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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA54-24NC01171

Cour Administrative d'Appel de Nancy — Décision N° CAA54-24NC01171

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionCour Administrative d'Appel de Nancy
SectionCour Administrative d'Appel de Nancy
N° DossierCAA54-24NC01171
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantPIALAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Strasbourg d'annuler l'arrêté du 22 octobre 2023 par lequel la préfète du Bas-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

Par un jugement n° 2307543 du 2 novembre 2023, le magistrat désigné par le président tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête enregistrée le 10 mai 2024, M. A, représenté par Me Pialat, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du 2 novembre 2023 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 octobre 2023 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros HT à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou à lui-même dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les 1), 4) et 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la cour administrative d'appel de Nancy a désigné Mme Kohler, présidente-assesseure, pour signer les ordonnances visées à l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien, a été interpellé et placé en garde à vue pour des faits de vol le 22 octobre 2023. Par un arrêté du 22 octobre 2023, la préfète du Bas-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. M. A fait appel du jugement du 2 novembre 2023 par lequel le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Strasbourg a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les autres magistrats ayant le grade de président désigné à cet effet par le président de la cour peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement () ".

3. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / 1) au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France depuis plus de dix ans () ".

4. M. A fait valoir qu'il réside en France de manière habituelle depuis 1998. Toutefois, s'il ressort des pièces du dossier, notamment des attestations de son employeur, des certificats médicaux et du fichier du traitement des antécédents judiciaires, qu'il a résidé sur le territoire français entre 2006 et 2011, il ne produit aucun élément pour justifier de sa présence en France entre 2011 et le 24 août 2017, date de sa première demande d'admission au séjour. En outre, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que M. A a fait l'objet d'une première mesure d'éloignement le 29 janvier 2018 et qu'il " aurait été éloigné en date du 16/03/2018 vers Oran ". Il ressort du procès-verbal de son audition par les services de police le 22 octobre 2023 que l'intéressé a confirmé être retourné à Oran en 2018 avant de passer plusieurs mois en Espagne puis de revenir en France. Dans ces conditions, les éléments produits sont insuffisants pour justifier que M. A résidait en France depuis plus de dix ans à la date de l'arrêté en litige. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du 1) de l'article 6 de l'accord franco-algérien doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit () 4) au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. Lorsque la qualité d'ascendant direct d'un enfant français résulte d'une reconnaissance de l'enfant postérieure à la naissance, le certificat de résidence d'un an n'est délivré au ressortissant algérien que s'il subvient à ses besoins depuis sa naissance ou depuis au moins un an ".

6. M. A soutient que la préfète du Bas-Rhin ne pouvait refuser de l'admettre au séjour dès lors qu'il est le père de deux enfants français aux besoins desquels il subvient effectivement. Il se prévaut notamment de la mise en place d'une garde partagée. Toutefois, la seule production d'un acte de reconnaissance anticipée de paternité établi le 2 août 2006 ne permet pas d'établir l'identité de ses enfants et, ainsi, la réalité d'un lien de filiation. En outre, s'il ressort du procès-verbal de son audition par les services de police le 22 octobre 2023 que l'intéressé a déclaré avoir " 2 enfants âgés de 8 ans et 14 ans ", il ressort des termes de ce document qu'il s'est abstenu de préciser leur nationalité, qu'il a déclaré qu'aucun de ses enfants n'est à sa charge et que leur garde a été confiée à leur mère. Dans ces conditions, M. A ne démontre pas être le père d'enfants français mineurs et, en tout état de cause, ne démontre pas exercer même partiellement l'autorité parentale ou subvenir effectivement aux besoins de ces enfants. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du 4) de l'article 6 de l'accord franco-algérien doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention 'vie privée et familiale" est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. M. A se prévaut de la durée de son séjour en France, de la présence de ses enfants français mineurs ainsi que de la présence régulière de sa mère et de ses frères et sœurs. Il résulte toutefois de ce qui a été dit au point 4 de la présente ordonnance qu'il n'établit pas la durée de son séjour sur le territoire français. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit au point 6, si M. A soutient être le père de deux enfants français mineurs, il n'apporte aucun élément de nature à l'établir ni à démontrer qu'il contribue à leur entretien et à leur éducation ou qu'il entretient avec eux des liens affectifs intenses et stables. En outre, s'il mentionne la présence régulière en France de membres de sa famille, les seuls titres de séjour et cartes d'identité produits ne suffisent pas à établir qu'il entretiendrait avec eux des liens particuliers. Enfin, M. A ne produit aucun élément de nature à démontrer qu'il aurait en France d'autres liens d'une ancienneté ou intensité particulières et ne justifie d'aucune intégration sociale et économique dans la société française, alors qu'il a fait l'objet de onze condamnations pénales entre 2003 et 2019 et qu'il a été interpellé le 22 octobre 2023 pour des faits de vol. Dans ces conditions, la décision portant obligation de quitter le territoire français en litige ne peut être regardée comme portant à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquelles elle a été prise. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien doivent être écartés.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

