mardi 3 mai 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Douai |
| Section | Cour administrative d'appel de Douai |
| N° Dossier | CAA59-21DA01219 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 1re chambre - formation à 3 |
| Avocat requérant | NAVY |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme E a demandé au tribunal administratif de Lille d'annuler l'arrêté du 8 mars 2021 par lequel le préfet du Pas-de-Calais a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a assignée à résidence pour une durée maximale de six mois.
Par un jugement n° 2101769 du 26 mai 2021, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Lille a annulé l'arrêté du 8 mars 2021 par lequel le préfet du Pas-de-Calais a interdit à Mme C le retour sur le territoire français pour une durée d'une année.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 1er juin 2021, le préfet du Pas-de-Calais, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) de rejeter les conclusions à fin d'annulation de cet arrêté.
Il soutient que le jugement est entaché d'erreur de droit au regard de l'article R. 311-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'erreur de fait dès lors que l'intéressée a fait l'objet de 3 refus de titre de séjour et qu'il n'a pas délivré de récépissé de demande de titre de séjour lors de l'instruction de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour déposée le 24 juin 2020.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juillet 2021, Mme E, représentée par Me Sanjay Navy, conclut au rejet de la requête, à l'annulation de la décision du 8 mars 2021 par laquelle le préfet du Pas-de-Calais lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'une année, et à ce qu'il soit enjoint au préfet de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation après lui avoir délivré une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 155 euros par jour de retard, et à la mise à la charge de l'Etat de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient :
- que les moyens de la requête ne sont pas fondés ;
- que l'arrêté en litige viole le droit d'être entendu tel qu'il est reconnu par les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, méconnaît le III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que son illégalité résulte de celle du refus de titre de séjour, lequel n'est pas suffisamment motivé, est entaché de vice de procédure, méconnaît les articles L. 313-14 et L. 313-11 7° du même code, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 septembre 2021 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Douai.
Par une ordonnance du 4 février 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Naïla Boukheloua, première conseillère.
Considérant ce qui suit :
1. Le préfet du Pas-de-Calais relève appel du jugement du 26 mai 2021 par lequel la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Lille a annulé l'arrêté du 8 mars 2021 par lequel il a interdit à Mme C le retour sur le territoire français pour une durée d'une année.
Sur le bien-fondé du jugement :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction alors applicable : " () III.- L'autorité administrative, par une décision motivée, assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une durée maximale de trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, lorsque aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger. / Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative ne prononce pas d'interdiction de retour. / () / Lorsque l'étranger ne faisant pas l'objet d'une interdiction de retour s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative prononce une interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative ne prononce pas d'interdiction de retour. () ".
3. D'autre part, aux termes de l'article R. 311-4 de ce code : " Il est remis à tout étranger admis à souscrire une demande de première délivrance ou de renouvellement de titre de séjour un récépissé qui autorise la présence de l'intéressé sur le territoire pour la durée qu'il précise. () "
4. Il est constant que Mme C s'est maintenue sur le territoire français au-delà du délai de départ volontaire prévu par l'obligation de quitter le territoire français qui assortissait les trois refus de titre de séjour dont elle a fait l'objet, le dernier ayant été adopté le 29 septembre 2017. Il ressort des pièces du dossier que l'autorité administrative s'est fondée sur ce constat pour prendre, le 8 mars 2021, la décision d'interdiction de retour sur le territoire français en litige. En admettant même que l'instruction d'une nouvelle demande de titre de séjour déposée par l'intéressée le 24 juin 2020, non assortie de la délivrance d'un récépissé, ait eu pour effet d'abroger la mesure d'éloignement prise le 29 septembre 2017, cette circonstance est sans incidence sur le non-respect, par l'intéressée, du délai de départ qui lui était imparti pour quitter le territoire, et par suite, sans incidence sur la légalité de l'interdiction de retour sur le territoire ainsi prononcée.
5. Dès lors, dans les circonstances de l'espèce, le préfet du Pas-de-Calais est fondé à soutenir que c'est à tort que le tribunal administratif s'est fondé sur ce motif pour annuler l'arrêté du 8 mars 2021 par lequel il a interdit à Mme C le retour sur le territoire français pour une durée d'une année.
6. Toutefois, il appartient à la cour administrative d'appel, saisie de l'ensemble du litige par l'effet dévolutif de l'appel, d'examiner les autres moyens soulevés par Mme C devant le tribunal administratif et devant la cour.
7. En premier lieu, par un arrêté n° 2020-10-30 du 24 août 2020, publié le 25 août 2020
au recueil spécial n° 50 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Pas-de-Calais a donné délégation à M. D B, chef du bureau du contentieux du droit des étrangers, à l'effet de signer, notamment, les décisions de refus de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision litigieuse doit être écarté.
