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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-21DA02229

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-21DA02229

lundi 4 juillet 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-21DA02229
TypeDécision
Recoursplein contentieux
Avocat requérantSCP BIGNON LEBRAY & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

La métropole européenne de Lille (MEL) a demandé au juge des référés du tribunal administratif de Lille, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, de condamner la société Axa France Iard à lui verser une provision de 192 509,77 euros, augmentée des intérêts au taux légal et de la capitalisation des intérêts à compter du 25 mai 2021.

Par une ordonnance n°2104237 du 6 septembre 2021, le juge des référés du tribunal administratif de Lille a rejeté cette demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 17 septembre 2021, la métropole européenne de Lille, représentée par Me Alain Vamour, demande à la cour :

1°) d'annuler cette ordonnance ;

2°) de condamner la société Axa France Iard à lui verser cette provision assortie de ces intérêts capitalisés, ou subsidiairement une provision de 180 250 euros ;

3°) de mettre à la charge de la société Axa France Iard une somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- contrairement à ce qu'a estimé le premier juge, le lien contractuel qui l'unit à la société Axa est bien établi ;

- la société Axa France Iard a reconnu, dans ses courriels, être débitrice des indemnisations restant dues sans émettre la moindre réserve, et selon les montants arrêtés par son propre expert ;

- le montant des indemnisations, qui s'élève à la somme de 180 250 euros, doit être majoré de l'intérêt au taux légal à compter de la déclaration du sinistre le 27 décembre 2011 ;

- la capitalisation des intérêts est due à compter du 27 décembre 2012 puis à chaque échéance annuelle ; en conséquence, avec les intérêts au taux légal et la capitalisation des intérêts pour la période du 27 décembre 2011 au 25 mai 2021, l'indemnité d'un montant initial de 78 066 euros s'élève à 83 375,69 euros et l'indemnité d'un montant initial de 102 184 euros à 109 134,08 euros.

Une mise en demeure de produire une défense a été adressée à la société Axa France Iard, qui en a accusé réception le 29 novembre 2021.

Par une ordonnance du 17 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 7 juin 2022.

Par une décision du 1er décembre 2021, la présidente de la cour a désigné M. Heinis, président, pour statuer sur les appels formés devant la cour contre les décisions rendues par le juge des référés.

Vu :

- le code des assurances ;

- le code civil ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin de provision :

1. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie ".

2. Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de la seule obligation invoquée devant lui par la partie qui demande une provision, sans tenir compte d'une éventuelle créance distincte que le défendeur détiendrait sur le demandeur.

3. Lille métropole communauté urbaine, désormais la métropole européenne de Lille (MEL), a fait procéder à des travaux d'extension et de modernisation du musée d'art moderne de Villeneuve d'Ascq qui ont été réceptionnés le 12 mai 2009. Des désordres consistant en des infiltrations d'eau et un phénomène de condensation ont empêché le retour des œuvres dans les réserves du musée, entraînant un surcoût de stockage dans un site extérieur au titre de la période de janvier 2011 à juin 2016. La MEL a déclaré quatre sinistres à son assureur dommages ouvrages Axa le 27 décembre 2011. L'expert désigné par Axa a évalué le préjudice subi par la MEL à la somme globale de 423 122 euros.

4. La MEL a obtenu une indemnité de son assureur d'un montant de 242 872 euros. Elle a demandé en vain à Axa France Iard l'indemnisation du restant de son préjudice, d'un montant total de 180 250 euros, par une lettre reçue le 16 janvier 2020, par une sommation de payer par huissier du 21 avril 2020 puis par une lettre reçue le 11 janvier 2021.

5. La MEL a demandé au juge des référés du tribunal administratif de Lille, par une requête enregistrée le 1er juin 2021, de condamner Axa France Iard à lui verser une provision d'un montant de 192 509,77 euros, correspondant à la somme mentionnée au point précédent majorée des intérêts capitalisés à la date du 25 mai 2021, assortie des intérêts capitalisés à compter de cette même date du 25 mai 2021. Par une ordonnance du 6 septembre 2021, cette demande a été rejetée. La MEL fait appel de cette ordonnance.

En ce qui concerne l'acquiescement aux faits :

6. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 612-3 du code de justice administrative : " Sans préjudice des dispositions du deuxième alinéa de l'article R. 611-8-1, lorsqu'une des parties appelées à produire un mémoire n'a pas respecté le délai qui lui a été imparti en exécution des articles R. 611-10, R. 611-17 et R. 611-26, le président de la formation de jugement ou le président de la chambre chargée de l'instruction peut lui adresser une mise en demeure. ". Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ".