10. Ainsi qu'il a été dit, M. A n'établit pas entretenir des liens avec ses enfants mineurs. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ".

12. En l'espèce, pour caractériser une menace pour l'ordre public, la préfète du Bas-Rhin a relevé que M. A a été condamné à onze reprises entre 2003 et 2019 pour des faits de violence en réunion, outrage à personne chargée d'une mission de service public, violences aggravées, refus de se soumettre à un dépistage d'alcoolémie lors d'un contrôle routier, vol en réunion, vol aggravé par deux circonstances, abus de confiance, vol avec destruction ou dégradation, violence avec usage ou menace d'une arme ayant entraîné la mort sans intention de la donner et conduite d'un véhicule en ayant fait usage de substance ou plantes comme stupéfiants. La préfète a également relevé que l'intéressé a été interpellé et placé en garde à vue le 22 octobre 2023 pour des faits de vol. M. A soutient ne pas avoir été fait l'objet d'une condamnation récente. Eu égard à la gravité et à la répétition des faits qu'il a commis qui ne sont pas anciens, la préfète a pu légalement considérer que le comportement de l'intéressé représentait une menace pour l'ordre public et prononcer à son encontre une obligation de quitter le territoire français sur le fondement des dispositions précitées du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

13. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ". Il résulte de ces dispositions que lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, le préfet assorti, en principe et sauf circonstances humanitaires, l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour. La durée de cette interdiction doit être déterminée en tenant compte des critères tenant à la durée de présence en France, à la nature et l'ancienneté des liens de l'intéressé avec la France, à l'existence de précédentes mesures d'éloignement et à la menace pour l'ordre public représentée par la présence en France de l'intéressé.

14. Pour prononcer une interdiction de retour d'une durée de trois ans à son encontre, la préfète du Bas-Rhin s'est fondée sur le fait que M. A ne pouvait justifier de son entrée régulière sur le territoire français, qu'il ne justifiait pas de liens intenses et stables en France, que son comportement représentait une menace pour l'ordre public et qu'il avait fait l'objet de précédentes mesures d'éloignement. M. A ne justifie ni de la durée de sa présence en France, ni des liens qu'il y entretient. Dans ces conditions, en se bornant à invoquer la durée de sa présence et la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, sans plus de précisions, M. A n'établit pas que la préfète ne pouvait légalement prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel présentée par M. A est manifestement dépourvue de fondement. Il y a lieu, dès lors, de la rejeter en toutes ses conclusions, selon la procédure prévue par les dispositions précitées du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à Me Pialat.

Copie en sera adressée pour information à la préfète du Bas-Rhin.

Fait à Nancy, le 12 juillet 2024.

La magistrate désignée,

Signé : J. Kohler

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière,

A. Bailly

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