mardi 16 juillet 2024
| Juridiction | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| Section | Cour Administrative d'Appel de Nancy |
| N° Dossier | CAA54-24NC00450 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 4ème chambre - formation à 3 |
| Avocat requérant | COCHE-MAINENTE |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A B a demandé au tribunal administratif de Nancy d'annuler les arrêtés de la préfète du Bas-Rhin du 23 janvier 2024 ordonnant son transfert aux autorités allemandes, responsables de l'examen de sa demande d'asile, et portant assignation à résidence.
Par une ordonnance n° 2400248 du 7 février 2024, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Nancy a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
I) Par une requête enregistrée le 26 février 2024 sous le n° 24NC00450, M. A B, représenté par Me Coche-Mainente, demande à la cour :
1°) d'annuler cette ordonnance ;
2°) d'annuler les arrêtés de la préfète du Bas-Rhin du 23 janvier 2024 ;
3°) d'enjoindre la délivrance d'une attestation de demande d'asile hors procédure Dublin sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros hors taxe au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- c'est à tort que le premier juge a rejeté sa requête comme irrecevable pour tardiveté, dès lors qu'il n'a pas été en mesure de saisir le tribunal dans le délai imparti et de saisir un conseil, les actes lui ayant été notifiés en anglais alors qu'il avait indiqué comprendre l'albanais ;
- la décision de transfert est entachée d'un vice de procédure en raison de l'absence d'information donnée en vertu de l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, dans une langue qu'il comprend, avant l'entretien ;
- il n'a pas bénéficié de l'entretien prévu par l'article 5 de ce règlement avec une personne qualifiée dans une langue comprise ;
- le préfet n'a pas apprécié l'opportunité de faire usage de la clause prévue par les dispositions de l'article 17 de ce règlement ; il ne ressort pas de l'arrêté que le préfet a informé les autorités allemandes de son état de santé ;
- il n'est pas établi que sa vulnérabilité a été évaluée ;
- c'est à tort que la responsabilité de la France pour connaître de sa demande d'asile à titre dérogatoire n'a pas été retenue, au regard des soins qu'il suit en France et qui ne peuvent être interrompus ;
- l'arrêté portant assignation à résidence doit être annulé en raison de l'illégalité de la mesure de transfert et par voie de conséquence de l'annulation de cette décision ;
- l'arrêté portant assignation à résidence est entaché d'incompétence ;
- son droit d'être entendu a été méconnu ;
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, les mesures édictées ne sont ni nécessaires ni proportionnées.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 avril 2024, la préfète du Bas-Rhin conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- c'est à juste titre que le tribunal a rejeté la demande du requérant pour tardiveté ;
- les moyens invoqués à l'encontre des arrêtés litigieux ne sont pas fondés.
II) Par une requête enregistrée le 28 février 2024 sous le n° 24NC00463, M. A B, représenté par Me Coche-Mainente, demande à la cour :
1°) de surseoir à l'exécution de l'ordonnance de la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Nancy du 7 février 2024 et des arrêtés litigieux ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros hors taxe au bénéfice de son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'exécution de l'ordonnance est susceptible d'entraîner des conséquences difficilement réparables ;
- il reprend les moyens invoqués dans l'instance n° 24NC00450.
La requête a été communiquée à la préfète du Bas-Rhin qui n'a pas produit de mémoire en défense dans cette instance.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décisions du 29 février 2024, dans les deux instances.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Samson-Dye a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant kosovar né le 14 février 1994, est entré en France le 23 novembre 2023, muni d'un visa délivré par les autorités allemandes. Ces dernières, saisies d'une demande de prise en charge sur le fondement de l'article 12-2 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, ont fait connaître leur accord le 7 décembre 2023. Par deux arrêtés du 23 janvier 2024, la préfète du Bas-Rhin, d'une part, a ordonné son transfert aux autorités allemandes, qu'elle a estimées responsables de l'examen de sa demande d'asile, et, d'autre part, l'a assigné à résidence dans le département de Meurthe-et-Moselle pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable trois fois, cette assignation étant assortie d'une obligation de se présenter chaque mercredi, en dehors des jours fériés, entre 9 heures et 10 heures, à l'hôtel de police de Nancy. Par deux requêtes qu'il y a lieu de joindre, M. B relève appel de l'ordonnance du 7 février 2024 par laquelle la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Nancy a rejeté sa demande comme irrecevable pour tardiveté et demande à ce qu'il soit sursis à son exécution.
