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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-24NC00720

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-24NC00720

vendredi 5 juillet 2024

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-24NC00720
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantSELARLU GRANDHAYE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Nancy d'annuler l'arrêté du 19 janvier 2024 par lequel la préfète de l'Aube l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

Par un jugement n° 2400160 du 26 janvier 2024, le magistrat désigné du tribunal administratif de Nancy a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 22 mars 2024, M. B, représenté par Me Grandhaye, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 26 janvier 2024 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 19 janvier 2024 ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Aube de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la préfète n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

-la décision portant obligation de quitter le territoire est fondée sur des faits matériellement inexacts dès lors qu'il a entrepris des démarches en vue de la régularisation de sa situation ;

-les décisions portant obligation de quitter le territoire français et portant interdiction de retour sur le territoire méconnaissent les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation ;

-la décision fixant le pays de retour doit être annulée en conséquence de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et portant interdiction de retour.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné Mme Kohler, présidente-assesseure, pour signer les ordonnances visées à l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant ivoirien, est entré sur le territoire français pour la première fois en 2011 afin d'y solliciter la reconnaissance du statut de réfugié. Après le rejet de sa demande d'asile, il a fait l'objet de plusieurs mesures d'éloignement, prononcées en 2014, 2016 et 2019 dont la dernière a été exécutée d'office. M. B est revenu en France en décembre 2022 selon ses déclarations. Il a été placé en garde à vue le 18 janvier 2024 pour des faits de violence sur sa compagne. Par un arrêté du 19 janvier 2024, la préfète de l'Aube l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. M. B fait appel du jugement du 26 janvier 2024 par lequel le magistrat désigné par le tribunal administratif de Nancy a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

3. En premier lieu, en se bornant à produire un formulaire de renseignements portant un tampon du 27 juin 2023 et le courrier qui lui a été adressé par les services de la préfecture de l'Aube le 6 décembre 2023 lui indiquant que sa demande de titre de séjour en qualité de parent d'enfant français devait se faire exclusivement par voie dématérialisée, M. B n'établit pas avoir saisi la préfète de l'Aube d'une demande de titre de séjour. Dans ces conditions, M. B n'établit pas que la préfète de l'Aube se serait fondée sur des faits matériellement inexacts ni qu'elle n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale de New York du 26 janvier 1990 relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

5. M. B fait valoir qu'il est père d'un enfant de nationalité française, âgé de neuf ans, qu'il vit en concubinage avec une compatriote, et qu'il est titulaire de l'autorité parentale de l'enfant qui a été placé à l'aide sociale à l'enfance et que sa compagne a été placée sous curatelle. Il ne produit toutefois aucun élément au soutien de ces allégations ni aucun élément de nature à établir qu'il entretient effectivement des relations avec sa compagne et avec son fils, la production de son acte de naissance et de son dernier bulletin scolaire étant insuffisante à cet égard. Dans ces conditions, et faute d'éléments supplémentaires, la mesure d'éloignement et l'interdiction de retour en litige ne peuvent être regardées comme portant à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elles ont été prises. En l'absence de preuve de liens avec son enfant, l'intéressé n'établit pas non plus que ces décisions auraient été prises en méconnaissance de l'intérêt supérieur de son fils mineur. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.

6. En dernier lieu, faute d'établir l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire et interdiction de retour sur le territoire français, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination devrait être annulée en conséquence d'une telle illégalité.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel présentée par M. B est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, dès lors, de la rejeter en toutes ses conclusions, selon la procédure prévue par les dispositions précitées du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie en sera adressée pour information à la préfète de l'Aube.

Fait à Nancy, le 5 juillet 2024.

La magistrate désignée,

Signé : J. Kohler

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

A. Bailly

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