, Mme C et M. B ne sont pas fondés à soutenir que les décisions fixant le pays de destination et le délai de départ volontaire seraient illégales en raison d'une telle illégalité.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes d'appel présentées par Mme C et M. B sont manifestement dépourvues de fondement. Il y a lieu, dès lors, de les rejeter en toutes leurs conclusions, selon la procédure prévue par les dispositions précitées du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : Les requêtes de Mme C et de M. B sont rejetées.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C, à M. D B et à Me Tronche.

Copie en sera adressée pour information au préfet du Doubs.

Fait à Nancy, le 19 avril 2024.

La magistrate désignée,

Signé : J. Kohler

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

A. Heim

Nos 23NC03785, 23NC03786

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