jeudi 7 avril 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Douai |
| Section | Cour administrative d'appel de Douai |
| N° Dossier | CAA59-20DA00509 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Formation | 4e chambre - formation à 3 |
| Avocat requérant | NAHON |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
La société d'exercice libéral à responsabilité limitée (SELARL) A Poutz-Fontaine a demandé au tribunal administratif de Rouen de prononcer la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés à laquelle elle a été assujettie au titre de l'exercice clos en 2011.
Par un jugement n°1800329 du 28 janvier 2020, le tribunal administratif de Rouen a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 18 mars 2020, la SELARL A B, représenté par Me Nahon, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement n°1800329 du tribunal administratif de Rouen ;
2°) d'accorder la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés en litige ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Elle soutient qu'elle pouvait, à bon droit, comptabiliser une provision pour dépréciation du fonds de commerce sur la totalité de la valeur nette comptable, dès lors qu'il y a une impossibilité économique de céder la patientèle du cabinet de radiologie, eu égard au contexte de l'activité des cabinets de radiologie en zone rurale.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 juin 2020, le ministre de l'action et des comptes publics conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 20 octobre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 12 novembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Sauveplane, président assesseur,
- les conclusions de M. Arruebo-Mannier, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La SELARL A B, qui exerce une activité d'imagerie médicale à Bernay, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité, à l'issue de laquelle l'administration a remis en cause la déduction d'une provision pour dépréciation à hauteur de la totalité de la valeur nette comptable du fonds de commerce de cette société. Après réintégration de cette provision au bénéfice fiscal, l'administration a assujetti, en conséquence, cette dernière à une cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice clos en 2011, en suivant la procédure de redressement contradictoire.
Sur les conclusions aux fins de décharge :
2. Aux termes de l'article 39 du code général des impôts : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : / () / 5° Les provisions constituées en vue de faire face à des pertes ou charges nettement précisées et que des événements en cours rendent probables, à condition qu'elles aient été effectivement constatées dans les écritures de l'exercice. () ". Aux termes de l'article 38 sexies de l'annexe III au code général des impôts : " La dépréciation des immobilisations qui ne se déprécient pas de manière irréversible, notamment les terrains, les fonds de commerce, les titres de participation, donnent lieu à la constitution de provisions dans les conditions prévues au 5° du I de l'article 39 du code général des impôts ".
3. Il résulte de ces dispositions qu'une entreprise qui constate, par suite d'événements en cours à la clôture de l'exercice, une dépréciation non définitive d'un élément de son actif immobilisé, peut, alors même que celui-ci est amortissable, constituer une provision dont le montant ne peut excéder, à la clôture de l'exercice, la différence entre la valeur nette comptable et la valeur probable de réalisation de l'élément dont il s'agit, à la condition notamment que le mode de calcul de la provision soit propre à exprimer avec une approximation suffisante le montant probable de cette dépréciation.
4. Pour les exercices ouverts depuis le 1er janvier 2005, le plan comptable général et notamment son article 322-5, impose aux entreprises d'apprécier, à chaque clôture des comptes et à chaque situation intermédiaire, s'il existe un indice quelconque montrant qu'un ou plusieurs de leurs actifs ont pu perdre de leur valeur. Lorsqu'un tel indice existe, un test de dépréciation consistant à comparer la valeur nette du bien considéré et sa valeur actuelle doit être effectué afin de confirmer ou non la perte de valeur. En présence d'une telle perte de valeur, l'entreprise peut, le cas échéant, déprécier l'actif concerné en fonction de sa valeur actuelle.
5. La société requérante a inscrit en comptabilité, au titre de l'exercice clos au 31 décembre 2011, une provision pour dépréciation de son fonds de commerce à hauteur de la totalité de la valeur du fonds de commerce représentatif de la patientèle acquise en 2004, pour la somme de 692 074 euros, de ses deux associés, M. A et Mme B. Pour justifier du principe de la provision, la SELARL A B fait valoir qu'un des associés souhaite partir à la retraite en juillet 2012, mais qu'il n'a pas réussi à vendre ses parts dans la société et que, compte tenu de la démographie médicale et des conditions d'exercice dans un cabinet de radiologie en zone rurale, elle n'a aucun espoir de parvenir à trouver un remplaçant. Elle fait également valoir que de nombreux cabinet de radiologie ou de médecine générale ont fermé dans le département de l'Eure.
6. Toutefois, l'administration fait valoir qu'au cours de l'année de constitution de la provision en 2011, le chiffre d'affaires n'a subi qu'un léger repli de 2% par rapport à l'année précédente. Elle ajoute que les rémunérations versées aux associés en 2011 excèdent les rémunérations versées l'année précédente et sont identiques à celles versées en 2009, tandis que le résultat d'exploitation, après neutralisation de la provision litigieuse en 2011, n'accuse pas de baisse significative par rapport au résultat de l'année précédente. Le résultat fiscal avant rémunération des dirigeants connaît même une augmentation nette en 2011, à 471 141 euros alors qu'il était de 368 304 euros en 2010, la marge nette avant rémunération des dirigeants ayant, quant à elle, augmenté de 37,9% en 2010 à 49,6% en 2011. Au vu des éléments ainsi avancés par l'administration et non sérieusement contestés, il ne peut être constaté comptablement d'indice de baisse de performance économique de la SELARL Poutz-Fontaine sur l'exercice 2011 et donc de perte de valeur ni, au demeurant, aucun changement dans les conditions d'exercice d'activité en 2011, le départ en retraite de l'associé n'intervenant qu'en 2012. Dès lors, la SELARL A B ne justifie pas du principe de la dépréciation.
7. S'agissant du quantum, la circonstance qu'un des deux associés de la société, à qui appartient la patientèle, parte en retraite en 2012 n'est pas de nature à justifier la comptabilisation d'une provision sur la totalité du fonds de commerce en 2011. Dès lors, la SELARL A B ne justifie pas non plus du quantum de la provision pour dépréciation qu'elle a portée en comptabilité.
8. Il résulte de ce qui précède que la SELARL A B n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Rouen a rejeté sa demande tendant à la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés en litige.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
9. L'Etat n'étant pas partie perdante à l'instance, les conclusions de la SELARL A B tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
DECIDE :
Article 1er :La requête de la SELARL A B est rejetée.
Article 2 :Le présent arrêt sera notifié à la SELARL A B et au ministre de l'économie, des finances et de la relance.
Copie en sera transmise à l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Nord.
Délibéré après l'audience publique du 17 mars 2022 à laquelle siégeaient :
- M. Mathieu Sauveplane, président assesseur, président de la formation de jugement en application de l'article R. 222-26 du code de justice administrative,
- Mme Dominique Bureau, première conseillère.
- M. Jean-François Papin, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 avril 2022.
Le président, rapporteur,
Signé : M. SauveplaneL'assesseur le plus ancien,
Signé : D. Bureau
La greffière,
Signé : N. Roméro
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la relance, en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Nathalie Roméro
N°20DA00509
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026