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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA59-21DA02515

Cour administrative d'appel de Douai — Décision N° CAA59-21DA02515

mardi 26 avril 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Douai
SectionCour administrative d'appel de Douai
N° DossierCAA59-21DA02515
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantNADER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. D C a demandé au tribunal administratif de Lille d'annuler l'arrêté du 10 juin 2021 par lequel le préfet du Nord a refusé de proroger son visa de court séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination duquel il pourrait être reconduit d'office.

Par un jugement n° 2105591 du 20 octobre 2021, le tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 26 octobre, 23 et 26 novembre et 11 décembre 2021, M. C, représenté par Me Frédéric Nader, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement ;

2°) d'annuler l'arrêté du 10 juin 2021 du préfet du Nord ;

3°) d'enjoindre au préfet du Nord de réexaminer sa situation et de lui accorder une prorogation de visa.

Il soutient que :

- la décision portant refus de prolongation de son visa est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions du 2° de l'article 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par une décision du 1er décembre 2021, la présidente de la cour a désigné Mme A B pour statuer par ordonnance sur les requêtes d'appel en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () Les présidents des cours administratives d'appel, les premiers vice-présidents des cours et les présidents des formations de jugement des cours, () peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. D C, ressortissant algérien né le 3 mai 1976, est entré en France muni d'un visa court séjour valable du 12 juin 2019 au 11 juin 2021 pour une durée de quatre-vingt-dix jours. Le 4 juin 2021, il a sollicité la prorogation de son visa. Il relève appel du jugement du 20 octobre 2021 par lequel le tribunal administratif de Lille a rejeté sa demande tendant à l'annulation de l'arrêté du 10 juin 2021 par lequel le préfet du Nord a refusé de proroger son visa de court séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination duquel il pourrait être reconduit d'office.

3. En vertu de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les décisions individuelles défavorables doivent comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent leur fondement. En l'espèce, la décision contestée précise notamment que M. C qui est entré en France le 12 décembre 2019, muni d'un visa court séjour valable du 12 juin 2019 au 12 juin 2021 pour une durée de séjour de quatre-vingt-dix jours, avait déjà séjourné en France sous couvert du même visa, du 23 juillet au 26 octobre 2019, représentant une durée de séjour de quatre-vingt-seize jours et avait donc utilisé son droit au séjour sur la période de validité de son visa. Il indique également qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il réside habituellement. Il ressort, en outre, des termes mêmes de cet arrêté et de ses motifs que le préfet de Nord a procédé à un examen sérieux et particulier de la situation personnelle de M. C. Dès lors, les moyens tirés du défaut de motivation et d'examen doivent être écartés.

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Il ressort des pièces du dossier que la sœur et le père de M. C souffrent de sérieux problèmes de santé pour lesquels ils sont suivis en France. Si le requérant, qui réside habituellement en Algérie, justifie que leur état nécessite le recours à une tierce personne, il est constant toutefois qu'il n'a sollicité la prorogation de son visa qu'en raison de la fermeture des frontières avec l'Algérie liée à l'épidémie de Covid 19, et n'a jamais déposé de demande de titre de séjour en raison de sa vie privée et familiale. Il ne ressort en tout état de cause d'aucune pièce du dossier que sa présence serait indispensable aux côtés de sa sœur et de son père, ni qu'ils ne pourraient être aidés par une autre tierce personne sur le territoire. Dès lors, compte tenu des conditions et de la durée du séjour en France de M. C, le préfet du Nord n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; () ".

7. M. C reprend, sans critique utile du jugement et dans des termes similaires, son moyen de première instance tiré de la méconnaissance du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, auquel les premiers juges ont répondu pertinemment. Il y a lieu d'écarter ce moyen par adoption de ces motifs.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête d'appel de M. C est manifestement dépourvue de fondement et doit, par suite, être rejetée en toutes ses conclusions en application du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative précité, y compris celles aux fins d'injonction.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D C et au ministre de l'intérieur.

Copie sera adressée au préfet du Nord.

Fait à Douai, le 26 avril 2022.

La présidente-assesseure de la 2ème chambre

Signé : A. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme

La greffière,

Anne-Sophie Villette

N°21DA02515

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