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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-21DA02416

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-21DA02416

mercredi 27 avril 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-21DA02416
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantCABINET AMELE MANSOURI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

I - Par une requête enregistrée sous le n° 2103361, M. B A a demandé au tribunal administratif de Rouen d'annuler l'arrêté du 20 août 2021 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a fait obligation de quitter le territoire français sans un délai, a fixé le pays de destination de cette mesure et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

II - Par une requête enregistrée sous le n° 2103393, M. B A a demandé au tribunal administratif de Rouen d'annuler l'arrêté du 20 août 2021 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence pour une durée de six mois.

Par un jugement n° 2103361, 2103396 du 23 septembre 2021, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Rouen a rejeté ses demandes.

Procédure devant la cour :

I - Par une requête, enregistrée sous le n° 21DA02416 le 14 octobre 2021, M. A, représenté par Me Amèle Mansouri, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du 20 août 2021 ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de procéder au réexamen de sa situation sous astreinte de 20 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir ou, à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, est entachée d'une erreur d'appréciation et d'une erreur de droit ;

- la décision portant refus de délai de départ a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et d'une erreur de droit ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale à raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par une décision du 16 décembre 2021, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

II - Par une requête enregistrée sous le n° 21DA02417, le 15 octobre 2021, M. A, représenté par Me Amèle Mansouri, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du 20 août 2021 du préfet de la Seine-Maritime ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de procéder au réexamen de sa situation sous astreinte de 20 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir ou, à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant assignation à résidence a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit.

Par une décision du 16 décembre 2021, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes n° 21DA02416 et n° 21DA02417 présentées par M. A concernent la situation d'une même personne et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par une seule ordonnance.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, () peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

3. M. B A, ressortissant algérien né le 4 mai 1991, est entré en France le 28 janvier 2016. Il relève appel du jugement du 23 septembre 2021 par lequel la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Rouen a rejeté ses demandes tendant à l'annulation des arrêtés par lesquels le préfet de la Seine-Maritime lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et l'a assigné à résidence pour une durée de six mois.

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

4. M. A soulève à nouveau de manière identique les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte, de l'insuffisance de motivation des décisions litigieuses et du défaut d'examen particulier de sa situation. Toutefois, il n'apporte pas en appel d'éléments nouveaux de fait ou de droit de nature à remettre en cause l'appréciation portée par la première juge sur ces moyens. Par suite, il y a lieu, par adoption des motifs retenus à bon droit par la première juge, de les écarter.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. Si M. A soutient que le préfet aurait retenu à tort le caractère irrégulier de son entrée sur le territoire français, il ressort des termes de l'arrêté litigieux que celui-ci a indiqué que " ne présentant pas son passeport revêtu dudit visa, l'intéressé ne peut justifier être entré en France de façon régulière ". Il y a par ailleurs lieu de confirmer le jugement attaqué par adoption des motifs retenus à bon droit par la première juge aux points 8 et 9 du jugement. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France en 2016. S'il fait état d'une relation avec une compatriote, titulaire d'un certificat de résidence valable jusqu'au 18 mai 2027 avec qui il aurait un projet de mariage et avec laquelle il attendrait un enfant, les pièces versées à l'instance ne permettent pas d'établir la stabilité et l'ancienneté de leur relation. Il ne justifie en outre d'aucune insertion sociale particulière ou professionnelle et n'établit pas davantage être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Par suite, compte tenu des conditions et de la durée du séjour en France de l'intéressé, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas porté à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :

8. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () /4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () ; / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

9. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A, qui est entré irrégulièrement en France, ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, faute de présenter des documents d'identité ou de voyage en cour de validité. En outre, il a indiqué ne pas souhaiter quitter le territoire français. Par suite, il relève des dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui permettent à l'autorité préfectorale, en application de l'article L. 612-2 du même code, de refuser de lui accorder un délai de départ volontaire.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

10. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 3 et 6, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

11. La circonstance que M. A soit assigné à résidence dans l'attente de son éloignement ne fait pas obstacle à ce qu'une décision portant interdiction de retour soit prise à son encontre dès lors que l'interdiction de retour ne sera effective qu'une fois que l'intéressé aura quitté le territoire français.

Sur la décision fixant le pays de destination :

12. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision fixant le pays de destination doit être écarté.

Sur la décision portant assignation à résidence :

13. Aux termes de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".

14. Il ressort des pièces du dossier qu'une mesure d'éloignement a été prise à l'encontre de M. A le 16 octobre 2019. Si, par un jugement du 7 novembre 2019, le tribunal administratif a annulé la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, il a néanmoins confirmé la décision portant obligation de quitter le territoire français. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit donc être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes d'appel de M. A sont manifestement dépourvues de fondement et doivent, par suite, être rejetées en toutes leurs conclusions en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative précité, y compris celles aux fins d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : Les requêtes de M. A sont rejetées.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, au ministre de l'intérieur et à Me Amèle Mansouri.

Copie sera adressée au préfet de la Seine-Maritime.

Fait à Douai le 27 avril 2022.

La présidente de la 2ème chambre

Signé : A. Seulin

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme

La greffière,

Anne-Sophie Villette

N°21DA02416,21DA02417

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