8. En deuxième lieu, conformément au III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable, l'arrêté en litige énonce, dans ses considérants ou dans son dispositif, les motifs de droit et de fait qui fondent sa décision. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté d'interdiction de retour sur le territoire français doit, par suite, être écarté.
9. En troisième lieu, aux termes du 1. de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. ". Aux termes du 2. de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; / () ".
10. Une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'entraîner l'annulation de la décision faisant grief que si la procédure administrative en cause aurait pu, compte tenu des circonstances de fait et de droit propres au cas d'espèce, aboutir à un résultat différent du fait des observations et éléments que l'étranger a été privé de faire valoir. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme C a été informée qu'elle pouvait faire l'objet d'une décision portant interdiction de retour sur le territoire français et qu'elle n'a fait part à l'administration d'aucune observation préalable à l'édiction de cette mesure. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance du principe général du droit à être entendu, qui est au nombre des principes fondamentaux du droit de l'Union européenne, doit en tout état de cause être écarté.
11. En quatrième lieu, ainsi qu'il est dit au point 4, il est constant que l'arrêté en litige se fonde sur la circonstance que Mme C s'est maintenue sur le territoire français au-delà du délai de départ volontaire prévu par l'obligation de quitter le territoire français qui assortissait trois refus de titre de séjour dont elle a fait l'objet, le dernier ayant été adopté le 29 septembre 2017. Il résulte tant de cette circonstance que des dispositions du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction alors applicable, mentionnées au point 2, que l'arrêté litigieux ne trouve pas son fondement dans le refus de titre de séjour prononcé par le préfet du Pas-de-Calais à l'encontre de l'intéressée par arrêté du 8 mars 2021, distinct de l'arrêté litigieux. Il suit de là que le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de ce refus de titre de séjour doit être écarté.
12. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme C déclare, sans être contredite sur ce point, résider sur le territoire français de manière continue depuis le 6 septembre 2006. Si l'intéressée se prévaut ainsi de l'ancienneté de son séjour en France, les six premières années de sa présence en France résultent de titres de séjour en qualité d'étudiant qui n'avaient pas vocation à l'autoriser à séjourner sur le territoire français au-delà de la fin de ses études. Mme C est ensuite demeurée sur le territoire français malgré les mesures d'éloignement adoptées à son encontre. Par ailleurs, si l'intimée se prévaut de son mariage, le 29 juillet 2017, avec M. A (PSEUDO(Bifogou(/PSEUDO) et de la scolarisation de deux de leurs trois enfants, son époux ne réside pas en France de manière régulière et aucun élément versé à l'instance ne permet d'établir que ses enfants ne pourraient, compte tenu de leur jeune âge, continuer leur scolarité au Gabon. Si sa sœur, de nationalité française, et sa mère résident en France, cette dernière ne dispose que d'un visa ne l'autorisant pas à séjourner sur le territoire français plus de 90 jours. En outre, les éléments médicaux versés à l'instance, qui permettent d'établir que Mme C souffre d'un trouble psychiatrique pour lequel elle est suivie, ne permettent néanmoins pas d'apprécier la gravité de sa pathologie. Il suit de là que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation eu égard aux circonstances humanitaires que Mme C peut faire valoir, doit être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que le préfet du Pas-de-Calais est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif a annulé l'arrêté du 8 mars 2021 portant interdiction de retour sur le territoire français de Mme C pour une durée d'un an.
14. Par voie de conséquence, les conclusions de Mme C à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles 37 alinéa 2 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
DÉCIDE :
Article 1er : Le jugement du 26 mai 2021 du tribunal administratif de Lille est annulé.
Article 2 : La demande d'annulation de l'arrêté du 8 mars 2021 portant interdiction de retour sur le territoire français présentée par Mme C devant le tribunal administratif de Lille est rejetée.
Article 3 : Les conclusions présentées par Mme C sur le fondement de l'article 37 alinéa 2 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 sont rejetées.
Article 4 : Le présent arrêt sera notifié à Mme E, à Me Sanjay Navy et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera transmise au préfet du Pas-de-Calais.
Délibéré après l'audience publique du 12 avril 2022 à laquelle siégeaient :
- Mme Corinne Baes-Honoré, présidente-assesseure, assurant la présidence de la formation de jugement en application de l'article R. 222-26 du code de justice administrative,
- Mme Naïla Boukheloua, première conseillère,
- M. Stéphane Eustache, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mai 2022.
La rapporteure,
Signé : N. Boukheloua
La présidente de la formation de jugement,
Signé : C. Baes Honoré
La greffière,
Signé : C. Sire
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef,
Par délégation,
La greffière,
Christine Sire
N°21DA01219
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026