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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-24NC00222

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-24NC00222

vendredi 17 mai 2024

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-24NC00222
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantBLANVILLAIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. E B et Mme F C B ont demandé au tribunal administratif de Strasbourg d'annuler les arrêtés du 3 novembre 2023 par lesquels le préfet de la Moselle a retiré leurs attestations de demande d'asile, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d'office à l'expiration de ce délai et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Par un jugement nos 2308371, 238372 du 19 janvier 2024, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Strasbourg a rejeté leurs demandes.

Procédure devant la cour :

I. Par une requête enregistrée le 26 janvier 2024 sous le n° 24NC00222, M. C B, représenté par Me Blanvillain, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 19 janvier 2024 en ce qui le concerne ;

2°) d'annuler l'arrêté du 3 novembre 2023 pris à son encontre ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui restituer son attestation de demande d'asile et de réexaminer sa situation administrative dans un délai déterminé, au besoin sous astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté en litige est insuffisamment motivé, ce qui révèle un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elles méconnaissent l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles méconnaissent l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée.

II. Par une requête enregistrée le 26 janvier 2024 sous le n° 24NC00223, Mme C B, représentée par Me Blanvillain, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 19 janvier 2024 en ce qui la concerne ;

2°) d'annuler l'arrêté du 3 novembre 2023 pris à son encontre ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Moselle de lui restituer son attestation de demande d'asile et de réexaminer sa situation administrative dans un délai déterminé, au besoin sous astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle invoque les mêmes moyens que son époux dans la requête n° 24NC00222.

M. et Mme C B ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par des décisions du 21 mars 2024.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné Mme Kohler, présidente-assesseure, pour signer les ordonnances visées à l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme C B, ressortissants congolais, sont entrés sur le territoire français, selon leurs déclarations, les 14 novembre et 12 septembre 2022 afin d'y solliciter la reconnaissance du statut de réfugié. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 9 février 2023, confirmées par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) les 17 octobre et 21 juillet 2023. Par des arrêtés du 3 novembre 2023, le préfet de la Moselle a retiré leurs attestations de demande d'asile, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits à l'expiration de ce délai et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par deux requêtes qu'il y a lieu de joindre, M. et Mme C B font appel du jugement du 19 janvier 2024 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Strasbourg a rejeté leurs demandes tendant à l'annulation de ces arrêtés.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

3. En premier lieu, il ressort des mentions des arrêtés en litiges que le préfet de la Moselle, après avoir constaté le rejet des demandes d'asile présentées par M. et Mme C B par l'OFPRA et la CNDA et la fin de leur droit au maintien sur le territoire en application de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a examiné l'ensemble de leur situation personnelle et familiale et a vérifié, au vu des éléments dont il avait connaissance, qu'aucune circonstance ne faisait obstacle au retrait de leurs attestations de demande d'asile et à des mesures d'éloignement fondées sur les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du même code. S'agissant plus particulièrement des décisions fixant le pays de destination, ces arrêtés visent notamment l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, mentionnent la nationalité des requérants et indiquent qu'ils n'établissent pas encourir des risques de traitement prohibé par ces stipulations en cas de retour dans leur pays d'origine. S'agissant enfin des décisions portant interdiction de retour, ces arrêtés visent notamment l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionnent les éléments relatifs à la durée de leur présence en France, à leurs liens sur le territoire, à l'absence de circonstance humanitaires particulières ainsi qu'au fait que leur comportement n'est pas constitutif d'une menace à l'ordre public et qu'ils n'ont jamais fait l'objet d'une précédent mesure d'éloignement, dont il a été tenu compte pour fixer la durée de ces interdictions. Alors que le préfet n'est pas tenu de mentionner tous les éléments relatifs à la situation de l'étranger auquel il fait obligation de quitter le territoire français, ces arrêtés comportent ainsi l'ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent leur fondement. Cette motivation révèle également que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle des intéressés. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation des arrêtés en litige et du défaut d'examen doivent être écartés.

4. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

5. Il ressort des pièces du dossier que M. et Mme C B ne résidaient en France que depuis environ un an à la date des arrêtés en litige et ils ne démontrent pas y avoir des liens d'une ancienneté ou intensité particulières. Dans ces conditions, en se bornant à invoquer les persécutions qu'ils auraient subies dans leur pays d'origine et la scolarisation de leurs enfants, ils n'établissent pas que les décisions en litige devraient être regardées comme portant à leur droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elles ont été prises. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale de New York du 26 janvier 1990 relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale "

7. Eu égard à ce qui a été dit au point 5 de la présente ordonnance, et dès lors que les requérants ne font valoir aucun élément de nature à établir que leurs enfants mineurs ne pourraient poursuivre leur scolarité en cas de retour dans leur pays d'origine, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

9. M. et Mme C B soutiennent qu'en cas de retour en République démocratique du Congo, ils seraient exposés à des traitements contraires à ces stipulations en raison des persécutions dont ils ont fait l'objet du fait de leur union. L'avis de recherche pour le chef d'accusation de rébellion et le certificat médical mentionnant des cicatrices sur le corps de M. C B qu'ils produisent ne suffisent toutefois pas à établir la réalité des risques ainsi invoqués. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés doit être écarté.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour (), l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () "

11. Il ressort des pièces des dossiers que M. et Mme C B sont entrés en France en 2022 et qu'ils ne justifient d'aucun lien particulier avec la France. Dans ces conditions, et alors même que leur comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public et qu'ils n'ont jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, le préfet de la Moselle pouvait légalement prendre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an à leur encontre.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes d'appel présentées par M. et Mme C B sont manifestement dépourvues de fondement. Il y a lieu, dès lors, de les rejeter en toutes leurs conclusions, selon la procédure prévue par les dispositions précitées du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : Les requêtes de M. et Mme C B sont rejetées.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. G C B, à Mme F C B née A et à Me Blanvillain.

Copie en sera adressée pour information au préfet de la Moselle.

Fait à Nancy, le 17 mai 2024.

La magistrate désignée,

Signé : J. Kohler

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

M. D

Nos 24NC00222, 24NC00223

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