mardi 3 mai 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Douai |
| Section | Cour administrative d'appel de Douai |
| N° Dossier | CAA59-21DA00514 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 1re chambre - formation à 3 |
| Avocat requérant | CABINET LEFEVRE PELLETIER ET ASSOCIES ET CGR LEGAL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 mars 2021, et un mémoire, enregistré le 17 février 2022, la société Ferme éolienne Le Mûrier, représentée par Me Yaël Cambus, demande à la cour :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 30 décembre 2020 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui accorder une autorisation environnementale d'exploiter un parc éolien sur le territoire de la commune de Carnières ;
2°) de délivrer cette autorisation, assortie, le cas échéant, des prescriptions nécessaires à la préservation des intérêts mentionnés à l'article L. 511-1 du code de l'environnement ;
3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer cette autorisation assortie, si nécessaire, des mêmes prescriptions, dans un délai de deux mois à compter de la notification de l'arrêt ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- cet arrêté a été signé par une autorité incompétente ;
- il n'est pas suffisamment motivé au regard des exigences des articles L. 211-2 et
L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- le motif de refus de l'autorisation d'exploiter est entaché d'erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 décembre 2021, la ministre de la transition écologique, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 8 mars 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 7 avril 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2009/147/CE concernant la conservation des oiseaux sauvages ;
- le code de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Naïla Boukheloua, première conseillère,
- les conclusions de M. Aurélien Gloux-Saliou, rapporteur public,
- et les observations de Me Yaël Cambus, représentant la société Ferme éolienne Le Mûrier.
Considérant ce qui suit :
1. Le 15 mai 2017, la société Ferme éolienne Le Mûrier a déposé une demande d'autorisation environnementale pour l'exploitation d'un parc éolien, qui comprenait initialement sept aérogénérateurs et en comprend quatre dans le dernier état de la demande, et un poste de livraison, sur le territoire de la commune de Carnières. Le préfet du Nord a rejeté cette demande par un arrêté du 30 décembre 2020, dont la société pétitionnaire demande l'annulation.
Sur la légalité de l'arrêté attaqué :
2. Aux termes de l'article L. 181-3 du code de l'environnement : " I. L'autorisation environnementale ne peut être accordée que si les mesures qu'elle comporte assurent la prévention des dangers ou inconvénients pour les intérêts mentionnés aux articles L. 211-1 et L. 511-1, selon les cas / () ". Les intérêts mentionnés à l'article L. 511-1 du même code comprennent les dangers ou inconvénients " () pour la protection de la nature () ".
3. Pour refuser d'accorder l'autorisation d'exploiter le parc éolien litigieux, le préfet du Nord s'est fondé sur les atteintes que le projet fait encourir au busard des roseaux, espèce protégée sensible à l'éolien, dès lors que la zone d'implantation du projet est un secteur préférentiel de nidification pour cette espèce, et ce compte tenu de l'insuffisance des mesures d'évitement, de réduction et d'accompagnement proposées, qui ne permettent pas d'atteindre un niveau de risque résiduel acceptable, et sans que des prescriptions ne puisse prévenir de telles atteintes.
4. Il résulte des constatations relevées par l'étude d'impact que le site d'implantation du projet se situe à proximité d'une zone de nidification et de chasse, notamment en période postnuptiale, du busard des roseaux, espèce protégée par l'annexe I de la directive " Oiseaux ", considéré comme nicheur quasi-menacé au niveau national et comme vulnérable en Nord-Pas-de-Calais. A cet égard, si les éoliennes E1 et E2 se situent à proximité immédiate de cette zone, les éoliennes E3 et E4 sont situées dans le rayon d'action de cette espèce, qui s'étend jusqu'à trois à cinq kilomètres autour du nid.
5. Compte tenu de la sensibilité de cette espèce à l'éolien, il n'est pas contesté que le risque de modification du comportement de cette espèce en raison du projet, doit être qualifié de " faible ". Si la défense fait valoir que le risque " faible " de perte d'habitat attribué aux éoliennes E3 et E4 doit s'aligner au niveau " modéré " retenu pour les éoliennes E1 et E2, elle ne justifie pas de cette allégation en se bornant à mentionner le rayon d'action de cette espèce, alors que l'Autorité environnementale se borne à indiquer, dans son avis du 10 mai 2019, que la variante retenue " reste toutefois impactante, en particulier pour les éoliennes E1 et E2 qui se situent à proximité de l'aire de nidification et de chasse des busards des roseaux ".
6. Si l'étude d'impact relève que le risque de collision présente un niveau " fort " au regard de la seule sensibilité de l'espèce à l'éolien, il est à juste titre ramené à un niveau " faible " en tenant compte, sur la base de la population européenne de cette espèce, de la mortalité liée à l'éolien déjà constatée. Sur ce point, d'une part, si l'étude d'impact, qui classe les hauteurs de vol des oiseaux contactés entre zéro et cinquante mètres, cinquante et cent mètres, et au-delà, inventorie des contacts au sol et en vol de busard des roseaux entre zéro et cinquante mètres, il résulte de l'instruction que le projet présente une distance sol-pale de près de 30 mètres, permettant très largement le passage des busards des roseaux, dans leur activité de chasse notamment postnuptiale, ces derniers volant à très basse altitude, généralement entre 5 et 10 mètres, hors parades nuptiales. D'autre part, il résulte de l'instruction et n'est pas contesté que si 48 cas de mortalités ont été identifiés à l'échelle européenne, aucun cas de mortalité n'a encore été recensé en France.
