mardi 26 avril 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Douai |
| Section | Cour administrative d'appel de Douai |
| N° Dossier | CAA59-21DA02380 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | THIEFFRY |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. C B a demandé au tribunal administratif de Lille d'annuler l'arrêté du 12 novembre 2020 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure.
Par un jugement n° 2009290 du 26 mai 2021, le tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande.
Procédure devant la cour :
Par une requête, enregistrée le 8 octobre 2021, M. B, représenté par Me Eve Thieffry, demande à la cour :
1°) d'annuler ce jugement ;
2°) d'annuler l'arrêté du 12 novembre 2020 du préfet du Nord ;
3°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou à défaut, de procéder au réexamen de sa situation et lui délivrer une autorisation provisoire, dans le même délai, sous la même astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour est insuffisamment motivée ;
- A est entachée d'un défaut d'examen sérieux ;
- A méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale à raison de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;
- A est entachée d'une erreur de fait, d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, d'une erreur manifeste d'appréciation et A méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale à raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- A est entaché d'une insuffisance de motivation, d'un défaut d'examen sérieux et d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.
Par une décision du 9 septembre 2021, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Par une décision du 1er décembre 2021, la présidente de la cour a désigné Mme D E pour statuer par ordonnance sur les requêtes d'appel en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, () peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
2. M. C B, ressortissant algérien né le 10 juillet 1980, est entré en France le 11 décembre 2014 accompagné de son épouse. Il relève appel du jugement du 26 mai 2021 par lequel le tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 12 novembre 2020 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure.
Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
3. Il ressort des pièces du dossier que la décision contestée vise notamment le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'accord franco-algérien ainsi que la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. A mentionne d'abord que M. B a contracté mariage avec Mme et que, de leur union sont nés deux enfants. A indique qu'il est entré en France le 11 décembre 2014, sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa l'autorisant à séjourner dans l'espace Schengen pour une durée n'excédant pas trente jours, que sa demande d'asile a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 24 février 2016 et que, suite à son interpellation par les services de police le 21 août 2019, il a fait l'objet le même jour d'un arrêté du préfet du Nord l'obligeant à quitter le territoire français, annulé par un jugement du 17 septembre 2019. Le préfet du Nord indique ensuite dans son arrêté que M. B n'apporte pas la preuve du caractère régulier du séjour de son épouse, qu'il produit une promesse d'embauche conditionnée à un visa long séjour et que ses actions de bénévolat sont insuffisantes pour se voir délivrer un titre de séjour. Enfin, après avoir relevé que s'il se prévaut de la présence des membres de sa belle-famille sur le territoire français, il ne produit aucun élément permettant de démontrer qu'il entretient des liens d'une particulière intensité avec ces derniers et n'établit pas que son enfant serait dans l'impossibilité de poursuivre sa scolarité en Algérie, ni qu'il pourrait s'y réinsérer professionnellement et socialement où il a lui-même vécu jusqu'à l'âge de trente-quatre ans, le préfet indique qu'il ne remplit pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour à raison de ses liens privés et familiaux. La décision contestée comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.
4. M. B soulève à nouveau le moyen tiré du défaut d'examen de la décision contestée. Toutefois, il n'apporte pas en appel d'éléments nouveaux de fait ou de droit de nature à remettre en cause l'appréciation portée par le tribunal administratif sur ce moyen. Par suite, il y a lieu, par adoption des motifs retenus à bon droit par les premiers juges, de l'écarter.
5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". L'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 stipule : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 5° Au ressortissant algérien qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ".
6. M. B déclare être entré en France le 11 décembre 2014 accompagné de son épouse, une compatriote avec laquelle il a eu deux enfants nés sur le territoire français le 2 décembre 2016 et le 15 décembre 2019. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que son épouse a également fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire. S'il se prévaut de la scolarisation de ses enfants, seul l'aîné est, à la date de la décision contestée scolarisé en classe de maternelle et rien ne fait obstacle à ce qu'il poursuive sa scolarité dans le pays d'origine de ses parents. En outre, si le requérant dispose d'attaches familiales en France, notamment sa belle-famille, à qui il apporte son soutien, il n'établit pas être isolé dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-quatre ans et il ne démontre pas être dans l'impossibilité d'y poursuivre sa vie familiale et de s'y réinsérer socialement. L'intéressé ne justifie pas à cet égard d'une intégration professionnelle sur le territoire français, ni, par son engagement associatif auprès du secours catholique, avoir transféré en France le centre de ses intérêts privés. Dès lors, eu égard à la situation irrégulière de son épouse, à l'existence d'attaches familiales dans leur pays d'origine, et compte tenu des conditions de son séjour en France, quelle que soit sa durée, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée a porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels A a été prise. Par suite, doivent être écartés les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien et de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
7. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à se prévaloir, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour pour demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
8. Le moyen tiré de l'erreur de fait n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.
9. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points précédents de la présente ordonnance, il y a lieu d'écarter les moyens tirés du défaut d'examen, de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur la décision fixant le pays de destination :
10. L'arrêté contesté vise notamment, ainsi qu'il a été dit au point 3, les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et fait état du refus de la qualité de réfugié opposé par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides confirmé par la Cour nationale du droit d'asile. Il précise qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. B au respect de sa vie familiale et indique que l'intéressé n'allègue pas ni n'établit être exposé à des peines ou traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La décision fixant le pays de destination est ainsi suffisamment motivée.
11. Il résulte de ce qui a été dit aux points 7 à 9, que le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision fixant le pays de destination doit être écarté.
12. Il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment des termes mêmes de l'arrêté contesté que le préfet du Nord, qui a procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de M. B, aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, les moyens tirés du défaut d'examen et de l'erreur manifeste d'appréciation, qui ne sont au demeurant pas assortis des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé, ne peuvent qu'être écartés.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. B est manifestement dépourvue de fondement et doit, par suite, être rejetée en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative précité, en toutes ses conclusions, y compris celles aux fins d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B, au ministre de l'intérieur et à Me Eve Thieffry.
Copie sera adressée au préfet du Nord.
Fait à Douai le 26 avril 2022.
La présidente-assesseure de la 2ème chambre
Signé : A. E
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme
La greffière,
Anne-Sophie Villette
N°21DA02380
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026