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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-21DA02103

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-21DA02103

mardi 5 juillet 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-21DA02103
TypeDécision
Recoursplein contentieux
Formation2e chambre - formation à 3
Avocat requérantROBILLARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme B A a demandé au tribunal administratif de Lille de condamner le centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer à lui verser une somme totale de 40 623,20 euros en réparation des préjudices moral et financier subis à raison du refus de lui accorder le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire.

Par un jugement n°1901815 du 24 juin 2021, le tribunal administratif de Lille, après avoir estimé que le centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer avait, en refusant d'accorder à Mme A le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire, commis une faute de nature à engager sa responsabilité, a condamné ce centre hospitalier à lui verser des indemnités dans la limite des sommes demandées en réparation de son préjudice financier, renvoyé Mme A devant cet établissement pour qu'il soit procédé à la liquidation de ces indemnités et rejeté le surplus des conclusions de sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 23 août 2021, le centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer, représenté par Me Julien Robillard, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) de mettre à la charge de Mme A une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire est réservé à certaines catégories hiérarchiques d'agents de catégorie B et C, or Mme A étant cadre A et ayant statutairement vocation à exercer des fonctions d'encadrement, elle ne pouvait en bénéficier ;

- en refusant de lui accorder cette indemnité, il n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité ;

- en tout état de cause, l'attribution de la nouvelle bonification indiciaire à Mme A méconnaît le principe d'égalité entre les agents de la fonction publique.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 septembre 2021, Mme B A, représentée par Me Sylvie Mazardo, demande à la cour :

1°) de rejeter la requête du centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer ;

2°) par la voie de l'appel incident, d'annuler ce jugement en tant qu'il a rejeté le surplus des conclusions de sa demande ;

3°) de condamner le centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer à lui verser une somme de 5 000 euros en réparation de son préjudice moral ;

4°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les moyens soulevés par le centre hospitalier ne sont pas fondés ;

- elle a subi un préjudice moral dès lors qu'elle n'a pas pu obtenir la régularisation de sa situation pendant plusieurs années alors qu'elle s'est toujours investie dans ses missions professionnelles, elle est ainsi fondée à demander une somme de 5 000 euros en indemnisation de ce chef de préjudice.

Par une ordonnance du 26 avril 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 3 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 91-73 du 18 janvier 1991 ;

- le décret n° 94-139 du 14 février 1994 ;

- le décret n° 94-140 du 14 février 1994 ;

- le décret n° 2001-1207 du 19 décembre 2001 ;

- le décret n° 2003-1306 du 26 décembre 2003 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Muriel Milard, première conseillère,

- les conclusions de M. Bertrand Baillard, rapporteur public,

- et les observations de Me Julien Robillard, représentant le centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, nommée à compter de 1979 par le centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer en qualité de secrétaire médicale, a été ensuite promue adjointe des cadres hospitaliers. Elle a été nommée attachée d'administration hospitalière stagiaire à compter du 1er janvier 2009 et titularisée le 17 novembre 2010. Elle a enfin été promue attachée principale à compter du 1er janvier 2017 et a été admise à la retraite à compter du 1er janvier 2018. Le centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer relève appel du jugement du 24 juin 2021 du tribunal administratif de Lille l'ayant condamné à verser à Mme A, dans la limite des sommes demandées, des indemnités en réparation du préjudice financier subi en raison du refus de lui accorder le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire entre le 1er janvier 2014 et le 1er janvier 2018 et l'absence de prise en compte de celle-ci dans le calcul de sa pension de retraite. Mme A, par la voie de l'appel incident, demande l'annulation du même jugement en tant qu'il a rejeté le surplus des conclusions de sa demande tendant à la réparation de son préjudice moral.

Sur l'appel principal :

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 27 de la loi du 18 janvier 1991 visée ci-dessus portant dispositions relatives à la santé publique et aux assurances sociales : " I. - La nouvelle bonification indiciaire des fonctionnaires () instituée à compter du 1er août 1990 est attribuée pour certains emplois comportant une responsabilité ou une technicité particulières dans des conditions fixées par décret. / () ". Aux termes de l'article 1er du décret du 14 février 1994 relatif aux conditions de mise en œuvre de la nouvelle bonification indiciaire dans la fonction publique hospitalière : " La nouvelle bonification indiciaire est attachée à certains emplois comportant l'exercice d'une responsabilité ou d'une technicité particulière. Le droit à la nouvelle bonification indiciaire cesse d'être ouvert à l'agent lorsqu'il n'exerce plus les fonctions au titre desquelles il en bénéficiait ". Il résulte de ces dispositions que le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire est lié aux seules caractéristiques des emplois qu'occupent les fonctionnaires, compte tenu des responsabilités que ces emplois impliquent ou de la technicité qu'ils requièrent.

