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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-20DA01365

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-20DA01365

jeudi 16 juin 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-20DA01365
TypeOrdonnance
Recoursplein contentieux
PublicationC
Avocat requérantBERNIGARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

La société civile à capital variable (SCCV) Promofrance Clarimontis a demandé au tribunal administratif d'Amiens de prononcer la décharge de la pénalité de 40 % pour manquement délibéré et des intérêts de retard.

Par un jugement n° 1801789 du 7 juillet 2020, le tribunal administratif d'Amiens a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête du 2 septembre 2020, la SCCV Promofrance Clarimontis, représentée par Me Bernigard, demande à la cour :

1°) d'annuler le jugement n° 1801789 du tribunal administratif d'Amiens ;

2°) de prononcer la décharge des droits supplémentaires de taxe sur la valeur ajoutée ains que de la majoration de 40% pour manquement délibéré et des intérêts de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le jugement est irrégulier : la question de la date d'exigibilité n'a pas été traitée par les premiers juges ;

- la taxe sur la valeur ajoutée n'est pas exigible lors de l'encaissement sur un compte centralisateur tenu par une banque sur lequel elle ne disposait d'aucun pouvoir de gestion et d'administration ;

- l'administration n'a pas suffisamment motivé l'application de la majoration et ne démontre pas le caractère intentionnel du manquement délibéré justifiant l'application de la majoration de 40% sur le fondement de l'article 1729 du code général des impôts ;

- la majoration de 40% pour manquement délibéré est une peine disproportionnée.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 novembre 2020, le ministre de l'économie, des finances et de la relance conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les conclusions d'appels de la SCCV Promofrance Clarimontis sur le bien-fondé des rappels de taxe sur la valeur ajoutée sont irrecevables et que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu la décision de la présidente de la cour du 1er décembre 2021 désignant M. Sauveplane, président-assesseur, pour statuer par ordonnance sur le fondement de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : () 4° Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ou qu'elles n'ont pas été régularisées à l'expiration du délai imparti par une demande en ce sens ; / Les () présidents des formations de jugement des cours, ainsi que les autres magistrats ayant le grade de président désignés à cet effet par le président de la cour peuvent (), par ordonnance, () rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. "

2. La société civile de construction-vente (SCCV) Promofrance Clarimontis, qui exerce une activité de promoteur immobilier, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité à l'issue de laquelle l'administration a rappelé des droits supplémentaires de taxe sur la valeur ajoutée qu'elle a assortis de la majoration de 40% pour manquement délibéré et qui ont été mis en recouvrement le 18 avril 2017 pour un montant de 255 354 euros dont 70 713 euros de majoration et 5 889 euros d'intérêts de retard. La SCCV Promofrance Clarimontis relève appel du jugement du tribunal administratif d'Amiens qui a rejeté sa demande tendant à la décharge de la majoration de 40 % pour manquement délibéré et de l'intérêt de retard.

Sur la régularité du jugement :

3. Aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " les jugements sont motivés. "

4. Il résulte de l'instruction que la SCCV Promofrance Clarimontis n'a contesté devant le tribunal administratif d'Amiens que l'application de la majoration de 40% pour manquement délibéré. Or, la question de la date d'exigibilité de la taxe sur la valeur ajoutée n'était qu'un argument développé par la société au soutien de sa contestation du manquement délibéré justifiant l'application de la majoration contestée. Par suite, la circonstance que les premiers juges n'ont pas spécifiquement répondu à cet argument pour estimer que l'administration apportait la preuve du manquement délibéré et écarter les conclusions relatives à la majoration, reste sans influence sur le caractère suffisamment motivé du jugement. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité du jugement doit être écarté.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le ministre s'agissant des conclusions de décharge des droits supplémentaires de taxe sur la valeur ajoutée :

5. Il résulte de l'instruction que la SCCV Promofrance Clarimontis n'a contesté dans sa réclamation préalable adressée à l'administration fiscale que l'application de la majoration de 40% pour manquement délibéré et n'a contesté la date d'exigibilité de la taxe sur la valeur ajoutée qu'à l'appui de sa contestation de la majoration pour démontrer sa bonne foi et l'absence de manquement délibéré. De même, elle n'a contesté devant les premiers juges que la majoration de 40 % pour manquement délibéré. Par suite, les conclusions de la requête de la SCCV Promofrance Clarimontis tendant à la décharge des droits supplémentaires de taxe sur la valeur ajoutée sont irrecevables dès lors qu'elles n'ont été formulées ni dans la réclamation préalable ni devant les premiers juges et cette irrecevabilité n'est pas susceptible de régularisation. Dès lors, il y a lieu de les rejeter en application du 4° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

En ce qui concerne la majoration de 40 % pour manquement délibéré :

6. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : a. 40 % en cas de manquement délibéré () ". A ceux de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs, de la taxe sur la valeur ajoutée et des autres taxes sur le chiffre d'affaires, des droits d'enregistrement, de la taxe de publicité foncière et du droit de timbre, la preuve de la mauvaise foi et des manœuvres frauduleuses incombe à l'administration. " A ceux de l'article L. 80 D du même livre : " Les décisions mettant à la charge des contribuables des sanctions fiscales sont motivées au sens des articles L. 211-2 à L. 211-7 du code des relations entre le public et l'administration, quand un document ou une décision adressés au plus tard lors de la notification du titre exécutoire ou de son extrait en a porté la motivation à la connaissance du contribuable. "

7. Pour appliquer la pénalité de 40 % pour manquement délibéré à la SCCV Promofrance Clarimontis, l'administration fiscale a relevé qu'en ce qui concerne la minoration des encaissements de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er janvier 2014 au 31 octobre 2015, les recettes, effectivement réalisées et régulièrement portées sur le compte bancaire de la société, ressortaient clairement de la comptabilité et que, dès lors, leur niveau réel et celui des droits correspondants ne pouvait être ignoré. L'administration a également relevé l'importance et la répétition de ces minorations sur la période précitée, lesquelles représentent 42,66% des droits dus pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2014, et l'intégralité de la taxe sur la valeur ajoutée collectée pour la période du 1er janvier au 31 octobre 2015. Enfin, elle a indiqué que le gérant de la société, qui est un professionnel dans le domaine de la promotion immobilière, ne pouvait ignorer les obligations déclaratives qui lui incombaient d'autant que la taxe sur la valeur ajoutée était clairement mentionnée dans les actes de cession des lots.

8. En premier lieu, il résulte de ce qui vient d'être dit au point 5 que la proposition de rectification du 23 mars 2016, de même que la réponse aux observations du contribuable du 24 mai 2016 indiquent, outre les impôts et années d'imposition auxquels se rattachent les rehaussements, les motifs de droit tirés des dispositions du a de l'article 1729 du code général des impôts et les considérations de fait justifiant l'application de la pénalité de 40 % pour manquement délibéré. Ainsi, la proposition de rectification et la réponse aux observations du contribuable sont suffisamment claires, précises et motivées pour permettre à la société d'en discuter utilement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

9. En second lieu, si la SCCV Promofrance Clarimontis fait valoir qu'en raison des relations conflictuelles avec l'établissement bancaire teneur du compte centralisateur, elle ne disposait d'aucun pouvoir de gestion et d'administration des sommes déposées sur ce compte, cette circonstance reste toutefois sans incidence sur le bien-fondé de la majoration dès lors, d'une part, que la taxe sur la valeur ajoutée restait due à l'encaissement des sommes sur le compte centralisateur et, d'autre part, que le litige l'opposant à son établissement bancaire, à le supposer établi, ne faisait pas obstance à la déclaration régulière de la taxe sur la valeur ajoutée à l'administration fiscale quand bien même la société aurait été empêchée de verser la taxe sur la valeur ajoutée due au Trésor public en raison de ce conflit. Dans ces conditions, l'administration doit être regardée comme rapportant la preuve, qui lui incombe, du manquement délibéré.

10. En troisième lieu, les dispositions de l'article 1729 du code général des impôts proportionnent les pénalités aux agissements commis par le contribuable et prévoient des taux de majoration différents selon la qualification qui peut être donnée au comportement du contribuable. Ces dispositions ne confèrent pas au juge un pouvoir de modulation du taux de ces pénalités mais permettent néanmoins de respecter les exigences de proportionnalité et d'individualisation des peines.

11. En dernier lieu, l'invocation de l'atteinte au droit de propriété garanti par l'article 1er du premier protocole additionnel à la convention européenne des droits de l'Homme n'étant pas articulé comme tel à l'appui des conclusions dirigées contre la majoration mais comme un argument au soutien de ces mêmes conclusions, il n'y a pas lieu d'y répondre explicitement.

En ce qui concerne l'intérêt de retard :

12. Aux termes de l'article 1727 du code général des impôts : " I. - Toute créance de nature fiscale, dont l'établissement ou le recouvrement incombe aux administrations fiscales, qui n'a pas été acquittée dans le délai légal donne lieu au versement d'un intérêt de retard. A cet intérêt s'ajoutent, le cas échéant, les sanctions prévues au présent code "

13. Si la SCCV Promofrance Clarimontis demande la décharge de l'intérêt de retard, elle n'assortit ses conclusions d'aucun moyen. Par suite, ces conclusions ne peuvent qu'être rejetées.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de la SCCV Promofrance Clarimontis relatives à la majoration de 40 % pour manquement délibéré et à l'intérêt de retard sont manifestement dépourvues de fondement. Dès lors, il y a lieu de les rejeter en application des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris s'agissant des conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er :La requête de la SCCV Promofrance Clarimontis est rejetée.

Article 2 :La présente ordonnance sera notifiée à la SCCV Promofrance Clarimontis et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Copie en sera transmise à l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Nord.

Fait à Douai le 16 juin 2022.

Le président-assesseur de la 4ème chambre,

Signé : Mathieu Sauveplane

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme

La greffière,

Nathalie Roméro

N°20DA01365

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