Sur la régularité du jugement attaqué :
2. Aux termes de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen. / Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative. / Cette décision est notifiée à l'intéressé. Elle mentionne les voies et délais de recours ainsi que le droit d'avertir ou de faire avertir son consulat, un conseil ou toute personne de son choix. Lorsque l'intéressé n'est pas assisté d'un conseil, les principaux éléments de la décision lui sont communiqués dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend. " Aux termes de l'article L. 572-6 de ce même code : " Lorsque la décision de transfert est notifiée avec une décision d'assignation à résidence édictée en application de l'article L. 751-2, () le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la décision. / Il est statué selon les conditions et délais prévus aux articles L. 614-7 à L. 614-13. " Aux termes de l'article R. 777-3-8 du code de justice administrative : " Les dispositions de la présente section sont applicables aux recours en annulation contre les décisions de transfert mentionnées à l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lorsque l'étranger est () assigné à résidence. / Il est statué sur ces recours dans les conditions prévues aux articles L. 572-6 et L. 614-7 à L. 614-13 du même code ". Aux termes de l'article R. 777-3-9 du même code : " La présentation, l'instruction et le jugement des recours obéissent aux règles définies aux articles R. 776-4, R. 776-5-II, R. 776-6 à R. 776-9 et à la section 3 du chapitre VI du titre VII du livre VII du présent code. " Aux termes de l'article R. 776-15 de ce code : " Les jugements sont rendus, sans conclusions du rapporteur public, par le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne à cet effet. / Les attributions dévolues par les dispositions réglementaires du présent code à la formation de jugement ou à son président sont exercées par ce magistrat. / Il peut, par ordonnance : / () 4° Rejeter les recours entachés d'une irrecevabilité manifeste non susceptible d'être couverte en cours d'instance. "
3. Il ressort des pièces du dossier que les voies et délais de recours étaient mentionnés de manière suffisamment précise, s'agissant des deux arrêtés litigieux. Il ressort des mentions portées sur les documents complétés lors de la remise de ces arrêtés que l'agent de l'administration a procédé à leur notification en langue anglaise. Selon les mentions portées sur le document concernant la notification de l'arrêté de transfert, M. B a précisé, à l'occasion de cet échange, qu'il souhaitait rester en France, où il est pris en charge médicalement et il a déclaré être engagé dans un programme de dialyse. Au regard de ces éléments, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'anglais n'est pas une langue qu'il comprend, ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend. La circonstance que les arrêtés lui ont été notifiés à l'occasion d'une convocation à Strasbourg un vendredi après-midi, alors qu'il réside à Nancy, qu'il présente des problèmes de santé et que les locaux de l'ordre des avocats de Nancy étaient fermés lorsqu'il est revenu à Nancy ne sont pas de nature à exclure que le délai de recours de 48 heures lui soit appliqué, ce délai ne méconnaissant pas, par lui-même, le droit au recours effectif, au regard des modalités selon lesquelles une demande peut être présentée devant le tribunal administratif.
4. Il ressort des pièces du dossier que les deux arrêtés ont été notifiés à M. B, par voie administrative, le 26 janvier 2024 à 14 heures 15 et à 14 heures 25, alors que sa demande, adressée par son conseil par l'application Télérecours, a été enregistrée le 29 janvier 2004 à 12 heures 03, soit après l'expiration du délai de recours de 48 heures. Le requérant n'est donc pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par l'ordonnance attaquée, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Nancy a rejeté sa demande comme tardive.
5. La requête n° 24NC00450 ne peut donc qu'être rejetée, dans toutes ses conclusions.
Sur la requête n° 24NC00463 :
6. Le présent arrêt statue sur les conclusions tendant à l'annulation de l'ordonnance n° 2400248 de la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Nancy en date du 7 février 2024. Il n'y a, par suite, plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins de sursis à exécution. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées par M. B au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête n° 24NC00463 aux fins de sursis à exécution présentées par M. B.
Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à M. A B, à Me Coche-Mainente et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée à la préfète du Bas-Rhin.
Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Samson-Dye, présidente,
- M. Denizot, premier conseiller,
- Mme Picque, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.
La présidente-rapporteure,
Signé : A. Samson-DyeL'assesseur le plus ancien,
Signé : A. Denizot
La greffière,
Signé : N. Basso
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N. Basso
Nos 24NC00450, 24NC00463
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026