3. D'autre part, aux termes de l'article 4 du décret du 14 février 1994 visé ci-dessus portant modifications de certaines dispositions relatives à la nouvelle bonification indiciaire et portant attribution de la nouvelle bonification indiciaire à certains personnels de la fonction publique hospitalière : " A compter du 1er août 1993, une nouvelle bonification indiciaire () est attribuée mensuellement, à raison de leurs fonctions, aux fonctionnaires hospitaliers ci-dessous énumérés : / () / 4° Agents de catégorie B ou C responsables, dans les directions chargées des ressources humaines, de la gestion administrative des personnels de la fonction publique hospitalière : 5 points majorés à compter du 1er août 1993. Ce nombre de points est porté à 10 à compter du 1er août 1994 ; ce nombre de points est porté à 25 pour les adjoints des cadres hospitaliers encadrant au moins cinq personnes ; / () ". Il résulte de ces dispositions que cette nouvelle bonification indiciaire ne constitue pas un avantage statutaire et n'est liée ni au cadre d'emplois, ni au grade.

4. Il résulte de l'instruction qu'à compter du 30 août 2010, Mme A a été chargée, au sein de la direction des ressources humaines du centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer, de l'encadrement des six cellules chargées de la gestion des personnels (carrière et statut, absences pour maladie, C.G.O.S, retraites, formation, FIPHFP et référente handicap) et qu'elle encadrait ainsi plus de cinq personnes. Elle pouvait dès lors, eu égard à l'emploi qu'elle occupait qui comportait une responsabilité particulière, prétendre à l'attribution de la nouvelle bonification indiciaire (NBI) dans les conditions prévues par l'article 4 précité du décret n° 94-140 du 14 février 1994. Dans ces conditions, le directeur du centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer, en lui refusant le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire assortie du bénéfice de vingt-cinq points majorés pour la période comprise entre le 1er janvier 2014 au 1er janvier 2018, date de son admission à la retraite, a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.

5. En second lieu, le principe d'égalité exige que les agents qui occupent effectivement des emplois correspondant aux fonctions ouvrant droit à cet avantage et qui comportent la même responsabilité ou la même technicité particulières bénéficient de la même bonification. En revanche, ce principe n'impose pas de faire bénéficier de la nouvelle bonification indiciaire des fonctionnaires ne se trouvant pas dans une situation analogue. Or, le centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer n'établit pas que d'autres agents se seraient trouvés dans une situation analogue à celle de Mme A et qu'ils auraient été privés de cet avantage. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe d'égalité entre les agents publics doit être écarté.

6. Il résulte de tout ce qui précède que le centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Lille l'a condamné à verser à Mme A des indemnités dans la limite des sommes demandées en réparation de son préjudice financier et renvoyé l'intéressée devant cet établissement pour qu'il soit procédé à la liquidation de ces indemnités.

Sur l'appel incident de Mme A :

7. Mme A présente à nouveau devant la cour des conclusions dirigées contre le centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer tendant à l'indemnisation du préjudice moral qu'elle estime avoir subi du fait du refus de lui accorder la nouvelle bonification indiciaire pendant plusieurs années. Toutefois, elle n'apporte aucun élément de nature à établir le caractère certain de ce préjudice. Par suite, les conclusions indemnitaires présentées à ce titre doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que Mme A, qui n'est pas la partie perdante au litige, soit condamnée à verser au centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer une somme à ce titre. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer le versement à Mme A de la somme de 1 500 euros qu'elle demande au même titre.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête du centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer et l'appel incident de Mme A sont rejetés.

Article 2 : Le centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer versera à Mme A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié au centre hospitalier de Boulogne-sur-Mer et à Mme B A.

Délibéré après l'audience publique du 21 juin 2022 à laquelle siégeaient :

- Mme Anne Seulin, présidente de chambre,

- Mme Aurélie Chauvin, présidente-assesseure,

- Mme Muriel Milard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.

La rapporteure,

Signé : M. CLa présidente de chambre,

Signé : A. Seulin

La greffière,

Signé : A.S Villette

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.

Pour expédition conforme

La greffière

Anne-Sophie Villette

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N°21DA02103

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