7. Comme le relève l'étude d'impact, les alentours du projet offrent un milieu similaire de substitution propice à la nidification et à la chasse du busard des roseaux. Or, l'impact cumulé du projet avec les parcs de la Voie du Moulin Jérôme et du chemin d'Avesnes, qui se situent à environ quatre kilomètres du projet, a été qualifié de " faible " dans le dossier, compte tenu de la capacité de cette espèce à s'adapter à l'éolien, comme en témoigne notamment une étude menée sur les parcs éoliens de la Beauce par Loiret Nature Environnement, Eure et Loir Nature, Biotop / Greet Ingénierie / P. Lustrat et JL Pratz, dont les conclusions ne sont pas contestées.
8. Les mesures d'évitement, qui ont consisté, tout d'abord, à supprimer trois éoliennes, et ensuite, à implanter les quatre éoliennes du projet en dehors de la zone de nidification et de chasse et à distance du ru et des haies, zone de nidification avérée du busard des roseaux, espèce plutôt inféodée aux milieux humides permanents ou temporaires, ont été regardées par l'autorité environnementale, dans son avis du 10 mai 2019, comme permettant au projet " de renforcer l'évitement des zones à enjeux, en particulier pour la biodiversité. ". Si la mesure d'évitement consistant à décaler le " début des travaux " en dehors de la période de nidification du busard des roseaux entre les mois d'avril et juillet, gagnerait à porter sur toute la durée des travaux, il ne résulte pas de l'instruction qu'un tel renforcement ne pourrait pas faire l'objet de prescriptions.
9. Si la défense déplore l'absence de mesure d'évitement ou de réduction en phase d'exploitation, il ne résulte pas de ce qui est dit aux points 3 à 7, que de telles mesures seraient nécessaires ou que le projet ne pourrait être autorisé, au regard des dispositions de l'article L. 511-1 du code de l'environnement, qu'à la condition de prescrire un arrêt des éoliennes entre le mois de mars, qui correspond à la période de l'arrivée des adultes, à la fin du mois d'août, lorsque les juvéniles sont aptes à voler, ce d'autant moins qu'au titre des mesures d'accompagnement en phase d'exploitation, le projet prévoit de sauvegarder les nichées en période de parade nuptiale et en période de nourrissage des jeunes. A cet égard, l'autorité environnementale préconise dans son avis, à défaut de déplacement des éoliennes E1 et E2, des mesures de réduction ou de compensation des impacts résiduels significatifs, lesquelles peuvent faire l'objet de prescriptions.
10. Dans ces conditions, en estimant que, compte tenu de la sensibilité du busard des roseaux à l'éolien, les mesures d'évitement, de réduction et d'accompagnement retenues par le projet litigieux étaient insuffisantes et qu'ainsi, ce projet présentait un risque résiduel inacceptable pour la préservation de cette espèce sans que des mesures de prescription ne puissent prévenir un tel risque, le préfet du Nord a entaché son arrêté d'une erreur d'appréciation.
11. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la société Ferme éolienne Le Mûrier est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 30 décembre 2020 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui accorder une autorisation environnementale pour l'exploitation d'un parc de quatre éoliennes et un poste de livraison sur le territoire de la commune de Carnières.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".
13. La ministre de la transition écologique ne se prévaut d'aucun autre motif de refus de l'autorisation d'exploiter le parc éolien litigieux. Eu égard au motif d'annulation retenu par le présent arrêt, il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au préfet du Nord d'accorder une autorisation environnementale à la société Ferme éolienne Le Mûrier pour l'exploitation d'un parc de quatre éoliennes sur le territoire de la commune de Carnières, assortie des prescriptions nécessaires à la protection des intérêts mentionnés à l'article L. 511-1 du code de l'environnement, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent arrêt.
Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :
14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par la société Ferme éolienne Le Mûrier et non compris dans les dépens.
DÉCIDE :
Article 1er : L'arrêté du 30 décembre 2020 du préfet du Nord est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord d'accorder l'autorisation environnementale à la société Ferme éolienne Le Mûrier, pour l'exploitation d'un parc de quatre éoliennes sur le territoire de la commune de Carnières, assortie des prescriptions nécessaires à la protection des intérêts mentionnés à l'article L. 511-1 du code de l'environnement, dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent arrêt.
Article 3 : L'Etat versera à la société Ferme éolienne Le Mûrier une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent arrêt sera notifié à la société Ferme éolienne Le Mûrier et à la ministre de la transition écologique et au préfet du Nord.
Délibéré après l'audience publique du 12 avril 2022 à laquelle siégeaient :
- Mme Corinne Baes-Honoré, présidente-assesseure, assurant la présidence de la formation de jugement en application de l'article R. 222-26 du code de justice administrative,
- Mme Naïla Boukheloua, première conseillère,
- M. Stéphane Eustache, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mai 2022.
La rapporteure,
Signé : N. Boukheloua
La présidente de la formation de jugement,
Signé : C. Baes Honoré
La greffière,
Signé : C. Sire
La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef,
Par délégation,
La greffière,
Christine Sire
N°21DA00514
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026