mardi 17 mai 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Douai |
| Section | Cour administrative d'appel de Douai |
| N° Dossier | CAA59-21DA01660 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1re chambre - formation à 3 |
| Avocat requérant | RIVIERE |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B C a demandé au tribunal administratif de Lille, premièrement, d'annuler l'arrêté du 7 septembre 2020 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit de revenir sur le territoire français pour une durée d'un an, deuxièmement, d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, d'enjoindre au préfet du Nord de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.
Par un jugement n° 2100822 du 23 avril 2021, le tribunal administratif de Lille a rejeté cette demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête enregistrée le 12 juillet 2021, M. C, représenté par Me Eurielle Rivière, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) d'annuler l'arrêté du 7 septembre 2020 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit de revenir sur le territoire français pour une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, d'enjoindre au préfet du Nord de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'arrêt à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
4°) de mettre à la charge du préfet du Nord la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision portant refus d'un titre de séjour a été signée par une personne incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen sérieux ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été signée par une personne incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen sérieux ;
- elle a été prise sur le fondement d'une décision illégale portant refus d'un titre de séjour ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de destination est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle a été prise sur le fondement d'une décision illégale portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 août 2021, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 juin 2021 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal de grande instance de Douai.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Stéphane Eustache, premier conseiller.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant afghan né le 1er janvier 2001, a demandé le 21 août 2019 la délivrance d'un titre de séjour temporaire en qualité de salarié. Par un arrêté du 7 septembre 2020, le préfet du Nord a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a interdit de revenir en France pendant une durée d'un an. Par un jugement du 23 avril 2021, le tribunal administratif de Lille, saisi par M. C, a annulé la décision portant interdiction de retour sur le territoire français et rejeté les conclusions dirigées contre les autres décisions contenues dans cet arrêté. M. C relève appel de ce jugement en tant qu'il a rejeté ses conclusions dirigées contre les décisions portant refus d'un titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination.
Sur la légalité de l'ensemble des décisions attaquées :
2. Les décisions attaquées ont été signées par, cheffe du bureau du contentieux et du droit des étrangers, qui bénéficiait, en vertu d'un arrêté du 2 janvier 2020 du préfet du Nord, régulièrement publié le même jour au recueil spécial n°1 des actes administratifs de la préfecture du Nord, d'une délégation de signature à l'effet notamment de signer les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées être écarté.
Sur la légalité de la décision portant refus d'un titre de séjour :
3. En premier lieu, en application des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les décisions par lesquelles l'autorité administrative refuse, dans l'exercice de ses pouvoirs de police des étrangers, la délivrance d'un titre de séjour doivent être motivées et, à cet égard, comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent leur fondement.
4. En l'espèce, la décision attaquée comporte la mention des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et, notamment, des éléments relatifs à l'incomplétude du dossier de demande de titre de séjour portant la mention " salarié ", ainsi qu'à la durée du séjour en France de M. C, à sa prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance du département du Nord et à sa scolarisation, à sa situation personnelle en France et à ses liens familiaux dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré d'un défaut de motivation et d'examen de sa demande doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. Il est constant que M. C, qui est entré en France le 22 mars 2016 à l'âge de 16 ans et 2 mois, a été pris en charge par le service d'aide sociale à l'enfance du département du Nord puis par un foyer jusqu'en janvier 2019, avant d'être admis en internat au sein de l'établissement scolaire. Il ressort des pièces du dossier que, scolarisé au lycée professionnel durant les années scolaires 2017-2018 et 2018-2019, au cours desquelles il a effectué des stages en entreprise, il a obtenu en juin 2019 un certificat d'aptitude professionnelle portant la mention " agent polyvalent de restauration ". Il ressort des pièces du dossier et notamment des bulletins de paie produits que M. C a exercé une activité de " commis de cuisine " du 8 juillet 2019 au 8 octobre 2019 dans l'établissement, avant d'exercer une activité d'aide à domicile en juin et août 2020. S'il a été scolarisé au sein du lycée au cours de l'année scolaire 2020-2021 pour suivre une formation au certificat d'aptitude professionnelle portant la mention " monteur d'installations thermiques ", il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait obtenu ce diplôme.
7. Compte tenu de la durée de son séjour en France à la date de l'arrêté attaqué et alors même qu'il y a suivi avec succès une partie de ses études et exercé brièvement une activité professionnelle, M. C, qui est célibataire et avait principalement vécu à la date de l'arrêté attaqué dans son pays d'origine, où il conserve des liens familiaux, n'est pas fondé à soutenir que les décisions attaquées porteraient au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris et méconnaîtrait ainsi les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale.
8. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point précédent, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est motivée () ". En l'espèce, la décision attaquée mentionne avec une précision suffisante les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle mentionne notamment la durée de la présence sur le territoire français de M. C, ses conditions de prise en charge et la scolarité qu'il y a suivie, sa situation personnelle et ses liens familiaux dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen doit être écarté.
10. En deuxième lieu, pour les motifs énoncés aux points 3 à 8, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait été prise sur le fondement d'une décision illégale lui refusant l'octroi d'un titre de séjour. Par suite, ce moyen doit être écarté.
11. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 5 à 8, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :
12. En premier lieu, aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". En l'espèce, la décision attaquée mentionne avec une précision suffisante les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le préfet du Nord a notamment examiné les risques auxquels M. C pourrait être exposé en cas de retour dans son pays d'origine. Dès lors, le moyen tiré d'un défaut de motivation doit être écarté.
13. En deuxième lieu, pour les motifs énoncés aux points 9 à 11, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait été prise sur le fondement d'une décision illégale portant obligatoire de quitter le territoire français. Par suite, ce moyen doit être écarté.
14. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". En l'espèce, si M. C soutient qu'il serait exposé à des risques le visant personnellement dans son pays d'origine et qu'il a déposé une demande d'asile encore pendante, il ne produit toutefois pas d'élément précis et circonstancié à l'appui de ses allégations. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
15. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
16. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande tendant à l'annulation des décisions du 7 septembre 2020 par lesquelles le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination.
Sur les frais liés à l'instance :
17. Les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, les sommes que M. C demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. B C, au ministre de l'intérieur et à Me Eurielle Rivière.
copie en sera transmise, pour information, au préfet du Nord.
Délibéré après l'audience publique du 29 mars 2022 à laquelle siégeaient :
- M. Marc Heinis, président de chambre,
- Mme Naïla Boukheloua, première conseillère,
- M. Stéphane Eustache, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2022.
Le rapporteur,
Signé : S. Eustache
Le président de la 1ère chambre,
Signé : M. A
La greffière,
Signé : S. Cardot
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef,
Par délégation,
La greffière,
Christine Sire
N°21DA01660
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026