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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-24NC00765

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-24NC00765

vendredi 5 juillet 2024

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-24NC00765
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. E B et Mme D B née A ont demandé au tribunal administratif de Strasbourg d'annuler les arrêtés du 23 juin 2023 par lesquels la préfète du Bas-Rhin a refusé de leur délivrer un titre de séjour, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d'office à l'expiration de ce délai.

Par des jugements n° 2306261 et n° 2306262 du 5 décembre 2023, le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté leurs demandes.

Procédure devant la cour :

I - Par une requête enregistrée le 28 mars 2024, sous le n°24NC00765, M. B, représenté par Me Sultan, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement n° 2306261 du 5 décembre 2023 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 23 juin 2023 pris à son encontre ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin de lui délivrer un titre de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, au titre de la procédure de première instance et la somme de 2 000 euros au titre de la procédure d'appel, à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il aurait dû être admis à l'aide juridictionnelle provisoire dès lors qu'il a déposé une demande d'aide juridictionnelle dans le délai du recours contentieux ;

- la décision de refus de titre de séjour a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que la préfète du Bas-Rhin aurait dû, au regard de l'évolution de son état de santé, solliciter un nouvel avis médical préalablement à son édiction ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire doit être annulée en conséquence de l'annulation de la décision portant refus de séjour.

II - Par une requête enregistrée le 28 mars 2024, sous le n°24NC00768, Mme B, représentée par Me Sultan, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 5 décembre 2023 en ce qui la concerne ;

2°) d'annuler l'arrêté du 23 juin 2023 pris à son encontre ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Bas-Rhin, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat deux sommes de 2 000 euros, au titre de la première instance et de l'appel, à verser à son conseil sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- elle aurait dû être admise à l'aide juridictionnelle provisoire dès lors qu'elle a déposé une demande d'aide juridictionnelle dans le délai du recours contentieux ;

- la décision de refus de titre de séjour méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée en conséquence de l'annulation de la décision portant refus de séjour.

M. et Mme B ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par des décisions des 29 février et 21 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné Mme Kohler, présidente-assesseure, pour signer les ordonnances visées à l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme B, ressortissants géorgiens, sont entrés sur le territoire français, selon leurs déclarations, le 12 juillet 2018 afin d'y solliciter la reconnaissance du statut de réfugié. A la suite du rejet de leurs demandes d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides et la Cour nationale du droit d'asile, M. B s'est vu délivrer un titre de séjour en raison de son état de santé valable jusqu'au 12 août 2021 et Mme B une autorisation provisoire de séjour renouvelée jusqu'au 9 juin 2021. Le 15 juillet 2021, M. B a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le 31 janvier 2022, M. et Mme B ont sollicité leur admission au séjour, sur le fondement des articles L. 423-23 et l. 431-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par deux arrêtés du 23 juin 2023, la préfète du Bas-Rhin a refusé de leur délivrer un titre de séjour, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel ils pourront être reconduits d'office à l'expiration de ce délai. Par deux requêtes qu'il y a lieu de joindre, M. et Mme B font appel des jugements du 5 décembre 2023 par lesquels le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté leurs demandes tendant à l'annulation de ces arrêtés.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

3. En premier lieu, aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence, notamment lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé ou en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. Elle est accordée de plein droit au demandeur et au défendeur lorsque la procédure concerne la délivrance d'une ordonnance de protection. L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué " et aux termes de l'article 62 de ce décret : " () La décision statuant sur la demande d'admission provisoire est sans recours ".

4. Il résulte des termes mêmes des dispositions précitées de l'article 62 du décret du 28 décembre 2020 que les décisions par lesquelles le tribunal administratif de Strasbourg a rejeté les demandes d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle présentées par M. et Mme B, ne sont pas susceptibles de recours. M. et Mme B ne peuvent donc pas utilement critiquer cette partie des jugements attaqués.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat ".

6. Pour refuser de délivrer le titre de séjour sollicité par M. B, la préfète du Bas-Rhin s'est fondée sur l'avis émis le 4 octobre 2021 par le collège de médecins de l'OFII estimant que si l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale, son défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, et que par ailleurs, son état de santé peut lui permettre de voyager sans risque vers son pays d'origine. M. B soutient que cet avis médical n'était plus pertinent à la date de la décision en litige. Toutefois, les pièces médicales qu'il produit, si elles mentionnent ses pathologies et les traitements en cours, en faisant d'ailleurs état des mêmes pathologies que le formulaire transmis à l'OFII, ne comportent pas de précision sur l'évolution de son état de santé. La seule circonstance qu'un taux d'incapacité compris entre 50 et 80% lui aurait été reconnu ne permet pas non plus d'établir une aggravation de son état de santé entre la date de l'avis du collège de médecins et la date de la décision en litige. Dans ces conditions, M. B n'établit pas que le collège de médecins de l'OFII ne s'est pas prononcé au vu de son état de santé effectif et le moyen tiré de ce que la décision de refus de titre de séjour opposée à M. B aurait été prise à l'issue d'une procédure irrégulière doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1.Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. M. et Mme B soutiennent que leur droit au respect de la vie privée et familiale faisait obstacle à ce que la préfète refuse de leur délivrer un titre de séjour. Il se prévalent de leur durée de présence en France, de la présence de leur fils aîné, de la scolarisation de leur fils cadet, de l'insertion professionnelle de Mme B ainsi que de la volonté d'intégration de l'ensemble de la famille. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. et Mme B ne résidaient en France que depuis moins de cinq ans à la date des décisions attaquées et ils ne justifient pas y avoir, outre leur cellule familiale, des liens d'une ancienneté ou intensité particulières. En outre, les décisions contestées n'ont ni pour objet ni pour effet de séparer les requérants de leur enfant mineur, dont il n'est pas établi qu'il ne pourrait pas reprendre sa scolarité en Géorgie, où la cellule familiale a vocation à se reconstituer. Par ailleurs, les autres éléments versés au dossier, notamment le contrat de travail à durée indéterminée en qualité d'agent de service de Mme B, ne suffisent pas à démontrer qu'ils seraient particulièrement intégrés au sein de la société française. Dans ces conditions et alors que leur fils aîné fait également l'objet d'une mesure d'éloignement, les décisions de refus de séjour en litige ne peuvent être regardées comme portant à leur droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elles ont été prises. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent, par suite, être écartés.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

10. M. et Mme B invoquent les mêmes éléments que ceux mentionnés au point 8 de la présente ordonnance et se prévalent en outre de l'état de santé de M. B. Ces seuls éléments, alors que M. B ne justifie pas de la gravité de ses pathologies, ne constituent pas des motifs exceptionnels ou des considérations humanitaires permettant la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation de leur situation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. En dernier lieu, faute d'établir l'illégalité des décisions de refus de titre de séjour, M. et Mme B ne sont pas fondés à soutenir que les décisions portant obligation de quitter le territoire français devraient être annulées en conséquence de l'annulation de ces décisions.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes d'appel présentées par M. et Mme B sont manifestement dépourvues de fondement. Il y a lieu, dès lors, de les rejeter en toutes leurs conclusions, selon la procédure prévue par les dispositions précitées du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : Les requêtes de M. et Mme B sont rejetées.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. E B, à Mme D B née A et à Me Sultan.

Copie en sera adressée pour information à la préfète du Bas-Rhin.

Fait à Nancy, le 5 juillet 2024.

La magistrate désignée,

Signé : J. Kohler

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

M. C

Nos 24NC00765, 24NC00768

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