7. Si, lorsque le défendeur n'a produit aucun mémoire, le juge administratif n'est pas tenu de procéder à une telle mise en demeure avant de statuer, il doit, s'il y procède, en tirer toutes les conséquences de droit. Il lui appartient seulement, lorsque les dispositions précitées sont applicables, de vérifier que l'inexactitude des faits exposés dans les mémoires du requérant ne ressort d'aucune pièce du dossier.

8. La société Axa France Iard n'ayant pas répondu à la mise en demeure de produire une défense qu'elle a reçue le 29 novembre 2021, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés par la MEL. Toutefois, il appartient toujours au juge de vérifier que la situation de fait invoquée par le demandeur n'est pas contredite par les pièces du dossier.

En ce qui concerne l'existence d'un lien contractuel :

9. Il résulte de l'instruction, et en particulier des pièces produites pour la première fois en appel, qu'un contrat d'assurance dommages ouvrage n° 3797719504 a bien été conclu entre la MEL et Axa Assurances pour l'opération d'extension et de rénovation du musée d'art moderne de Villeneuve d'Ascq.

En ce qui concerne l'existence d'une obligation non sérieusement contestable :

10. D'une part, il résulte de l'instruction que la société Axa France Iard a indemnisé deux des quatre sinistres déclarés par la MEL, conformément au montant arrêté par son propre expert soit 212 619 euros et 28 511,10 euros.

11. D'autre part, il ne résulte ni des courriels échangés entre la MEL et l'assureur au cours de l'année 2019 ni d'aucune autre pièce du dossier que la société Axa France Iard ait envisagé de refuser d'indemniser la MEL pour les deux derniers sinistres déclarés. Axa n'a en outre pas répondu aux demandes de paiement mentionnées au point 4.

12. Dans ces conditions, l'obligation dont se prévaut la MEL dans la présente instance doit être regardée comme non sérieusement contestable.

En ce qui concerne le montant de la provision :

S'agissant du principal :

13. Le montant de l'indemnisation s'élève, selon le rapport de l'expert d'Axa, à la somme de 78 066 euros pour le préjudice n° 29185454204 et à la somme de 102 184 euros pour le préjudice n° 529662073, soit un montant total de 180 250 euros. Dès lors, il y a lieu de condamner la société Axa France Iard à verser à la MEL une provision d'un montant de 180 250 euros.

S'agissant du point de départ des intérêts :

14. La créance détenue sur l'administration existe, en principe, à la date à laquelle se produit le fait qui en est la cause, sans qu'il soit besoin que le juge se livre au préalable à une appréciation des faits de l'espèce et en liquide le montant. Saisie d'une demande tendant au paiement de cette créance, l'administration est tenue d'y faire droit dès lors que celle-ci est fondée. Par suite, les intérêts moratoires, dus en application de l'article 1153 devenu l'article L. 1231-6 du code civil, lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue à l'administration ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine, et non à compter de la date du jugement.

15. D'une part, ainsi qu'il a été dit au point 3, la MEL a déclaré les sinistres en cause à son assureur dommages ouvrages Axa le 27 décembre 2011.

16. D'autre part, si la MEL a exposé des dépenses supplémentaires au titre de la période de janvier 2011 à juin 2016, les pièces du dossier ne permettent pas de déterminer les dates auxquelles ces différentes dépenses ont été payées.

17. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de retenir la date du 16 avril 2019, date de rédaction de la " note complémentaire dommages-ouvrage " établie par l'expert d'Axa, comme point de départ des intérêts dus par la société Axa France Iard.

S'agissant du taux des intérêts :

18. La MEL a demandé la condamnation de la société Axa France Iard à assortir la provision qui lui est due des intérêts au taux légal. Il y a lieu de faire droit à cette demande.

S'agissant des intérêts des intérêts :

19. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière.

20. En l'espèce, la capitalisation des intérêts a été demandée devant le tribunal administratif le 1er juin 2021. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 16 avril 2020, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les frais liés à l'instance :

21. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de la société Axa France Iard une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la MEL et non compris dans les dépens.

ORDONNE :

Article 1er : L'ordonnance du 6 septembre 2021 du juge des référés du tribunal administratif de Lille est annulée.

Article 2 : La société Axa France Iard est condamnée à verser à la métropole européenne de Lille une provision d'un montant de 180 250 euros.

Article 3 : La somme mentionnée à l'article 2 portera intérêts au taux légal à compter du 16 avril 2019. Les intérêts échus à la date du 16 avril 2020, puis les intérêts échus à chaque échéance annuelle à compter de cette date, seront capitalisés pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 4 : La société Axa France Iard versera à la métropole européenne de Lille une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la métropole européenne de Lille et à la société Axa France Iard.

Fait à Douai le 4 juillet 2022.

Le président de la 1ère chambre,

signé

Marc Heinis

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Par délégation,

La greffière,

Christine Sire

N°21DA02229

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